De bons salaires pour les Québécois

Les travailleurs de l’Ontario bénéficient de salaires supérieurs à ceux du Québec, mais cet écart diminue depuis quelques années. Pour qui sont ces meilleurs salaires et jusqu’à combien s’élèvent-ils ?

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

En 2021, un employé québécois de 25 à 54 ans qui a travaillé à temps plein toute l’année a touché en moyenne un salaire horaire de 31,72 dollars. Ses 2 000 heures travaillées lui ont procuré un salaire annuel de 63 440 dollars. Pendant ce temps, son semblable ontarien a été payé 34,10 dollars l’heure. Il a gagné 68 200 dollars pour les mêmes 2 000 heures travaillées. Le revenu monétaire de l’Ontarien a ainsi été supérieur de 4 760 dollars, ou 7,5 %, à celui du Québécois.

Néanmoins, c’est le Québécois qui est le plus riche des deux, parce que la vie coûte plus cher en Ontario qu’au Québec.

À Toronto, se loger est hors de prix. Les services de garde à l’enfance, l’électricité et l’accès à l’université coûtent de deux à trois fois plus cher qu’au Québec. Tout compte fait, les prix à la consommation sont en moyenne 13 % plus élevés en Ontario qu’au Québec. Cela signifie qu’avec son revenu de 63 440 dollars, notre salarié québécois peut acheter ce qui lui coûterait 71 690 dollars en Ontario. L’employé ontarien, lui, ne peut s’offrir une telle dépense, puisqu’il n’a gagné que 68 200 dollars. Bref, le pauvre c’est le riche, et le riche c’est le pauvre.

On sait que le premier ministre François Legault rêve de voir l’écart de salaire entre le Québec et l’Ontario disparaître complètement. Les salaires vont poursuivre leur croissance dans les deux provinces, mais il est bien difficile de savoir s’ils progresseront plus vite ou moins vite au Québec qu’en Ontario. Nous observons tout de même que cet écart salarial entre les deux provinces a évolué en 25 ans, sous les six dernières administrations qui ont gouverné successivement le Québec. Cela nous permet au moins de voir comment les choses pourraient évoluer dans l’avenir « si la tendance se maintient ».

Source : Statistique Canada

De 1996 à 2012, sous les gouvernements de Lucien Bouchard et de Bernard Landry puis de Jean Charest, le salaire moyen de notre employé d’âge mûr travaillant à temps plein toute l’année a progressé au même rythme au Québec qu’en Ontario. En conséquence, comme l’indique le graphique, le rapport salarial entre les deux provinces est demeuré plutôt stable, autour de 90 %, durant cette période. En revanche, de 2012 à 2021, sous Marois, Couillard et Legault, la croissance des salaires s’est maintenue au Québec, mais a chuté en Ontario. En conséquence, le salaire moyen du Québec s’est hissé à 93,3 % de celui de l’Ontario sous le gouvernement Legault. 

En 10 ans, le Québec a ainsi vu baisser du tiers le retard qu’il accusait par rapport à l’Ontario en 2012. Si la tendance se maintient et que le désavantage du Québec continue à fondre de 3,3 points tous les 10 ans, le salaire moyen du Québec atteindra 100 % de celui de l’Ontario en 2042, lorsque François Legault fêtera ses 85 ans.

Bien que les Québécois bénéficient déjà d’un pouvoir d’achat supérieur malgré des revenus d’emploi plus faibles, on pourrait encourager la hausse des salaires au Québec. Mais comment ? Tout d’abord, ce ne serait pas une mauvaise idée de revoir notre fiscalité du travail. En plus des cotisations au Régime des rentes et au Régime québécois d’assurance parentale, l’État impose des contributions basées sur la masse salariale des entreprises, comme celles au Fonds des services de santé, qui n’apportent aucun avantage direct aux cotisants. Ces contributions sont deux fois plus lourdes au Québec qu’en Ontario. Elles ne découragent pas l’emploi, mais diminuent les sommes que les entreprises peuvent verser en salaires à leurs employés. Il serait logique de les réduire et de prélever de l’impôt autrement.

Le salaire moyen ne va s’accroître à bon rythme que si les efforts portent de manière équilibrée sur tous les niveaux de salaire. Les revenus de 40 000 dollars doivent augmenter à 50 000 tout comme ceux de 80 000 doivent être haussés à 100 000. Le danger ici est que notre politique d’éducation se mette à encourager la scolarisation et la formation uniquement dans une minorité de professions hautement technologiques et fortement rémunérées. De son côté, notre politique industrielle peut succomber à la tentation d’avantager excessivement les projets hautement risqués de jeunes pousses et de grandes entreprises.

La recherche contemporaine n’a pas fait la preuve que de telles politiques accéléreraient la productivité et la hausse des salaires. Il est par contre certain qu’elles favoriseraient une minorité de salariés et d’entreprises et qu’elles accroîtraient l’inégalité du revenu. Seule une stratégie inclusive permettra à tous les salaires de progresser allègrement et en cadence.

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Sous toute réserve,
1) Le québécois et l’ontarien achète ses biens et services avec son revenu «après» impôt.
2) Vos chiffres ne tiennent pas compte de l’impôt provincial payé. Bien que chaque situation familiale soit différente, l’ontarien à 68 200$ paie moins d’impôt «provincial» que le québécois à 63 440$.
3) Vos chiffres ne tiennent pas compte de l’impôt «fédéral» payé. Un ontarien à 68 200$ paie plus d’impôt fédéral qu’un québécois à 63 440$.
4) Le coût mensuel de l’acquisition d’une propriété est beaucoup plus élevée en Ontario mais la valeur de cet actif également.
Espérons que le revenu disponible et la valeur de l’actif net par habitant au Québec se rapproche de celui de l’Ontario et de la Colombie Britannique.