Dois-je m’inquiéter, Docteur ?

(Voici le texte publié dans l’édition courante de L’actualité. Vous pouvez aussi le trouver intégralement sur le site frère Affaires sans frontières)

Panique, sueurs froides, déprime, chutes de pression sur les marchés financiers mondiaux… Comment tout cela a-t-il commencé, où cela va-t-il nous mener, et peut-on se protéger ?

Comment tout a commencé

Les défenses immunitaires de l’économie mondiale étaient affaiblies par quatre facteurs.

1. La mondialisation, qui a favorisé la concurrence entre les pays et provoqué une nouvelle division du travail. Dans les pays développés, des millions d’emplois non spécialisés ont été perdus. En revanche, des secteurs (génie, technologie, finance, ressources) en ont profité, ce qui a accentué les écarts de revenus.

2. Le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers les pays émergents, devenus de grands acheteurs de minerais et de pétrole, ce qui a fait grimper les prix.

3. Les investisseurs institutionnels deviennent les acteurs clés des marchés financiers. Pour obtenir les rendements qui répondent aux attentes des baby-boomers à la veille de la retraite et des investisseurs moyen-orientaux ou asiatiques, ils investissent à court terme, ont recours aux fonds de couverture (hedge funds).

Les opérateurs en Bourse (traders) de ces établissements touchent une rémunération prodigieuse, qui les récompense pour les risques pris et ne les pénalise pas en cas d’échec. Conséquence : les marchés deviennent nerveux, risqués.

4. Les faibles taux d’intérêt encouragent les États, les entreprises et les particuliers à emprunter, ce qui favorise la consommation et crée l’illusion d’une croissance soutenue et éternelle.

Comment la maladie s’est développée

le virus se propage

Le virus des prêts hypothécaires à haut risque (subprimes) se répand dans les institutions financières des pays développés, qui se retrouvent avec des actifs dépréciés dans leur bilan. Certaines banques doivent être nationalisées, d’autres sont tirées d’affaire grâce à des plans de sauvetage, certaines périssent.

Ces prêts ont été – mal ! – utilisés pour diluer le risque de mauvaises créances immobilières aux États-Unis. Quand la bulle éclate, en 2008, le bilan des institutions qui en détiennent s’effondre.

Les banques sont fragilisées et les États ont dû accroître leur propre endettement pour les renflouer et arrêter l’hémorragie.

La crise de foie des consommateurs

La crise des prêts hypothécaires à haut risque plonge les économies occidentales dans une profonde récession en 2009.

La chute des valeurs immobilières coûte 7 000 milliards de dollars aux propriétaires américains de 2006 à 2011. En Irlande et en Espagne, l’éclatement de la bulle immobilière appauvrit aussi la population.

Partout dans les pays développés, les consommateurs doivent prendre le temps de résorber leur endettement, d’autant que les marchés boursiers chutent et que les rendements de leurs faibles épargnes sont médiocres.

De 1997 à 2009, les revenus des Canadiens ont progressé de moins de 30 %, alors que leurs dépenses ont augmenté de 40 %. Leurs dépenses de loisirs ont même augmenté de 53 % pendant cette période. Au début de 2011, l’endettement des ménages atteignait près de 150 % de leurs revenus après impôt.

À l’échelle planétaire, le marché obligataire (dettes publiques et privées) a atteint 95 000 milliards de dollars en 2010, plus du double qu’en 2002.

Des États paralysés

(suite de ce texte ICI)


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Excellent article qui montre certains aspects complexes de l’économie parmi lesquels le rôle de ses investisseurs institutionnels qui représentent un système financier parallèle qui n’est pas soumis aux mêmes contraintes que les banques notamment. Les banques de par leurs « holding » pouvant se trouver présentes à tous les niveaux. Ce que les américains appellent si je ne m’abuse le : « shadow banking system » qui représente le revers de la médaille de l’économie de marché puisque fondée essentiellement sur la recherche de rendements et non pas sur la création de richesse par la croissance.

On s’est éloigné de la raison même de l’économie qui est de soutenir la vie à tous les stades de la vie, ce qui s’appelle justement la croissance. On comprend qu’il est quasi impossible à long terme de poursuivre dans cette direction sans accentuer toutes formes de déséquilibres. Il n’en reste pas moins qu’une saine gestion des finances tant publiques, que privées, que personnelles et l’ensemble des coûts opérationnels sont des éléments qui devraient être pris en considération pour envisager le remède.

S’il semble difficile de faire croître indéfiniment le revenu de tous et plus encore celui de quelques privilégiés, il reste possible de bâtir en économie stable et en santé à moindre coût qui reflète la réelle volonté de la société d’absorber l’ensemble de ses dépends. On peut appeler cela de la décroissance, je pense toutefois qu’une croissance harmonieuse passe par une réévaluation à la baisse de toutes choses ce qui pratiquement nous préserve de coupes drastiques qui usuellement ne font qu’aggraver tous les maux.

