Des oreilles aux sourds

Sait-on à quel point le monde financier est passé à un poil de l’effondrement le 17 septembre 2008 ?

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Lors d’un plaidoyer de deux heures, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine, a convaincu l’admi­nistration Bush d’injecter 700 milliards de dollars pour éviter le krach. On se promettait de réformer le système et de réguler les rémunérations cosmiques des « maîtres de l’univers ». Un an après, rien ne se fait. Pourquoi ?

Laissons parler l’immense connaisseur de l’âme humaine qu’était Stendhal :

« Malgré beaucoup de soins pour être clair et lucide, je ne puis faire des miracles ; je ne puis pas donner des oreilles aux sourds ni des yeux aux aveugles. Ainsi, les gens à argent et à grosse joie, qui ont gagné cent mille francs l’année qui a précédé le moment où ils ouvrent ce livre, doivent bien vite le fermer, surtout s’ils sont banquiers, manufacturiers, respectables industriels, c’est-à-dire gens à idées éminemment positives. […] Ce n’est point ainsi que perdent leur temps les gens qui payent deux mille ouvriers à la fin de chaque semaine ; leur esprit est toujours tendu à l’utile et au positif. […] La vie laborieuse, active, tout estimable, toute positive, d’un conseiller d’État, d’un manufacturier de tissus de coton ou d’un banquier fort alerte pour les emprunts, est récompensée par des millions, et non par des sensations tendres. Peu à peu le cœur de ces messieurs s’ossifie ; le positif et l’utile sont tout pour eux. »

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