Design-moi un mouton

Avec ses 3 600 designers actifs aussi bien dans l’industrie des transports qu’en plasturgie, le Québec est la Mecque canadienne du design industriel. Parmi leurs réalisations les plus connues, mentionnons le moniteur de mouvements et de son pour bébé Angelcare et la nouvelle moto Spider, de Bombardier Produits Récréatifs. Lorsqu’un designer est engagé très tôt dans le processus de création d’un produit, son influence peut être profonde : comme le montrent les transformations radicales que le designer Michel Dallaire a apportées au barbecue au bois Woodflame.

C’est également un designer québécois, Sébastien Dubois, qui a remporté, en 2007, à Copenhague, le prestigieux prix Index (accompagné d’une bourse de 100 000 euros) pour une prothèse du pied à faible coût destinée aux pays en voie de développement. À 29 ans, il lance son entreprise dans le but de commercialiser son invention, sur le point d’être brevetée. Son marché potentiel est immense : on dénombre environ 100 millions de mutilés dans le monde. « Pour moi, le design consiste à établir un dialogue avec l’utilisateur afin de savoir ce qu’il veut. Et cela ne signifie pas nécessairement quelque chose de joli. »

Un peu plus du tiers des manufacturiers québécois font appel à des designers industriels, et l’État veut augmenter leur nombre grâce à des subventions. « Avec la concurrence des pays émergents, il faut que la production québécoise se distingue et le design est la solution évidente », dit Véronique Rioux, présidente de l’Association de design industriel du Québec. « Le designer industriel est à l’industrie ce que l’architecte est à la construction. On peut tout confier à un ingénieur, mais le designer industriel est formé pour que le produit soit adapté au client et plus facile à fabriquer. »

La fabrique à invention

« Un éléphant blanc… » C’est le commentaire que l’on entendait le plus souvent en 1984 lorsque l’Université Laval, grâce à des fonds fédéraux et provinciaux, a créé l’Institut national d’optique. Un centre de recherche ? À Québec ?

Vingt-quatre ans plus tard, l’« éléphant blanc » est devenu un monstre sacré. L’INO, c’est 225 employés, plus 1 000 autres qui travaillent dans les 24 sociétés qu’il a essaimées. « C’est aussi 40 transferts technologiques, une centaine de brevets, 4 300 contrats de recherche, un incubateur d’entreprises plein à craquer », énumère le PDG, Jean-Yves Roy. Le lidar (radar optique), la détection de contaminants alimentaires, les thérapies photodynamiques et la vision nocturne (un instrument mis au point à des fins militaires permet de lire une plaque d’immatriculation à deux kilomètres de distance la nuit !) n’ont plus de secrets pour les chercheurs de l’Institut.

L’INO ne fait pas de recherche fondamentale, mais de la recherche appliquée, celle qui trouvera un usage. Quand une entreprise lui confie un mandat, ses chercheurs doivent comprendre le contexte d’affaires de celle-ci, savoir qui elle a pour concurrents. « Ma récompense n’est pas de publier dans une obscure revue scientifique : c’est le brevet, le produit final », dit Pierre Galarneau, vice-président et chef de la technologie.

« N’eût été de l’INO, je serais sans doute parti travailler à l’étranger », affirme Martin Guy, 40 ans, ex-chercheur à l’INO, aujourd’hui vice-président à la technologie de Teraxion, fabricant de filtres pour réseaux de transmission optique à haut débit, qui emploie 150 personnes à Québec. Teraxion détient 95 % du marché mondial dans son créneau, en grande partie grâce à sa collaboration fructueuse avec l’INO. « L’INO nous a permis de poursuivre nos recherches, alors que nos concurrents avaient lâché prise à cause de l’effondrement du marché boursier, en 2001. »

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