Des mythes persistants sur le Québec

Dans mon livre L’avenir du Québec Les entrepreneurs à la rescousse, je consacre un grand chapitre à l’histoire entrepreneuriale du Québec. C’est une belle et longue histoire qui remonte aux premiers temps de la colonie, comme le montre cet extrait publié dans L’actualité et sur son site.

Pourtant, ce mythe du Québécois porteur d’eau et personnage passif et docile de sa propre histoire a la vie dure. Pour certains, l’histoire  du Québec ne commence qu’en 1960 avec la Révolution tranquille. Tout le reste n’en vaudrait pas la peine, sauf, évidemment, la révolte des Patriotes de 1837. L’État québécois aurait été pratiquement inventé en 1960 et aurait été depuis lors le point d’ancrage du développement économique puis politique du Québec. Nous lui devrions tout.

C’est une belle histoire, sauf qu’elle est incomplète. Des entrepreneurs francophones, il y en a eu à toutes les générations depuis l’arrivée de nos ancêtres sur cette terre, même après la Conquête anglaise. On trouve des francophones parmi les fondateurs d’entreprises dominantes à leur époque comme la Dominion Textile, la Canadian Steamship Line, la Dominion Glass, la Shawinigan Water & Power, la Montreal Light, Heat & Power, ou encore les papetières Donohue et Wayagamack.

En 1931, les entrepreneurs francophones contrôlaient 57 % des entreprises manufacturières du Québec, 75 % des entreprises du secteur de la construction et 71 % des commerces. On compte déjà 49 chambres de commerce en 1938. En 1941, on comptait 34 046 administrateurs et propriétaires d’entreprises francophones au Québec. Ils seront 89 987 en 1961. Ce n’est pas rien et ils ne sont pas tous nés après l’élection de Jean Lesage !

Les Péladeau, Desmarais, Dutil, Bombardier, et Léger (Saint-Hubert) étaient déjà en affaires avant l’élection de Jean Lesage en 1960, ainsi que les sociétés qui ont donné naissance à SNC-Lavalin, RONA ou Metro.  Il n’y a pas eu une génération spontanée d’entrepreneurs. De grands leaders existaient déjà pour profiter du boom démographique et économique qui ont propulsé l’économie dans tous les pays occidentaux.

L’État québécois n’est pas non plus une création des années 1960. Ceux qui idolâtrent son rôle devraient connaître leur histoire un peu mieux.

Entre 1944 et 1959, sous Maurice Duplessis, les dépenses du gouvernement du Québec ont été multipliées par 6,8 fois ! En dollars constants et par personne, les dépenses ont doublé pendant cette période ainsi que les effectifs de la fonction publique et des ministères. En 1959, le gouvernement Duplessis allouait 22,7 % de son budget à l’éducation, une proportion plus grande que dans le budget actuel du Québec. Cela s’explique facilement, car comme partout ailleurs, la population explosait et il fallait expressément construire de nouvelles écoles.

Symbole de cette époque, Hydro-Québec, déjà société d’État, accaparait plus de la moitié de la production et des ventes d’électricité avant sa (seconde) nationalisation de 1963.

Un autre mythe, encore véhiculé, veut qu’il n’y ait eu aucun ministre des Finances francophone avant cette glorieuse époque. C’est vrai, si on oublie Pierre Bachand en 1879, François Langelier en 1879, Jacob Nicol, de 1921 à 1929, Louis-Alexandre Tachereau qui cumulera le poste de Premier ministre de ministre des Finances entre 1930 et 1932 et Onésime Gagnon, qui sera le Trésorier provincial pendant presque toutes les années du régime Duplessis, de 1944 à 1958.

Il sera remplacé à ce poste par John Bourque, dont le père était francophone. Jean Lesage sera son propre ministre des Finances, de 1960 à 1966. Voilà pour cette légende des francophones exclus du ministère des Finances.

Les Québécois sont depuis toujours de grands entrepreneurs et de grands bâtisseurs. On n’a pas besoin de rabaisser  le rôle de tous ceux qui ont contribué à bâtir le Québec avant Jean Lesage et René Lévesque.

Laisser un commentaire

Vous démontrez éloquemment que le cour d’histoire a sa place dans les cursus d’études tant primaires que secondaires. Qu’une bonne connaissance de cette matière est aussi susceptible de pousser des vocations. Que beaucoup de jeunes et de moins jeunes pourraient se reconnaître dans les beaux exemples que vous mentionnez ; de telle sorte que tout ceci devrait inciter plus d’unes et plus d’uns à poursuivre dans cette direction pour le bénéfice ainsi de toutes et de tous.

La semaine passée, l’emission « Zone Doc » diffusée sur les ondes de Radio-Canada nous présentait le développement de Hochelaga Maisonneuve ; il y était question notamment de la famille Viau (entre autre les biscuits), comme aussi des Dufresne dont on connaît le château. On y fait mention tout particulièrement de Marius qui fut par bien des aspects un véritable visionnaire élaborant bien avant la date ce qui allait s’articuler dans ce quartiers autour des installations Olympiques et du Jardin Botanique.

