Dessau vendue à Stantec : adieu, fleuron ?

Il semble que Dessau était trop dépendant du marché québécois pour subir les conséquences de ses actes et possibles malversations. La réputation entachée, les pénalités encourues et le retour à des pratiques plus honnêtes auraient conduit l’entreprise au bord de l’abîme.

Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne
Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Blogue EconomieDessau est-il un autre de ces « fleurons québécois » qui ne peuvent être vendus à des intérêts canadiens ou étrangers ? Le PQ et la CAQ le croient et pressent le gouvernement d’intervenir dans le dossier de l’achat de Dessau par la firme albertaine Stantec pour protéger « les intérêts économiques du Québec ».

Le fleuron est bien magané quand on parle de Dessau. La réputation de la firme québécoise d’ingénierie a été fortement entachée lors des audiences publiques de la Commission Charbonneau. L’un de ses anciens dirigeants y avait reconnu que la firme s’était engagée dans des pratiques de collusion et de fausse facturation pour financer illégalement les partis politiques.

La firme a même perdu l’an dernier le droit de faire des soumissions sur les contrats publics. Cette interdiction lui a coûté cher. Elle a dû mettre à pied 350 employés et vendre l’une de ses principales divisions pour se renflouer. Elle a déjà compté plus de 4 500 employés, elle n’en a plus que 1 300. Son image reste ternie, même si l’interdiction de soumissionner a depuis été levée.

Le génie-conseil québécois est en crise. SNC-Lavalin est maintenant dirigée par un Américain et mise sur son grand rayonnement international. C’est la même chose pour WSP, l’ancien Genivar. Il semble que Dessau était trop dépendant du marché québécois pour subir les conséquences de ses actes et possibles malversations. La réputation entachée, les pénalités encourues et le retour à des pratiques plus honnêtes auraient conduit l’entreprise au bord de l’abîme.

En achetant Dessau, Stantec préserve des emplois de grande qualité. Je trouve que c’est une retombée économique majeure. Un siège social disparaîtra, mais sa disparition s’explique d’abord par des années de copinage et d’éthique douteuse.

En prenant connaissance des déclarations des partis d’opposition, j’ai l’impression qu’aucune entreprise québécoise ne peut être vendue à des acquéreurs hors Québec et qu’Investissement Québec et la Caisse de dépôt devraient créer de toute urgence une escouade permanente anti vente de fleurons, l’EPAV.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

3 commentaires
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Ce qui aurait pu avoir un certain intérêt…. Mais cela évidemment on ne le saura pas ! C’eût été de savoir combien Stantec aura ou devra débourser pour prendre le contrôle de Dessau. Ce qui de la même façon aurait pu avoir encore un certain intérêt…. Mais cela non plus, évidemment on ne le saura pas ! C’eût été pour satisfaire notre curiosité, de savoir si le président récemment démissionnaire Jean-Pierre Sauriol et son vice-président pour l’Amérique latine Rosaire Sauriol récemment démissionnaire, recevront quelques aménités monétaires pour cette transaction puisque quoique démissionnaires, ces messieurs devaient posséder encore quelques modestes parts dans ce « fleuron » de l’ingénierie.

Nous savions que la décision quoique temporaire de l’AMF de ne pas dispenser à Dessau son attestation d’intégrité, tout comme la décision de la ville de Montréal de suspendre la firme de génie pour 5 ans de toutes formes de soumissions, que tout cela avait fait mal à cette firme. D’ailleurs, on peut se demander, si on ne devrait pas oublier la Commission Charbonneau, pour tout recommencer comme avant si possible en mieux.

Nous le savions tout pareillement, il y a quelques mois déjà, cette « crème de la crème » évoquait même un risque de se retrouver aculée à la faillite.

Est-ce que cela devrait être le rôle échu à Investissement Québec et la Caisse de dépôt de sauver ces fleurons naguère glorieux — qui par cupidité n’hésitent pas à franchir la ligne rouge — sous prétexte qu’il faut quoiqu’il en soit préserver nos intérêts « nationaux » supérieurs de nôtre quasi-pays qu’est l’Québec ? Après tout, être vendu à des intérêts albertains, quoique cela soit « infâmant »…. l’Alberta c’est encore au Canada tant que j’sache….

— Bin, j’conçois que si vous le dîtes, faut accroire que ça d’vrait être vrai !

On a perdu notre expertise avec cette bande de chapardeur. Nos églises sont encore solides maintenant, aujourd’hui croiser deux autoroutes ( 15 & 640) prend plus d’une décennie. Aussi bien que la relève fasse ses classes meilleurs entorses