Derrière la fermeture de Jacob

Malgré les efforts et une restructuration financière, Jacob a été terrassée par un environnement impitoyable qui laisse peu de chances aux détaillants.

Photo: Moe Doiron/The Globe and Mail
Photo : Moe Doiron/The Globe and Mail

Blogue EconomieJoey Basmaji a jeté l’éponge. Le fondateur de Boutique Jacob, qu’il avait créée en 1977, a annoncé hier la fermeture de ses 92 magasins et la mise à pied de ses 1 000 employés.

C’est toujours triste de voir disparaître une entreprise qui fait partie de notre environnement commercial depuis si longtemps. Malgré les efforts et une restructuration financière, Jacob a été terrassée par un environnement impitoyable qui laisse peu de chances aux détaillants.

Le commerce au détail subit une profonde mutation. Dans un tableau préparé par les experts de McKinsey, 6 des 10 plus grands détaillants américains de 1990 ne se retrouvaient plus dans le «top 10» de 2012. Les Sears et JC Penney sont remplacés par Amazon ou Home Depot. Les temps changent.

Voici quelques facteurs qui expliquent les difficultés de Jacob et de nombreux autres détaillants de vêtements.

1. Au moment de leur création dans les années 1970, les détaillants québécois affrontaient les grands magasins à propriété canadienne, comme Eaton, qui étaient en fin de cycle. Depuis 10 ans, ils se mesurent à des détaillants spécialisés américains (Gap, Forever 21, etc.) ou européens (Zara, H&M) qui ont les poches pleines. Ces marques puissantes sont reconnues internationalement et bénéficient de grandes économies d’échelle. La bataille est plus âpre, les prix doivent rester bas et les marges sont très réduites… quand profit il y a.

2. La bataille est d’autant difficile que de plus en plus de marques internationales viennent s’établir au Canada, persuadées que l’économie va mieux que dans leur propre pays — et pour étendre leur empire.

3. Plusieurs de ces détaillants internationaux se trouvent aussi en pleine tempête. Les ventes de Gap ont baissé de 6 % en mars, et les stocks invendus de ces grands détaillants les conduisent à des politiques de soldes et de promotions quasi permanentes. On l’a vu ce printemps chez American Eagle, Abercrombie & Fitch et Aeropostale (une compagnie américaine malgré le nom). Par ailleurs, Target perd de l’argent comme de l’eau depuis son arrivée au Canada, et Lululemon, l’ancienne coqueluche des financiers canadiens, subit de sérieuses difficultés.

4. L’inégalité des revenus favorise à la fois les marques haut de gamme et les détaillants à escompte. Au même moment où Jacob annonçait sa fermeture, une boutique Armani Collezioni ouvrait chez Ogilvy. Ce même magasin sera jumelé à Holt Renfrew, et sa superficie devrait passer de 160 000 pieds carrés à 220 000 pieds carrés en 2017. Pendant ce temps, le nombre de magasins Dollarama a doublé depuis 10 ans et atteint 800 établissements.

5. Les changements démographiques ont leur effet. La population de la ville de Montréal est au même niveau qu’en 1966, alors que la population de la région métropolitaine est passée de 2,5 millions à 3,8 millions. Première conséquence : l’étalement urbain oblige l’ouverture de plusieurs magasins. Deuxième conséquence : vous ne vendez plus aux mêmes personnes. La population a changé, elle a vieilli, et l’apport de l’immigration est majeur à Montréal.

6. Le marché québécois ne croît pas vite, et la population sera sensiblement la même dans quelques décennies. Pour croître, il faut s’étendre. Le marché mondial du vêtement est évalué à 1 700 milliards de dollars par Euromonitor (et non  1 400 000 milliards $). Les pays émergents occupent 37 % du marché et la proportion devrait être de 50 % d’ici 2025.

7. La consommatrice n’achète plus ses vêtements comme avant. Voilà comment les auteurs de l’étude de McKinsey analysent son comportement : «Elle se présente en magasin. Elle utilise son téléphone intelligent pour comparer les prix et voir les commentaires exprimés sur le produit convoité. Elle consulte parents et amis sur les réseaux sociaux et quand elle prête à acheter, elle le fait en ligne !»

8. Conséquence : le détaillant du XXIe siècle doit à la fois maintenir des boutiques pour que les consommateurs examinent ses produits, et une infrastructure numérique et logistique pour vendre en ligne. McKinsey prévoit néanmoins que 85 % des ventes seront toujours faites en magasin en 2025. À côté d’eux, il y a des commerçants, comme le Montréalais Beyond The Rack ou Amazon, qui sont totalement numériques.

