Desjardins, mes données et moi

Comme des millions de Québécois, Mathieu Charlebois est une victime de la fuite de données de Desjardins. Et il a finalement réussi à se créer un compte Equifax pour se protéger… non sans difficulté. 

Photo : La Presse canadienne

Faites-vous partie des presque 3 millions de membres de Desjardins victimes de la fuite de données ? Moi, oui.

Oh, rien de grave. On parle seulement de mon nom, mon prénom, ma date de naissance, mon numéro d’assurance sociale, mon adresse, mon numéro de téléphone, mon courriel et « certains renseignements » au sujet de mes habitudes bancaires. 

Je me réconforte en me disant que tant qu’on n’a pas coulé le nom de jeune fille de ma mère ou le nom de mon premier chien, la majorité de mes mots de passe en ligne sont en sécurité. C’est ce qui compte.

En apprenant que je faisais partie des personnes touchées, je me suis précipité sur AccèsD, le coeur rempli d’espoir. Vérifications faites, c’est bel et bien de ma faute s’il n’y a pas une maudite cenne dans mon compte de banque. Aucune fraude là. Zut.

Pour informer les victimes, Desjardins a envoyé une lettre par la poste. Au deux-tiers de la missive, on trouve cette phrase extraordinaire : « Par ailleurs, nous sommes conscients que cette situation pourrait vous préoccuper. »

La situation pourrait me préoccuper. POURRAIT !

Oui ? « Par ailleurs », tu penses que ça pourrait me préoccuper qu’on puisse acheter mes informations personnelles en échange de quelques bitcoins ? Tu ne me trouves pas paranoïaque ? Fiou. T’es ben swell, mon Alphonse.

Pour aider à protéger les données qu’ils n’ont pas su protéger eux-même, Desjardins propose gratuitement les services d’une firme appelée Equifax. Equifax sont des pros dans le domaine de la fuite de données, puisqu’ils ont perdu celles de 143 millions de personnes en 2017 et on sait tous qu’apprendre de ses erreurs est la meilleure façon d’apprendre.

Le problème, c’est que pour s’inscrire au service, il faut se rendre sur un site Web qui a tendance à faire comme un introverti dans un party : il plante quand plus que dix personnes essaient d’y accéder. 

Pour éviter la cohue, j’ai donc mis mon cadran à quatre heures du matin et j’ai pu découvrir un site au look digne des débuts de l’autoroute de l’information. Si j’aime bien les trips nostalgiques, je les préfère dans Stranger Things que dans mes opérations bancaires. Mais ça, c’est juste moi, et je n’ai pas vraiment d’autres options, alors allons-y. 

J’entre mon nom. J’entre mon adresse. Je coche des cases. Je choisis une question de sécurité que personne ne pourra deviner… à moins d’avoir accès à Facebook.

Je clique sur « Envoyer » et…

… je découvre que le site d’Equifax ne tolère pas les accents. 

Rémi Bédard devra donc s’appeler « Remi Bedard ». Quant à moi, j’habite à « Montreal » et je n’arrive pas à être rassuré de savoir que tout ce que ça prend pour mélanger le système chargé de m’avertir si je me suis fais voler mon identité, c’est un « e » accent aigu.

Au départ, Desjardins avait prévu offrir un an de protection avec Equifax. Un tout petit douze mois. 

Hey, Alphonse ! Dans un an, je n’aurai même pas encore terminé le rouleau de cellophane que je viens d’acheter ! Si tu perds mes données personnelles, la moindre des choses c’est que la protection que tu me proposes pour t’excuser dure plus longtemps que le director’s cut de la trilogie du Seigneur des anneaux

Heureusement, Desjardins a entendu la grogne et l’offre a été étendue à cinq ans. Ce qui me laisse donc amplement de temps pour faire changer mon NAS, mon nom et ma date de naissance. Dites adieu au vieux Mathieu Charlebois, et souhaitez la bienvenue à Renaud Brisebois, jeune professionnel de 24 ans. Je n’ai pas encore décidé si Renaud allait porter la barbe ou pas. Vous pouvez voter dans les commentaires.

J’ai toujours fait très attention à mes données personnelles. 

