Desjardins vs Desjardins

Il y a deux visions de l’avenir de Desjardins : l’une veut en faire une puissance financière coopérative, alors que l’autre semble faire du modèle coopératif une fin en soi.

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Photo : Jean-Philippe Bourgoin/Wikimedia Commons CC 3.0

Il y a deux Desjardins.
Blogue Economie

Le premier est une institution sérieuse et en pleine expansion, qui doit faire des excédents (parce qu’elle n’aime pas le mot «profits»), même si cela exige de supprimer des guichets ou des succursales non rentables — ou même, comme on l’a appris mercredi, de couper les ristournes versées annuellement aux membres.

Ce Desjardins-là doit aussi se conformer aux exigences internationales demandant une meilleure capitalisation des institutions prêteuses afin de les rendre plus solides.

Contrairement aux banques, qui émettent des actions pour renflouer leur bilan, le Mouvement Desjardins a choisi il y a quelques années d’utiliser ses excédents pour consolider sa base de capital plutôt que de les redistribuer sous forme de ristournes à ses membres.

En 2007, les caisses avaient versé 592 millions de dollars en ristournes aux membres, soit 54 % des excédents enregistrés cette année-là. L’an dernier, elles en ont versé à peu près trois fois moins, soit 217 millions de dollars, ce qui correspondait à 14 % des excédents nets.

Cette pratique a bien servi le Mouvement Desjardins, considéré par Bloomberg comme la cinquième institution financière la plus solide au monde cette année, devant toutes les banques canadiennes et américaines. AJOUT ET PRÉCISION : Une résolution qui sera débattue à l’occasion du congrès d’orientation du Mouvement, le 19 septembre, pourrait avoir un sérieux impact sur les montants alloués à la ristourne. Les débats porteront sur la nécessité ou non pour les caisses de verser davantage d’excédents à leur réserve pour se conformer à des normes internationales en matière de capitalisation (Bâle III).

Mais il y a un deuxième Desjardins, qui répète inlassablement que la coopérative n’est justement pas une banque et qui voudrait que l’institution se comporte différemment.

Cette tendance, s’il faut l’appeler ainsi, est incarnée par Claude Béland, l’ancien président du Mouvement. Il est à Desjardins ce que sont les «belles-mères» au Parti québécois, c’est-à-dire une sorte de conscience morale ou de parangon de vertu.

Claude Béland croit que les ristournes font partie de l’ADN des caisses populaires et qu’elles permettent de faire naître un sentiment d’appartenance dans leur collectivité. Sans les ristournes, dit-il, Desjardins ressemble à une banque.

Ce n’est pas la première fois que Béland critique la direction du Mouvement. Au printemps dernier, il avait même dit que celui-ci avait «perdu son âme» en axant ses énergies sur les objectifs financiers. Il critiquait particulièrement la décision de réduire le nombre de points de service et de guichets automatiques.

Le Mouvement Desjardins est une institution solide, mais sa rentabilité est déjà plus faible que celle des banques, et ses coûts d’exploitation sont nettement plus élevés. Du coup, ses dirigeants se trouvent devant une situation difficile. S’ils ne gèrent pas prudemment en cherchant à diminuer les coûts d’exploitation, ils n’auront peut-être pas d’autre choix que d’augmenter davantage les frais de transaction ou le coût des prêts.

Desjardins aura peut-être encore son âme, mais ce sera aux dépens de sa position concurrentielle et de sa rentabilité.

C’est que Desjardins n’est pas seul au monde, et les banques lui mènent la vie dure, surtout en milieu urbain. Dans mon voisinage, par exemple, la succursale de la Banque TD est ouverte tous les jours, et 15 heures de plus par semaine que la caisse populaire.

Par ailleurs, la solidité financière de Desjardins lui permet d’étendre son offre de services à d’autres institutions financières coopératives hors Québec et de renforcer ses compagnies d’assurances, actives dans tout le pays.

Il y a donc deux visions de l’avenir de Desjardins. L’une veut en faire une puissance financière coopérative, alors que l’autre semble faire du modèle coopératif une fin en soi.

13 commentaires
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Le problème n’est pas là. Une banque est une banque et une coopérative est une coopérative. Desjardins est une banque, tout comme Agropur est une multinationale.

Deux observations sur votre billets : 1) Les ristournes de l’an passé ont été plus fables car le gouvernement du Québec avait imposé une taxe spéciale aux banques (celle sous juridiction du Québec, dont naturellement Desjardins). 2) Claude Béland est le faussoyeur de l’âme coopératif du mouvement Desjardins, c’est sous sa gouverne qu’une série de réformes ont été mises en oeuvre pour diluer l’esprit coopératif. Je ne dis pas que ces réformes n’étaient pas nécessaires, mais à sa place je me garderais une petit gêne…

L’arrivée de Monique Leroux qui a fait passer la rémunération de la présidence de 800 000$ à 3.6$ millions a nettement accéléré le mouvement vers une banque comme toutes les autres et Desjardins a perdu son âme. Monsieur Desjardins doit se retourner dans sa tombe.

Quand le mouvement Desjardins veut concurrencer les banques il adopte les comportements des banques. Ceci veut dire que ses « gros » clients obtiennent des traitements préférentiels et cette manière de faire va aussi à l’encontre de l’essence du mouvement coopératif. Juger du succès d’une coopérative selon les mêmes critères que ceux de l’entreprise capitaliste est une aberration. La raison d’être d’une coopérative est de rendre des services à ses membres et non celle de courtiser les mieux nantis. Les pommes avec les pommes et les oranges avec les oranges.

vous avez parfaitement raison. Comme membre depuis 5o ans, je m’oppose à la disparition des ristournes, un symbole.