9. C’est un secteur fragile. Une mauvaise saison peut vous assommer et une mauvaise année vous mettre au tapis. L’hiver froid et interminable en Amérique du Nord a fait des ravages dans les bilans des détaillants tant américains que canadiens. Comment espérer vendre la collection du printemps quand il n’arrête pas de neiger ?

10. Parlant de collections, le temps des quatre collections saisonnières est depuis longtemps révolu. Il faut concevoir, créer et faire fabriquer des collections quasi mensuelles pour offrir à la consommatrice la dernière mode et renouveler rapidement le stock en magasin. Il faut donc travailler plus fort pour espérer obtenir un résultat aussi bon que les années précédentes. Cela explique aussi pourquoi les vêtements sont souvent soldés.

Pour réussir, le détaillant doit bien choisir son marché et son créneau. Il doit miser soit sur le style, soit sur le prix, soit sur la qualité de sa confection ou l’exclusivité de son produit. Il doit bâtir une marque forte capable de résister aux champions internationaux.

Le commerce au détail devrait être une discipline olympique, vu son extrême difficulté, la quantité et la qualité des adversaires, ainsi qu’un environnement économique changeant, sinon chambranlant.

Bravo à Joey Basmaji qui a vaillamment combattu pendant 37 ans. C’est un exploit dans les circonstances.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

17 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Un «oubli» de taille

Pierre Duhamel aborde différents aspects du commerce de détail. Il néglige de rappeler que Jacob était une entreprise québécoise. La Presse indique une perte de 1500 emplois, et non pas 1000, et que 1350 autres employés avaient été mis à pied entre 2008 et 2010, donc un total de 2850 employés. Lire http://affaires.lapresse.ca/economie/commerce-de-detail/201405/06/01-4764172-jacob-ferme-ses-portes.php

Surtout, M. Duhamel ne révèle pas l’évolution de la part des entreprises québécoise et canadiennes dans le commerce de détail. La part des entreprises québécoises n’a-t-elle pas beaucoup diminué au cours des 30 dernières années? M. Duhamel devrait traiter de cet aspect de la question au lieu de l’occulter.

Certaines personnes parlent de privatiser la Société des alcools du Québec. Une fois privatisée, quelques années plus tard, une compagnie américaine pourrait en prendre le contrôle.

Heille les gauchistes…continuez.

il faut taxer encore PLUS les entreprises symboles du capitalisme sauvage!!!

Bravo!!!

Curieusement, je viens de lire les 10 facteurs de la déconfiture de Jacob et je ne vois pas le facteur taxe. Cependant, je retiens que la concurrence des puissants de la guenille, a été un facteur majeur. Qui est le grand défenseur du privé, du libre marché et de la concurrence à tout crin sur ce blogue ? C’est vous.

Voici un autre exemple qui démontre que, sans intervention de l’État – que vous maudissez – pour réguler le marché, la libre concurrence de celui-ci aboutit à ce que les gros mangent les petits et qu’à la fin, il n’y a que les gros qui subsistent et comme il y aura toujours un plus fort, ce sera un marché de monopole.

Pourtant, Loto Québec, la SAQ, la SAAQ, Hydro-Québec et tutti quanti en sont, eux, des monopoles non? Et ils seraient bénéfiques seulement et uniquement parce qu’administrés par des fonfons ultra protégés, hyper syndiqués et pensionnés scandaleusement et des politiciens que nous considérons tous comme aussi crédibles que des vendeurs de chars de seconde main?

Est-ce là votre sens des valeurs?

Je le sais par expérience: faire des affaires au Québec pour des entrepreneurs est extrêmement difficile et l’une des causes de cet état de fait est l’emprise oppressante et suffocante de l’État dans les affaires. L’indice de liberté économique du Québec est rachitique.

Bien sûr, nous prétendons aider les entrepreneurs (jeunes?) à partir en affaires etc. mais aussitôt que ces derniers franchissent le seuil du monde entrepreneurial, ils sont assommés par des montagnes de paperasseries, une bureaucratie tatillonne, totalement déconnectée du monde entrepreneurial et jamais imputable de rien, des lois et des règlements qui changent au gré des politiciens et des groupes de pression (ex.: mines…), tout le tralala. Et tout ça, à part la compétition!!!

Pour attirer les gros méchants capitalistes ici, nous devons les subventionner plus que TOUTES les autres provinces Canadiennes RÉUNIES!!!

Vos commentaires sont comme une poule pas de tête, ils vont dans toutes les directions sauf la bonne. Hydro-Québec et la SAQ sont des monopoles par la volonté de l’état, ils ne sont pas le résultat d’une concurrence quelconque. Je vous soulignerai que la SAAQ n’est pas une entreprise commerciale comme telle, mais un organisme de régulation.

