Des budgets antijeunes ?

D’un bout à l’autre du Canada, les gouvernements sabrent les dépenses qui touchent les plus jeunes pour financer des programmes destinés à des aînés qui n’en ont pas toujours besoin, dénonce Paul Kershaw, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.

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Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Le gouvernement fédéral a présenté son dernier budget comme celui des « réductions d’impôt pour les familles ». Le gouvernement québécois s’est quant à lui décrit comme « l’allié de la jeunesse » en défendant son plus récent budget.

Or, les chiffres montrent une tout autre réalité, dit Paul Kershaw, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.

Ottawa et Québec ont plutôt sabré les dépenses destinées aux plus jeunes pour financer des programmes qui profitent aux aînés, dit-il. Kershaw a décelé la même tendance dans les budgets de l’Ontario, de l’Alberta et de ceux de toutes les autres provinces, qu’il a scrutés à la loupe (à l’exception de celui de l’Île-du-Prince-Édouard). « C’est un dur coup pour l’équité entre les générations », dit ce chercheur de 40 ans, fondateur de Generation Squeeze, un groupe de réflexion sur cette question.

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Paul Kershaw

Vous estimez que les derniers budgets de Québec et d’Ottawa sont «injustes» envers les jeunes. N’est-il pas normal que les gouvernements dépensent davantage pour les aînés?

Oui, bien sûr. On sait qu’en vieillissant tout le monde est plus à risque de tomber malade et donc de recourir davantage au système de santé. Selon nos études, les gouvernements fédéral et provinciaux dépensent en moyenne 33 000 dollars par an par personne âgée de 65 ans et plus, contre moins de 12 000 par personne de 45 ans et moins. On ne s’attend pas à ce que l’État réduise ses dépenses pour les aînés au niveau de celles des jeunes. On ne veut pas non plus que les gens travaillent jusqu’à leur dernier souffle ! Il y aura toujours un écart, et c’est normal. Ce qu’on remet en question, c’est l’ampleur de cet écart, qui va en grandissant.

Pourquoi le gouvernement peut-il dénicher des sommes substantielles pour les aînés tout en soutenant que les coffres sont vides quand il s’agit de financer des programmes touchant les jeunes?

Le dernier budget du Québec est très évocateur. Le gouvernement a trouvé de grosses sommes pour financer le système de santé pour la population vieillissante. Et il l’a fait en partie en augmentant de façon importante les frais de garderie, ce qui représente une ponction de près de 200 millions de dollars dans les poches des jeunes parents. Québec a dit qu’il n’avait pas les moyens de maintenir le tarif à 7,30 $ par jour. Mais il avait pourtant les moyens d’offrir de nouveaux crédits d’impôt aux aînés, dont un pour aider les propriétaires à payer leurs taxes foncières. Il ne s’agit pas d’une mesure très coûteuse, mais elle est très symbolique.

Pourquoi?

Cette mesure fiscale laisse entendre que la hausse du marché immobilier nuit aux propriétaires, parce que les taxes foncières augmentent. Mais en vérité, si votre maison prend de la valeur, ça reste une excellente nouvelle pour les gens qui ont acheté leur maison il y a des décennies. La hausse fulgurante du marché, ça pose d’abord et avant tout problème aux gens qui veulent accéder à la propriété ! Et ça touche de façon disproportionnée les jeunes.

Le prix des maisons au Québec a doublé, en dollars constants [en tenant compte de l’inflation], depuis 1976. Selon nos chiffres, les jeunes ont vu leur revenu moyen chuter pendant cette période. Résultat : beaucoup d’entre eux devront se saigner s’ils veulent acheter une maison. Ces mêmes jeunes, qui doivent étudier de plus en plus longtemps pour espérer trouver un emploi, devront aussi subir les conséquences des changements climatiques et de la détérioration de l’environnement. Mais nos gouvernements tardent à s’occuper de ces dossiers.

Le taux de participation des jeunes aux élections est anémique. Pourquoi les partis politiques se montreraient-ils sensibles à leur cause s’ils ne se déplacent pas pour voter?