On comprend en somme que l’économie en quelques sortes est aussi un « paysage en mouvement », qu’il n’en tient qu’à nous de formuler et reformuler ce paysage de la plus belle des façons, de le façonner de générations en générations pour le plaisir des sens et le bien être de tout un chacun.

En d’autres mots la « grande noirceur » est un mythe gauchiste et si cette période a réellement existé elle a eu lieu plus tard et fut mené par des leaders tels que (les frères siamois) Trudeau et Levesque avec leur copains des grandes centrales.

Et nous sommes sur le point d’en mesurer toutes les conséquences…

« Entre 1944 et 1959, sous Maurice Duplessis, les dépenses du gouvernement du Québec ont été multipliées par 6,8 fois (sic) ! »

Évidemment : cet arrosage devenait de plus en plus nécessaire pour se maintenir au pouvoir. Je me demande quel aurait été le résultat des deux dernières élections ayant reporté ce satrape au pouvoir si le vote n’avait été systématiquement acheté ; en particulier la dernière. Maire de Nicolet au début des années 60 – élu surtout pour nettoyer les écuries d’Augias régionales laissées par le régime – mon grand-père m’a raconté que dans les cas les plus pathétiques, dans les années 50, il suffisait d’une caisse de 24 en échange d’un vote pour l’Union nationale. Mais en gros tout y passait, du frigidaire au grille-pain. Le vote était systématiquement acheté, surtout lors des deux derniers scrutins remportés par l’UN. C’est de ces fonds-là qu’il serait amusant de suivre la trace, pour un historien.

Avocat, mon grand-père s’est retrouvé pratiquement sans clientèle pendant la majeure partie du régime duplessiste. Il n’a dû sa survie économique qu’à un prospère fermier quérulent multipliant poursuites et querelles de clôture : car vu qu’il écoulait ses récoltes auprès d’acheteurs extérieurs, sur lesquels la racaille unioniste n’avait pas prise, ce cultivateur, qui certaines années était le seul client de mon grand-père, se foutait bien des pressions et menaces. Car il faut bien comprendre qu’il était alors périlleux pour les gens, en particulier les commerçants, d’être vus en compagnie d’un « rouge » (i.e. libéral), surtout si ce rouge « faisait de la politique » : ils auraient risqué à leur tour de perdre leur clientèle. C’est ainsi que ça fonctionnait. Mon grand-père étant un excellent avocat – versé notamment dans les causes d’expropriation ayant accompagné l’établissement des terrains de la Défense nationale sis non loin de là – les gens venaient le consulter au milieu de la nuit, en toute discrétion…

Mais je m’étends, je m’étends alors que l’essentiel de mon propos est ailleurs. C’est bien joli de chanter les mérites de la culture entrepreneuriale au Québec, mais aujourd’hui, dans un contexte plus large, il importe surtout de souligner que la dérive libériste (*) des dernières décennies (et la prophétie « mondialisante » qui l’accompagne) ont curieusement eu pour effet de rendre la « marche entrepreneuriale » de plus en plus haute : étrange version du capitalisme, qui réduit progressivement la liberté d’entreprendre ! D’une fusion/consolidation à l’autre, le nombre de joueurs diminue dans un paquet de domaines et la taille des joueurs est telle qu’il est désormais illusoire, à moins de bénéficier d’une mise de fonds de départ vraiment inespérée, de commencer quelque chose de nouveau pour compétitionner avec ces écœurants (en matière de compétition, c’est important la haine de l’adversaire). En sorte qu’il est devenu aujourd’hui nettement plus difficile et encore moins viable qu’hier d’ouvrir une boulangerie, une pratique légale, un café (vu notamment la concurrence des chaînes uniformisantes façon Starbuck : curieux, non, ce culte de l’uniformité et de l’uniformisation à partir d’une idéologie qui se croit/se prétend individualiste ?). De l’extension des heures de commerce au décloisonnement des services financiers, en passant par la soi-disant dérèglementation qui en réalité n’est qu’une autre réglementation, tout favorise la méga-entreprise, qui n’a bien sûr pas le moindre souvenir d’avoir commencé toute petite et qui désormais bétonne derrière elle, empêchant toute possibilité de commencer quelque chose de nouveau (entreprendre, donc) contre elle. Je ne suis pas du tout du côté de l’État « mur à mur » des sociaux-démocrates, toutefois l’État libéral, comme l’appelait Cavour, doit garder en mains les outils législatifs propres à briser les tendances monopolistiques ou même simplement les tendances au gigantisme anticoncurrentiel.