Il faut être fier du succès de la coopérative Desjardins. Certains disent que c’est rendu une banque comme les autres, mais ce n’Est pas vrai. Malgré les fermetures, elle conserve bien plus de guichets et de succursales que les banques, principalement dans les petites villes, où ces dernières sont totalement absente, sauf parfois la banque nationale.
Et puis en quoi ça dérange si les ristournes sont abolies? Ça permettra de réduire les frais ou de donner de meilleurs taux. Ristourne ou pas, l’argent reviendra aux membres.

Caisse Desjardins ou banque de Montréal,Toronto dominion,nationales,scotia bank,du pareil au même. Plus:leurs critères de crédit est pire que les autres banques.Et la on ne parleras pas de leurs frais exorbitants…..

Comparer les caisses à des banques est une aberration! Demandez-vous ce que les banques font pour le milieu dans lequel ils ont des succursales. Moi, j’y pense quand je vais à l’hopital, qui a reçu un don important des caisses pour améliorer le département pédiatrique de la région, quand je vais dans un festival pour me divertir dont Desjardins est aussi un partenaire majeur. Tout ceci profite à moi et à ma famille, directement et concrètement. La ristourne n’est pas si importante à mes yeux. Ristourne ou pas, Desjardins est notre richesse collective.

Bonjour M. Duhamel. J’adore vous lire. J’ai basé un de mes travaux scolaires sur votre article, je le partagerai donc sur votre page. Je vous ai bien cité et j’ai mis l’hyperlien dans le forum en espérant que les gens viendront vous lire. Merci.

Comme nous avons entendu parlé récemment dans l’actualité économique au Québec, les Caisses Populaires Desjardins remettent en question un de leur principe de base : les ristournes. La remise en question n’est pas fondamentale mais plutôt axé sur la réalité économique.
La remise en question n’est pas fondamentale ; je m’explique.
Bien que nous sachions qu’une des principales nuances entre une caisse coopérative et une banque, probablement la plus connue et la plus appréciée, ce sont les ristournes. Contrairement à une banque qui prend une partie de ses bénéfices pour les répartir entre les actionnaires selon leur part détenue, une caisse prend plutôt une partie de ses excédents afin de redistribuer aux membres et la distribution se fait en pro rata des produits utilisés.
Depuis plusieurs années, particulièrement sous le règne de Mme Leroux, la proportion de ristourne versée a diminué. Plutôt que de répartir les excédents parmi les membres, les Caisses Populaires ont misé sur une augmentation de leur capital, sur une expansion hors province et hors pays. Desjardins a agi de la sorte afin de respecter sa vision d’avenir : « Desjardins, premier groupe financier coopératif au Canada, inspire confiance dans le monde par l’engagement des personnes, par sa solidité financière et par sa contribution à la prospérité durable. »
Bien que l’institution financière Desjardins ne soit pas une banque, elle se situe sur le même marché et la compétition est féroce. En voulant solidifier sa position, s’imposer comme une institution à capitalisation forte et visant une prospérité durable, elle investit dans elle-même. Elle devient un leader économique, une institution financière plus sûr, plus sécuritaire et meilleure pour chacun de ses membres.
De plus, selon les sources de M. Duhamel, Desjardins envisagerait, lors du congrès d’orientation du Mouvement qui se déroulait cette fin de semaine, de discuter de la possibilité de prendre ces excédents et de les utiliser plutôt afin de se conformer aux propositions de l’Accord de Bâle III. Cet accord vise des propositions de réformes bancaires afin de garantir un niveau minimum de capitaux propres, pour assurer la solidité financière des banques. Ces réformes sont apparues dans le but de protéger les avoirs des particuliers et d’assurer une pratique durable des institutions financières. L’Accord de Bâle de niveau III s’est vue graduellement mise sur pied après la crise financière de 2007-2008, crise qui a durement touché les clients des institutions bancaires et les contribuables de certains pays.

Comme explique l’article de M. Duhamel, tous ne sont pas d’accord avec la direction que prend le Mouvement Desjardins. Par exemple, M. Claude Béland, l’ancien président du Mouvement, est contre l’idée réduire à néant les ristournes, de diminuer le nombre de points de service et le nombre de guichet automatique. Pourquoi ? Car, selon lui, c’est fondamentalement contre L’ADN du Mouvement.
Vous voyez, on retourne ici à l’aspect fondamental d’une Caisse Populaire. À mon avis, une réduction de points de service et de guichet automatique afin de se conformer au marché actuel et à la réalité économique n’altère en rien aux fondements du Mouvement. Je comprends qu’il est certes dommage de réduire les services, car une Caisse se veut près des gens. Par contre, la réduction fut appliquée afin de respecter la vision à long terme du Mouvement, de respecter la viabilité économique du Mouvement ainsi que d’assurer une prospérité durable. Bref, de rester près des gens, plus longtemps.
Il en est de même pour les ristournes. Initialement, elles servent à redonner au membre. En solidifiant ses avoirs, en rehaussant ses normes et en s’assurant d’avoir une place de choix dans le marché, une place qui lui permet d’offrir des services enviables et à prix compétitif, n’est-ce pas indirectement ce que l’on appelle redonner aux membres ? Dites-moi, quelle meilleure contribution pour un membre peut-il y avoir que de s’assurer que son institution financière soit reconnue mondialement pour sa solidité, la sécurité de ses avoirs et la contribution de celle-ci à sa collectivité comme elle le fait si bien au Québec ?

Une vue de l’esprit….je serais curieux de savoir où tu vis….certainement pas en région. Une vision urbaine et déconnectée comme celle de Duhamel