C’est le problème typique de « l’œuf ou la poule ». Comme professeur, j’entends souvent les jeunes se plaindre que les partis politiques ne s’intéressent pas à eux. Ça m’a poussé à analyser les programmes des partis. Ma conclusion, c’est que les jeunes ont en bonne partie raison. Mais comment faire changer les choses ? À mon avis, on ne peut plus attendre les élections pour agir. Voilà pourquoi on veut transformer notre groupe, Generation Squeeze, en lobby des jeunes. On aimerait faire contrepoids au CARP [Canadian Association of Retired Persons], un puissant lobby installé à Toronto qui regroupe près de 400 000 aînés au pays. Ses dirigeants n’attendent pas les élections avant d’influencer les programmes des partis politiques. Si on parvient à rassembler une masse critique de jeunes, nos idées pourraient aussi se refléter dans les programmes des partis. Et si c’était le cas, ça pousserait les jeunes à voter davantage.

Ne craignez-vous pas de nourrir une guerre des générations avec votre groupe?

Pas du tout. Nos grands programmes de santé et de retraite universels ont été mis sur pied à une époque où le tiers des aînés vivaient sous le seuil de la pauvreté. Beaucoup risquaient de déclarer faillite s’ils tombaient malades et devaient être hospitalisés.

Depuis, le taux de pauvreté chez les aînés a chuté, pour atteindre 5 %, le taux le plus bas parmi tous les groupes d’âge. C’est un accomplissement remarquable, dont on devrait être fier.

C’est mon souhait le plus cher que ma mère de 71 ans et ma grand-mère de 99 ans puissent vivre en bonne santé et dans le confort le plus longtemps possible. Mais elles-mêmes tiennent à payer leur juste part. Elles ne voudraient pas que leurs enfants et leurs petits-enfants écopent de la facture plus tard.

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4 commentaires
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«On aimerait faire contrepoids au CARP [Canadian Association of Retired Persons], un puissant lobby installé à Toronto qui regroupe près de 400 000 aînés au pays.»

À lire: The devil wears orthopedic shoes.

En lisant cette partie de l’article, ça m’a fait penser à ce que quelqu’un m’a dit dernièrement: «il faudrait quelque chose pour faire contrepoids au lobby féministe.» Si la personne était un AYYM, je n’y aurais fort probablement prêté aucune attention. Sauf que ça venait de quelqu’un de modéré, moderne, nuancé, avec une conscience sociale, etc. Bref, de quoi réfléchir.

Mais on s’éloigne du sujet là…

Je lance une idée qui me trotte dans la tête depuis un moment. Il y a au Canada et au Québec déséquilibre démographique entre les générations et donc aussi déséquilibre du poids électoral de celles-ci. Une bonne façon de contrer ce déséquilibre et de forcer nos politiciens à penser un peu plus à long terme et aux besoins des jeunes, serait de permettre aux parents de voter au nom de leurs enfants jusqu’à la majorité de ceux-ci. Donc par exemple, une famille de deux enfants équivaudrait à 4 votes (maman, papa et deux enfants). Ceci aurait le triple mérite d’équilibrer le poids démographiques du vote, de forcer les politiciens à se soucier réellement aux besoins de ces jeunes, et inciterait les jeunes parents à user de leur droit de vote puisqu’ils auraient une plus grande influence sur la gouverne du pays (et se sentiraient probablement plus coupable de ne pas aller voter, sachant qu’ils sacrifiaient ainsi leur voix mais aussi celles de leurs enfants) Bref, ça forcerait tout un chacun à penser plus loin que le bout de son nez , aux générations montantes et futures entre autres, et non plus seulement à la satisfaction immédiate de leur besoin. De plus cela donnerait une voix aux moins de 18 ans qui comme citoyens à part entière (même si temporairement inapte à user de leur droit démocratique) verraient leur intérêt pris en compte plus que pour une photo-op électoraliste comme celle qui chapeaute cette article.