Voilà des années que je détruis mes cartes de crédit comme un agent secret détruirait les détails de sa plus récente mission. La dernière, je l’ai coupée en huit morceaux, que j’ai jetés dans cinq poubelles publiques différentes. Je songeais cuisiner la prochaine pour la manger.

Malgré tout le trouble que je me suis donné, voilà que le pire arrive quand même. Avoir su que c’est ce qui m’attendait, j’aurais fait comme mes arrière-grands-parents et j’aurais caché mes informations personnelles dans un matelas.

J’ai l’impression que la seule vraie protection qu’il nous reste contre les fraudeurs, c’est que leurs courriels et textos sont remplis de fautes. Oh, vraiment ? Je dois « cliqués sur ce liant » parce que « ma compte a été supendue » ? Ouais, non. Merci quand même. 

Je vous le dis : le jour où un fraudeur reçoit un Bescherelle pour sa fête, nous sommes tous foutus. D’ici-là, c’est le fait que ce sont des humains faillibles qui nous sauve. La même faillibilité humaine qui nous a mis dans ce pétrin. 

On a donné nos données à Desjardins en faisant un acte de foi. On se dit qu’une grosse compagnie a bien les moyens de tout prévoir. Sauf que derrière les machines, il y a toujours des humains.

Des humains qui pensent en anglais et qui oublient d’inclure les accents à leurs lignes de code. D’autres qui volent les infos personnelles auxquelles ils ont accès. Juste parce qu’ils le peuvent. Il n’y a pas une seule question de sécurité sur le nom du chien de notre plus jeune cousin qui puisse nous protéger contre ça. 

On me dit que je devrais changer de banque, mais je ne fais pas plus confiance aux autres institutions. C’est le système en entier qui est fragile. 

Et puis, quand vient le temps de me faire avoir par le monde de la finance, le modèle coopératif reste mon préféré. Mon NAS en échange d’une ristourne de 15$ ? C’est quand même un bon deal, considérant que Facebook et Google, eux, prennent mes infos sans rien me donner en échange.

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7 commentaires
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Cher Renaud,
Bienvenue dans mon magazine préféré.
Heureuse de constater qu’ils n’ont pas pu te voler ton génial sens de l’humour…noir.
Blague à part, bonne chance. J’pense que ça va être pénible pour une escousse.

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Pourquoi toute cette agitation et peur. C est quoi le pire qu ‘il peut arriver? Demander des credits avec ton identité? Si quelqu ´un te demande de remboursser qlq chose que ta pas prise .. tu remboursse rien c est tout. Ta côte de credit va chutter .. et alors, il faut apprendre a vivre sans credit et sans cartes de credits. Lol

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Effectivement, savoir que plusieurs organisations criminelles à travers le monde détiennent nos données personnelles, nos habitudes transactionnelles, financières, de même notre adresse… Oui, on sera préoccupés par l’éventualité d’une fraude financière mais le mal ne s’arrête pas là, ces criminels peuvent utiliser notre identité pour commettre des crimes (internet ou autres). Que faire si on entre dans un pays étranger et qu’on nous arrête? Est-ce que l’ambassade Canadienne nous défendra? pourra convaincre les autorités étrangères que nous avons été victimes d’un vol d’identité?

Par expérience, un proche détient un casier judiciaire depuis 25 ans parce qu’une de ses connaissances de l’époque avait donné son nom aux policiers et à la Cour pour possession de cannabis. Cette personne l’a appris en passant au douanes américaines, traité comme un criminel. Depuis, impossible de faire enlever cette accusation dans son dossier, la dite connaissance refuse de se compromettre pour l’aider. Une plainte de vol d’identité ne peut effacer son casier judiciaire.

Aujourd’hui, avec les fraudes internet, utiliser notre identité pour commettre des crimes graves est un jeu d’enfant pour eux. J’ai l’impression que les autorités sont dépassées par l’ampleur de la situation en raison de l’évolution technologique. Je crois donc que le concept de vol d’identité doit s’étendre bien au delà des fraudes financières. Notre prudence, notre vigilance aidera pour le volet $, mais n’enrayera pas les risques.

J’ai vérifié pour modifier légèrement mon nom, je ne réponds pas aux critères restrictifs, de même pour le numéro d’ass. social. C’es L’impasse!

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