Des phénix ou des cancres ?

Douze pour cent des 25-34 ans sont sans diplôme au Québec. Mais il faut continuer à combattre le décrochage scolaire avec acharnement, surtout celui des garçons et des jeunes en difficulté.

La base du progrès économique, comme celle du développement social et culturel, c’est le capital humain. La richesse est créée par les idées, le travail et les machines. Mais ce sont les gens qui ont les idées, qui travaillent et qui font les machines. Donc, ce sont eux qui créent la richesse.

Notre système d’éducation primaire et secondaire constitue notre investissement le plus important dans le capital humain. Il est donc primordial de savoir s’il est performant. Or, on nous transmet là-dessus des messages apparemment contradictoires. En décembre dernier, Statistique Canada nous apprenait que les jeunes Québécois du niveau secondaire étaient parmi les plus « bolés » de la planète en mathématiques. Comme on le voit dans le tableau ci-contre, leur note moyenne lors de l’évaluation internationale des acquis scolaires, en 2006, dépassait celle des autres élèves canadiens et était incomparablement supérieure à celle des jeunes Américains.

En mai dernier, par contre, Le Journal de Montréal nous annonçait la catastrophe. Il titrait : « Jusqu’à 85 % d’abandons dans les écoles secondaires » et « Nos jeunes décrochent ». Dans la même veine, il n’est pas rare d’entendre politiciens, syndicalistes ou patrons s’inquiéter du taux de décrochage « de plus de 30 % » des jeunes Québécois du niveau secondaire.

Nos jeunes sont-ils des phénix ou des cancres ? Qui a raison ? Incontestablement, c’est Statistique Canada, et non Le Journal de Montréal. Selon le canon de l’information statistique qu’est le Recensement du Canada, seulement 12 % des jeunes Québécois de 25 à 34 ans n’avaient aucun diplôme en 2006.

Le taux de 85 % relevé par Le Journal s’appliquait au cas extrême d’une école de quartier défavorisé qui n’était pas du tout représentative de l’ensemble. Le taux de 30 %, auquel on fait souvent référence dans les discours, est le pourcentage de jeunes qui n’ont pas encore de diplôme du secondaire à l’âge de 19 ans. Mais 10 ans plus tard, la majorité de ces derniers, devenus adultes, se sont repris et ont obtenu un diplôme d’études générales ou professionnelles du secondaire. À 29 ans, ils ne sont plus que 12 % à ne posséder aucun diplôme.Au final, le vrai taux de décrochage scolaire chez les 25-34 ans au Québec est de 12 %. Pas de 30 %. Pas de 85 %.

Ce taux n’est pas très différent de celui qu’on observe ailleurs en Amérique du Nord. Le tableau indique en effet que c’est 13 % de ce groupe démographique qui est sans diplôme aux États-Unis, et 11 % dans les autres provinces canadiennes.

Est-ce que cela signifie que nous pouvons maintenant nous reposer sur nos lauriers ? Absolument pas ! Premièrement, un diplôme du secondaire s’obtient après seulement 11 années d’études au Québec, mais après 12 années ailleurs en Amérique du Nord. Pour cette seule raison, le décrochage scolaire devrait, au départ, être nettement plus bas au Québec.

Deuxièmement, avec des taux de décrochage inférieurs à 10 %, des pays comme la Norvège, la Corée du Sud, l’Irlande et la Finlande connaissent beaucoup plus de succès que nous. Ils nous montrent la voie. Il faut voir ce qu’on peut apprendre d’eux sur les meilleurs moyens de favoriser la persévérance scolaire.

Troisièmement, il faut accélérer l’obtention du premier diplôme. Mieux vaut acquérir celui-ci du premier coup, lorsqu’on a de 16 à 18 ans, qu’en rattrapage à l’éducation des adultes à l’âge de 25 ans !

Quatrièmement, au Québec, 25 % des filles et 35 % des garçons de 19 ans n’ont pas encore de diplôme du secondaire. On doit essayer de comprendre pourquoi ces derniers décrochent en plus grand nombre que les filles. Et intervenir en conséquence avec les ressources que cela exigera.

Cinquièmement, il faut continuer à investir dans les milieux où la pauvreté ainsi que les difficultés personnelles et familiales sont les plus profondes. À long terme, c’est avec un diplôme en poche que les jeunes de ces milieux pourront s’en sortir.

La qualité totale, en éducation, c’est zéro décrocheur.

Note moyenne des jeunes de 15 ans en mathématiques (norme mondiale = 500) et pourcentage des 25-34 ans qui n’ont aucun diplôme en 2006
Région Note en maths % sans diplôme
États-Unis
476
13 %
Québec
540
12 %
Reste du Canada
523
11 %

 

 

Sources : OCDE, Statistique Canada, US Census Bureau.

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