Louis Doran, 40 ans

Il est malheureux de voir depuis des décennies que les programmes d’aide aux études supérieures ont dérapé et firent perdre des centaines de millions aux gouvernements tels que les 350$ qui furent effacés au début des années 80, des dettes que les étudiants accumulaient d’année en année et ce seulement au Québec, nous pouvons conséquemment imaginer le total de ces dettes pour l’ensemble du Canada.

Les gouvernements effacaient des centaines de millions à chaque année puisque les étudiants faisaient faillites. Pour mettre la cerise sur le gâteau, les mêmes étudiants ne payaient pas leurs frais d’étude mais s’achetaient une automobile dès que le chèque arrivait. Les lois ont dont été amendé de façon à verser directement les frais aux universités et les bourses sont versées à chaque semestre. Une économie substantielle depuis plus de 30 ans.

J’ajouterais que les prêts étudiants (et non les bourses) ne devraient pas être versés aux étudiants dont les parents demeurent à proximité des universités (de toute région qui ne demande pas plus de 90 minutes de transport en commun pour se rendre à l’université) car les étudiants se servent de l’argent pour se payer des appartements dont ils n’ont absolument pas besoin durant leurs études si ce n’est que pour faire la fête.

Il est grand temps que le “party” finisse.

En ce qui a trait aux dépenses pour les jeunes, nous n’entendons parler que de ces derniers petits rois et reine de la maison qui en ont jamais assez. Les milliards qui ont été consentit depuis une quinzaine d’années dans des infrastructures et des programmes “pour jouer” ne fait que miner pas dessous la réalité des études et responsabiliser les jeunes dès le jeune âge et non attendre à la fin du secondaire où les étudiants sont “pourris jusqu’à l’os”, habitué de tout avoir pour rien sur un plateau d’argent.

Clubs de hockey, de volley-ball, de ski, de football etc dont le principal des équipements sont payés par les contribuables sans penser aux infrastructures que tout cela exige. Pourquoi pour faire des “élites” et se péter les bretelles parce qu’un jeune de la paroisse s’est rendu aux olympiques ou dans une équipe professionnelle et pourront dès lors rire de tout le reste en gagnant des millions à chaque année ? Une véritable industrie de la “vedette” sur le dos des payeurs de taxes.

Nous n’avons qu’à constater les dépenses faramineuses des bals de fin d’année et les sorties organisées qui envoient les étudiants en Europe, voir l’Asie. Trop c’est trop. Comment voulez-vous faire comprendre à ces étudiants de fin de secondaire qu’ils doivent dès lors prendre leurs responsabilités ? “Good luck”. C’est un travail qui aurait dû être fait dès le début de leurs études primaires.

Lorsque l’on voit ou plutôt se réveille à la réalité pourtant évidente depuis des décennies que les “élites” des sports finissent en presque totalité dans la rue, sans le sous et souvent gravement malade tout comme les études sur le football nous l’a clairement démontré, nous démontre que nous fabriquons que des “élites” temporaires qui deviennent les “loques humaines” sur le dos des payeurs de taxes pour profiter à une poignée de millionnaires qui régissent les sports partout sur la planète.

Comme si nous le savions pas que le football était dangereux. On dirait que personne ne se souvient de nombreux cas tel que Mohammed Ali, Floyd Paterson et bien d’autres. Le déclin de Ali débuta en 1973 alors qu’il n’avait que 32, alors qu’il mit fin à la pratique de la boxe en 1978. Le médecin qui le suivit tout au long de sa carrière déclara en 1981 qu’il avait tenté de dissuader Ali mais sans succès, la gloire d’un moment étant devenue la priorité sur tout autre chose. C’est en 1981 qu’Ali fut atteint de Parkinson et perdit une grande partie de sa capacité de mémoire.

C’est une opinion que je ne partage pas et ne respecte pas non plus, merci.

Go habs go ! Un autres des nombreux sports imbéciles, par des imbéciles et pour des imbéciles.