Posez-vous donc la question, pourquoi un gouvernement conservateur, par-dessus le marché, fait tant d’efforts pour permettre à des compagnies téléphoniques de venir concurrencer les « majors » de la téléphonie mobile canadienne ?

HEIN???

Ils paient des taxes d’affaires, des impôts fonciers, la TPS, la TVQ sur les intrants, les taxes scolaires (directement ou inclues dans leur loyer), une partie de l’assurance emploi de leurs employés, cotisations au RRQ, au RQAP, au FSS, etc…et si par malheur ces entreprises font des profits, eh bien, le gouvernement leur en confisque une partie.

« Ils paient des taxes d’affaires… »

« …des impôts fonciers, des impôts fonciers,les taxes scolaires (directement ou inclues dans leur loyer)

Bien oui par le biais de leur loyer, ils payent pour avoir une bécosse pour que leurs employés n’aient pas à emporter leur pot de chambre, ils payent pour de l’eau pour faire fonctionner la bécosse, ils payent pour, le trottoir et la rue pour leur amener des clients.

Donc ils ne payent pas de taxes parce que majorité pour ne pas dire la presque totalité des commerçants sont à loyer.

L’assurance emploi de leurs employés, cotisations au RRQ, au RQAP, au FSS, et impôts des employés font partie des prélèvements à la source que les EMPLOYÉS PAYENT avec leur paye, ou des bénéfices marginaux, qui font PARTIE du SALAIRE, de la paye, des employés.

Pour votre éducation, la TPS et la TVQ sur les intrants Monsieur sa majesté, ce sont les clients qui la payent.

Vous ne connaissez rien au commerce. À moins que vous nous mentiez?

« …si par malheur ces entreprises font des profits, eh bien, le gouvernement leur en confisque une partie. (François 1)

Les impôts, pas des taxes, mais des impôts et ce n’est absolument PAS de Jacob, sont les moins cher en Amérique du Nord avec l’Ontario.

Donc ils ne payent pas de taxes excepté la taxe pour permis d’affaires un prix ridicule.

Quand on ne connais rien au commerce, on se retient le clapet.

Vous aviez écrit: « Les entreprises de vente au détail ne payent PAS de taxes. » (sic) et je vous ai fermé le clapet.

Qu’ajouter d’autre mis à part le fait qu’il soit quand même surprenant que vous teniez à étaler ici votre ignorance avec tant de persévérance?

N’ayez jamais d’entreprise ,vous risqueriez un contact avec la réalité qui dépasserait votre entendement!
Manquez-vous tant de lucidité pour croire que les cotisations à ces régimes sont payées seulement par les employés?
Votre compréhension de la fiscalité d’une entreprise …aie-je bien dit votre compréhension?

Cette disparition m’attristre. J’ai grandi avec Jacob et j’y trouvais maintenant mon compte en vêtement de bureau. C’est vraiment dommage, les vêtements étaient vraiment de qualité!

Bravo Mr. Duhamel !, pour avoir mit les pendules à l’heure..de nous avoir exposer la situation clairement. Et surtout de ne pas avoir tombé dans la »Flagellation des entrepreneurs acharnés et talentueux »!

7.
«Elle se présente en magasin. Elle utilise son téléphone intelligent pour comparer les prix et voir les commentaires exprimés sur le produit convoité. Elle consulte parents et amis sur les réseaux sociaux et quand elle prête à acheter, elle le fait en ligne !»

8.
« Conséquence : le détaillant du XXIe siècle doit à la fois maintenir des boutiques pour que les consommateurs examinent ses produits, et une infrastructure numérique et logistique pour vendre en ligne. »

8 b.
Conséquence, le géant Amazon profite ou a profité de l’investissement de Jacob et il profite de Beyond The Rack. Jusqu’à un nouvel ordre des choses, ils demeurent des parasites. C’est de l’anarchie, c’est la mondialisation.

10.
« Il faut donc travailler plus fort pour espérer obtenir un résultat aussi bon que les années précédentes. »

10 b.
Travailler plus fort : et il y a une limite à l’effort qu’un humain peut fournir. Aussi il dispose de seulement 16 heures dans une journée. Hors ça fait trente ans que l’on nous chante ça.

Résultat : les géants gagnent inexorablement du terrain, et ce partout dans le monde et les petits ne peuvent pas résister, qu’ils soient fournisseurs ou qu’ils soient détaillants.