(*) « Libérisme et libéralisme » est un article très éclairant par le penseur et politicien de droite Benedetto Croce, président du Parti libéral italien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Dire que les Canadiens-français n’étaient pas exploité en amenant la preuve qu’il existait de riches entrepreneurs francophones est ridicule. Premièrement, personne n’a réfuté qu’il en existait pas. Deuxièmement, il demeure que l’anglais était la langue des patrons et devant eux, c’était Speak White. Troisièmement, connaissez-vous la théorie du «roi-nègre», un riche francophone au service de la classe dominante anglophone. Quatrièmement, vos statistiques ne veulent rien dire.Vous nous étalez des quantités, mais vous ne dites rien sur la qualité.

«les entrepreneurs francophones contrôlaient 57 % des entreprises manufacturières du Québec, 75 % des entreprises du secteur de la construction et 71 % des commerces.»

57% des entreprises manufacturières. Combien n’étaient que des petites shop de 5-6 employés qui avaient de la difficulté à arrondir leur fin de mois.

75% des entreprises du secteur de la construction. Combien de ces entreprises n’étaient que deux, trois bon jacks faisant des bonnes jobs à bons prix pour les gens de la région?

71% des commerces. Combien n’étaient que des petites quincailleries, des magasins généraux de village, des petits cordonniers?

Vos chiffres ne valent rien et on peut leur faire dire n’importe quoi.

Dire que La Grand Noirceur est un mythe parce que Duplessis a fait explosé le financement à l’Éducation est tout aussi ridicule. Vous oubliez que cette Éducation était fait par des prêtres qui obligeait les femmes à faire 14 enfants. Vous oubliez aussi toute les saloperies de Duplessis envers le mouvement ouvrier. Vous oubliez la loi Cadenas, vous oubliez le patronage, la fraude, l’achat de vote.

Tout ça a eu lieu. Que Duplessis est multiplié par 6.8 fois le financement de l’Éducation religieuse n’invalide pas la thèse (et non mythe!) de la Grande Noirceur.

Certes, il y a plusieurs belles réalisations durant La Grande Noirceur.(Électrification rural, droit de vote des femmes, etc.) Mais en général, ce fut une sombre période, tout comme les 200 ans précédents où les Canadiens-français, majoritaire chez eux, étaient exploités comme une minorité.

Et 1960, fut un grand réveil, c’est incontestable. Y a-t-il eu que des bons coups? Non, mais on a foutu l’église à la porte, repris le contrôle de nos ressources et sorti les Canadiens-français de la classe inférieur de la société.

Arrêtez de répandre le mythe que les tenants de la thèse de la Grande Noirceur croit que l’époque pré-1960 était tout noir et que la Révolution tranquille était toute blanche.

« Et que dire d’un des grands mythes de la go-goche séparatiste: la maladie du hollandais!

Voici qui devrait les faire réfléchir…s’ils en sont capables: »

Une lecture qui nous vient directement de l’institut économique favori des dretteux à tordre la vérité financée par nos impôts et les grand financiers du coin. Nos drettistes et libertariens s’y alimentent quotidiennement.

Il faut être ignare ou menteur pour nier le mal hollandais.

Kevin, juin 28, 2012 à 20:24 a mit le doigt sur le bobo :

C’est tellement facile de faire n’importe quoi aux chiffres quand on choisit ceux qui nous plaisent pour écarter les autres.

Duhamel aurait été plus crédible s’il avait donné la part des entreprise Canadienne(-française) en proportion du PIB. Cette donnée là prouve sûrement le contraire de ce qu’il soutient dans son article.

Ceux qui disent que Duplessis n’a pas été si pire que ça devrait penser aussi que Duplessis a fait honte aux québécois pour des décennies.

Duplessis a convaincu les québécois de voter à gauche pour plus de 60 ans. Sa proximité avec la religion lève tellement le coeur que le québec est devenu laïc des laïcs.

On peut le félicité d’avoir tenu serré les coffres de l’état et que le québec n’avait pas de dette. Mais la pauvreté québécoise de l’époque faisait tellement honte en occident que face aux russes les états-unis ont recommandé au canada d’améliorer le sort des canadiens français. Pour démontrer les vertus du capitalismes aux russes, il fallait que les derniers de l’Amérique du nord paraissent un peu mieux…

De l’autre coté du passage à gauche, ce qu’on peut dire aujourd’hui c’est que les coffres se sont ouvert, mais que les investissements n’ont pas rapportés. Normalement lorsqu’on fait un bon investissement, ça rapporte, ça se paie avec les revenus supplémentaires. C’est l’objectif d’un bon plan. Dans notre cas, non, la dette a explosé et on a jamais réduit la dette québécoise. Ce fut de mauvais investissements. Cette mauvaise gestion nous place maintenant en retard sur le reste de l’Amérique du nord. Les plus taxé et les moins rémunéré.

Au pays de l’incompétence, la gauche est autant à critiquer que la droite finalement!