Crise économique : les générations X et Y seront les plus touchées 

Beaucoup plus vulnérables à l’endettement que les boomers, la génération X et celle des milléniaux pourraient faire les frais de la crise pandémique.

Crédit : Getty Images

La crise de la COVID-19 a révélé de façon dramatique la vulnérabilité de certaines catégories de la population. Trois millions d’emplois perdus au Canada depuis le début de la pandémie, 400 000 au Québec, la province la plus durement touchée.

Évidemment, tous ne sont pas égaux devant un pareil coup de grisou sanitaire: les travailleurs des secteurs du tourisme et de la restauration ont été cruellement touchés (et le sont toujours) tandis que les travailleurs œuvrant dans le secteur public par exemple, ont pu plus facilement se convertir au télétravail. Certains subissent la crise pandémique avec plus d’acuité que d’autres et ils trouveront la côte de la résilience plus ardue à remonter, comme l’indiquent les données inédites publiées par Statistique Canada le 26 juin dernier. Cette nouvelle mouture de ses Comptes économiques pour le secteur des ménages a été mise à jour pour l’année 2019 mais, surtout, propose une ventilation inédite du revenu, de la consommation, de l’épargne et du patrimoine selon les différentes générations.

Qu’est-ce que le patrimoine? En termes simples, c’est la somme des actifs détenus, un portefeuille d’actions par exemple, ajustée pour tenir compte des dettes – une hypothèque, par exemple. C’est ce qu’on pourrait appeler la « fortune nette » d’un individu.

Ce qui est particulièrement riche avec les données de Statistique Canada, c’est que pour la première fois, on peut vraiment évaluer le patrimoine de chaque génération et suivre son  évolution depuis 2010 jusqu’à 2019. Ces données inédites renferment des diagnostics par génération vraiment intéressants. Ciblons-en quelques-uns parmi les plus importants dans le cas du Québec.

Premier constat : Au Québec, les baby-boomers détiennent la plus grande part du patrimoine, mais l’écart entre ces derniers et les générations plus jeunes se rétrécit.

La part de la fortune nette des baby-boomers au Québec est en effet demeurée relativement stable, passant de 52,0 % du total en 2010 à 49,7 % en 2019 tandis que celle des milléniaux augmentait de 2,5 % en 2010 à 8,3 % en 2019. Le patrimoine net de la génération X a lui presque doublé pendant la même période, passant de 16,4 % en 2010 à 27,4 % en 2019. Ces hausses ont été compensées par la fonte de la richesse nette des personnes âgées, celle-ci passant de 29 % en 2010 à 14,6 % en 2019 – une baisse qui s’explique par le retrait de leurs actifs pour leur retraite.

Source : Statistique Canada

Tout cela est conforme à ce qu’on appelle en économie la « théorie du cycle de vie ». Selon cette dernière, au début de l’âge adulte, une personne emprunte pour financer ses dépenses importantes.Elle participe activement ensuite au marché du travail et consacre une partie significative de ses revenus à se constituer de l’épargne afin de rembourser ses emprunts et de se protéger de la chute de ses revenus au moment de la retraite, période pendant laquelle elle désépargnera pour maintenir son niveau de vie.

Cette théorie est aujourd’hui jugée trop globale car elle gomme les niveaux de revenus.  Elle a donc été ensuite affinée pour tenir compte des comportements propres aux gens à faibles revenus, aux membres de la classe moyenne et à ceux issus de milieux plus aisés tout au long de leur cycle de vie.  En gros, les bas revenus n’épargnent pas ni ne désépargnent tandis que les riches ne désépargnent presque jamais, à moins d’un choc boursier important. La classe moyenne, elle, suit le modèle conventionnel du cycle de vie.

Deuxième constat : Les jeunes sont plus vulnérables aux crises à venir que les générations plus vieilles

Advenant une augmentation des taux d’intérêt, les jeunes générations risquent davantage d’être étranglées financièrement à cause de leurs taux d’endettement très élevés par rapport à leur revenu : 220 % en 2019 pour les X et 200 % pour les milléniaux. Ça ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre si une hausse des taux d’intérêt survenait car ce seuil est déjà considéré comme critique en période de faible loyer de l’argent. En revanche, en 2019, le ratio d’endettement des baby-boomers était de près de 165 % et celui des Québécois nés avant 1946 d’environ 50 %.

Source : Statistique Canada

Les nouvelles données de Statistique Canada nous apprennent également que la crise sanitaire de la COVID-19 risque d’affecter les membres de la génération X et les milléniaux plus gravement dans les prochaines années, car la pandémie a eu des répercussions particulièrement négatives sur le type d’emplois occupés par ceux-ci. En effet, ces générations tirent leurs revenus principalement de salaires tandis que les générations plus âgées reçoivent surtout des revenus fixes issus de prestations de retraite et à la Sécurité de la vieillesse. Comme la pandémie a été dévastatrice pour plusieurs secteurs de l’économie, ce sont les jeunes générations, très actives sur le marché du travail, qui écopent.

Troisième constat :  Les habitudes de consommation rendent les jeunes doublement vulnérables, en particulier pendant la COVID-19.

Nous avons vu plus haut combien les niveaux d’endettement des plus jeunes générations étaient problématiques – l’endettement moyen des personnes âgées de 55 ans et moins équivalant à deux fois leur revenu!

L’éclairage additionnel sur la consommation par génération que nous offrent les nouvelles données de Statistique Canada n’a rien de rassurant lorsqu’on le compare avec la situation de l’endettement évoquée plus haut. Ces données indiquent en effet que les ménages de la génération X ont dépensé environ 100 000 $ en moyenne en 2019, suivis de près par ceux des milléniaux et des baby-boomers. Ce niveau de dépenses très élevé accroît la vulnérabilité dans l’éventualité d’une perte d’emploi. Ces personnes qui, sous de cieux économiques plus cléments, ont contracté d’importantes obligations financières se retrouvent aujourd’hui désormais coincées si elles ont perdu leur emploi à cause de la crise pandémique. Les revenus baissent ou cessent mais il faut continuer de payer l’hypothèque, la facture d’électricité, et les soldes de cartes de crédit !

Source : Statistique Canada

En conclusion : un feu orange bien allumé!

Les données inédites publiées par Statistique Canada nous fournissent un premier éclairage sur la ventilation du patrimoine, de l’endettement et de la consommation.  Les données pour le Québec nous montrent combien les perspectives financières de la génération X et des milléniaux sont incertaines. À moins d’un changement de comportements relativement à leurs habitudes de consommation, une hausse des taux d’intérêt pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour nombre de ces ménages très endettés.

La crise pandémique a évidemment rendu la situation encore plus périlleuse car de nombreux ménages, déjà lourdement endettés, pourraient devenir insolvables en 2020 à la suite de pertes d’emplois et d’une chute de revenus.  On peut donc raisonnablement penser que l’on n’assistera à aucune amélioration de la situation financière des ménages avant la seconde moitié de 2021,alors qu’il est prévu que l’activité économique reprendra de la vigueur.

À moins, bien sûr, qu’une seconde vague de la COVID-19 ne vienne troubler ce fragile scénario…

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