« Cela explique aussi pourquoi les vêtements sont souvent soldés. »

Bourrer le marché de produits au prix coûtant, ce n’est pas très rentable et ça expose à la fermeture.
++++++++++++++++

Le commerce au détail devrait être une discipline olympique, … »

Et ce sont les géants comme coscau et les allmarde, nessléee, la planète Mars de l’alimentation, la pomme de l’informatique qui profite du quasi esclavage en Chine qui seront loin en avant dans la course olympique.
Ce sont des tricheurs, des profiteurs qui profitent de la vente des enfants 14 ans (500 euro pour un ti-kid aux environs de la Côte d’Ivoire), qui font marcher des petits pays, contrôlent des municipalités ect.

Alors, M Duhamel, que peut faire le petit commerçant devant ces géants qui abusent de tout, et qui sont plus gros que bien des pays?

@ Monique Desjardins le 12 mai 2014 à 8 h 57 min

Je pense que votre intervention s’adresse à moi plutôt qu’a François 1 et si c’est le cas vous m’avez mal lu et je vous met au défi de trouver une erreur dans mon texte.

Sachez que de toute ma vie, je n’ai eu q’un boss que pendant 3 ans.

Alors votre :
« N’ayez jamais d’entreprise ,vous risqueriez un contact avec la réalité qui dépasserait votre entendement! » :

J’ai fait des remises de taxes fédérales (taxe d’assise fédérale à 13,5%) pour ensuite passer à la TPS et à la TVQ. La taxe fédérale, c’était en ce qui me concerne aux débuts des années 80.

Alors en trente-cinq ans, j’ai pu acquérir le contact avec la réalité probablement plus que vous et la majorité des gens.

« Manquez-vous tant de lucidité pour croire que les cotisations à ces régimes sont payées seulement par les employés? »

C’est pourquoi que je vous dis que vous avez mal lu et je répète :

« L’assurance emploi de leurs (les entreprises) employés, cotisations au RRQ, au RQAP, au FSS, et impôts des employés font partie des prélèvements à la source que les EMPLOYÉS PAYENT avec leur paye, ou des bénéfices marginaux, qui font PARTIE du SALAIRE, de la paye, des employés. » (youlle)

De plus Monique Desjardins, je vais en ajouter.

Les commerçants ne payent pas de taxes (TPS et TVQ) sur leurs comptoirs, caisse, calculatrices, enseignes, photocopieurs, ordinateurs et tout autre équipement qui servent au commerce.

Et j’en ajoute encore. En plus pour la TPS et TVQ ils la collectent du consommateur jusqu’à trois mois avant de la remettre au ministère du revenu. Ainsi ils peuvent placer cet argent avant de le remettre au ministère. Quelle misère.

« Votre compréhension de la fiscalité d’une entreprise… » (Monique Desjardins)

Ben je vais en ré ajouter. Pour la fiscalité, les entreprises peuvent reporter les pertes de leurs entreprises pendant des années, pour les déduires des profits qu’ils font des années plus tard.

Mme Monique Desjardins, si vous ne comprenez pas ce que je viens d’écrire, c’est vous qui devriez lâcher les affaires pendant qu’il est encore peut être temps.

Vous vous enfoncez dans le ridicule et je crois que le sujet est clos.

Il est clair que les commerçants et les sociétés paient une multitude de taxes et d’impôts car une bonne part des revenus du Québec vient exactement d’eux.

Les commerçants peuvent « investir » la TPS/TVQ pendant 3 mois? Et? Que se passe-t-il lorsqu’ils ont droit à un retour de TPS/TVQ? Le gouvernement leur rend l’intérêt de l’argent qu’il a fait pendant ces 3 mois peut-être? Et si les commerçants « font de l’argent » avec cet « investisement » ils ne paient pas d’impôt sur ces gains? N’importe quoi…comme d’habitude.

Pour ces sociétés et commerçants qui font des PERTES, ils peuvent les remporter à plus tard…comme les particuliers qui font des PERTES en capital via, par exemple, la vente d’actions. Et??? La belle affaire. Ils font des PERTES et si vous leur demandiez s’ils préféreraient faire des profits ou des pertes, je vous laisse deviner leur réponse.

Comme je l’ai écrit: c’est du n’importe quoi!

Arrête d’étaler ton ignorance sur le commerce et sur sa fiscalité. Tu ne sais de quoi tu parles.

Tu devrais te plaindre à ton Institut De Désinformation Économique De Montréal, car ils sont très lent à te montrer un réplique de perroquet.

C’est vrai que ces Washers indépendants n’ont pas de compte à rendre et finissent à 3 heures et ne travaillent pas la fin de semaine.