Déficit zéro reporté à 2015 : une sage décision

La décision de reporter l’atteinte du déficit zéro à 2015 aura entraîné un gain pour l’économie, sans pour autant augmenter le fardeau de la dette publique, explique Pierre Fortin.

Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienne

La décision de reporter l’atteinte du déficit zéro à 2015 aura entraîné un gain pour l’économie, sans pour autant augmenter le fardeau de la dette publique.

Il ne fait aucun doute que cette décision, prise en novembre dernier par le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, a été la bonne. Son prédécesseur, Raymond Bachand, visait le retour à l’équilibre budgétaire en 2013. Mais il en avait décidé ainsi en 2010, à l’époque où une solide reprise économique semblait devoir se concrétiser, après la récession de 2009.

Un gouvernement, c’est comme une famille. Il doit éviter de laisser sa dette augmenter toujours plus vite que ses revenus. Autrement, il courtise la faillite. Il ne s’agit pas d’une obsession théorique d’agence de crédit. On a vu cela arriver, par exemple, à New York en 1975, en Saskatchewan en 1992, en Grèce en 2011 et à Détroit en 2013.

Mais un gouvernement, c’est une grosse famille. Si ma conjointe et moi réduisons nos dépenses, il n’y aura pas de conséquences sérieuses pour l’économie du Québec. Mais si un gouvernement de la taille de celui du Québec s’adonne à de graves compressions des dépenses, l’économie entière réagira.

Dans le contexte actuel, où une vraie reprise se fait encore attendre, s’entêter à rétablir l’équilibre budgétaire en 2013 aurait eu des conséquences dramatiques. Avec des revenus fiscaux inférieurs de 2,5 milliards de dollars à ce qui avait été prévu, l’atteinte du déficit zéro n’aurait pu être réalisée que si Nicolas Marceau avait réduit les dépenses non pas de 2,5 milliards, mais de 3,5 milliards de plus.

Pourquoi ? Parce qu’une coupe de seulement 2,5 milliards dans les dépenses aurait, par effet d’entraînement, fait diminuer le revenu intérieur (PIB) du Québec de 3 milliards. Or, cette baisse de revenu des Québécois aurait amputé les recettes fiscales du gouvernement d’une somme supplémentaire de 500 millions. Il aurait donc fallu réduire les dépenses encore davantage — jusqu’à 3,5 milliards — pour arriver au déficit zéro. L’économie du Québec aurait alors pu facilement retomber en récession. Le budget du gouvernement, ce n’est vraiment pas la même chose que le budget de la famille Fortin.

Mais si le report de l’objectif de l’équilibre budgétaire à 2015 était la bonne décision à prendre pour soutenir l’économie, les déficits supplémentaires feront tout de même augmenter la dette. Quel effet cela aura-t-il sur le rapport dette-PIB, critère décisif de l’endettement ? Si le gouvernement avait décidé d’équilibrer ses comptes en 2013, sa dette aurait augmenté de 2,5 milliards de moins que prévu. Mais les compressions des dépenses de 3,5 milliards qui auraient été nécessaires pour y arriver auraient, par un effet démultiplicateur sur l’économie, fait diminuer le PIB du Québec de 4 milliards. Moins de dette, mais aussi moins de revenu pour la soutenir. Au final, le rapport dette-PIB n’aurait pas augmenté. Il serait resté inchangé, au niveau du 54 % projeté par le ministère des Finances.

En somme, la décision du ministre aura entraîné un gain pour l’économie sans pour autant augmenter le fardeau de la dette. Il est également intéressant de souligner l’appui spontané que le chef de l’opposition, Philippe Couillard, a donné au report du déficit zéro, avant de se rétracter. À plus long terme, il faut écouter le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault : la seule façon pour le Québec de composer avec les profonds changements démographiques en cours sans hausse d’impôt sera pour nous tous de revoir nos façons de faire traditionnelles en santé, en éducation et dans les autres services publics. En aurons-nous le courage ?

* * *

« Il y a deux enseignements à tirer de la crise : que les effets des budgets gouvernementaux sur l’économie et l’emploi sont très importants à court terme et que l’accumulation de déficits budgétaires non soutenables à long terme conduit à la ruine. »

Christina Romer, présidente du Comité des conseillers économiques du président Obama en 2009-2010

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1 commentaire
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Nous l’atteindrons jamais, le déficit zéro qu Québec si ce n’est qu’au prix d’acrobaties et de voltiges comptables comme seuls les politiciens savent la faire.

Le Québec est une cause quasi perdue.

Une décote, qui ne saurait tarder, serait la seule façon de remettre de l’ordre dans ce fouillis qu’est la social démocratie.