– Note technique : On ne peut pas accéder au lien sur « Eureka.cc » qui est réservé aux seuls abonnés.

« Il n’y a pas de traitement miracle pour soigner la maladie de l’endettement »

Oui : couper les dépenses. DUr à court terme, mais excellent à long terme. l’Irlande en a donné un bon exemple, n’en déplaise à Krugman.

tant et aussi longtemps que le fantôme de keynes va flotter parmi nous, les cycles économiques vont continuer.

Une petite erreur s’est glissée dans votre texte: Je pense que c’est plutôt « La crise de FOI des consommateurs » et non « La crise de foie des consommateurs ».

Merci.

Puisqu’il est question ici de santé. Il n’a pas été prouvé que de procéder à des saignées successives sur un patient malade ait eu pour effet de guérir les dits corps malades. Ainsi en économie, s’assurer qu’on prenne toutes les dispositions pour ne pas dépenser inutilement est une saine mesure. Lorsque payer le médecin pour prescrire des saignées, continue de coûter et ne guérit pas le malade.

Quand le patient recouvre la santé par une bonne médecine, il devient temps alors de procéder à des coupures (ce que ne savent que rarement faire les états et les gens). Si le patient malade souffrait d’embonpoint et par exemple fumait. Il sera temps alors qu’il coupe dans ses dépenses de cigarettes et adopte une diète plus légère. Ainsi sur le long terme puisque le patient est guéri, mieux vaut dans ce cas qu’il dure plus longtemps. Sur le long terme on produit des économies.

Si grâce à tout cela l’ex-patient est de plus en plus en forme et travail plus longtemps et en santé plus vieux. Considérant et prenant pour acquis que c’est un bon contribuable, il va pendant plus longtemps contribuer à réduire la dette et épargner du déficit public.

Si vous coupez les vivres d’une personne qui n’a pas d’emploi, si vous la mettez à la rue parce qu’elle ne peut plus payer son loyer ou son hypothèque, si vous limitez les accès à la formation professionnelle et si en sus quand la personne tombe malade après tout cela, vous la faites dépérir sur des listes d’attente, vous ne supportez en rien l’économie. Vous ne produisez rien de plus que des illusions de richesse sur fond de réussite sociale. En somme vous vous adonnez à l’art de la magie.

Le choix n’est donc pas entre le keynésianisme, ou l’école autrichienne ou celle de Chicago ou réduire la taille de l’État et imprimer toujours plus de monnaie qu’on ne peut mettre en circulation que contre plus de biens et plus de services. Le choix relève d’abord du bon sens et non pas de la scolastique.

– Nota : Aux dernières nouvelles, les coupures drastiques du gouvernement irlandais continuent de nourrir et d’alimenter le déficit public. Pas difficiles à comprendre : moins de contributeurs, plus de déficits (de 14% d’augmentation du déficit en 2009, on devrait dépasser les 30% en 2011 ; la dette public [pour ne pas parler de la dette extérieure], devrait passer de 64% du PIB en 2010 à presque 100% en 2011).

« Si vous coupez les vivres d’une personne qui n’a pas d’emploi, si vous la mettez à la rue parce qu’elle ne peut plus payer son loyer ou son hypothèque, si vous limitez les accès à la formation professionnelle et si en sus quand la personne tombe malade après tout cela, vous la faites dépérir sur des listes d’attente, vous ne supportez en rien l’économie. »

donc, hors du gouvernement, point de salut?

@ lemoutongris

Merci de me lire et de me citer. Où avez-vous vu une seule fois le mot gouvernment dans mon texte ? Vous confondez peut-être un État passoire avec un État providence. Même un état minuscule peut être très dépensier.

« Où avez-vous vu une seule fois le mot gouvernment dans mon texte »

le sous-entendu est, pour moi, très clair. « couper les vivres » implique que la personne ne reçoit plus d’argent du gouvernement et qu’elle est donc perdue

« Même un état minuscule peut être très dépensier. »

minuscule en superficie ou en % de dépense du PIB? ce bout de phrase me semble contradictoire

– Réponse à monsieur « lemoutongris »,

Il n’est pas dans mes usages monsieur de procéder par sous entendus. En revanche j’ai démontré que les plans d’austérités successifs décrétés par le gouvernement irlandais ne portent en rien les résultats escomptés. Que le gouvernement irlandais a aggravé la situation, qu’il est incapable de faire face à ses obligations ; il existe des données objectives qui le prouvent.

Quant à ma phrase : « “Même un état minuscule peut être très dépensier.” » elle était inutile. Aussi il est inutile de répondre à votre question de par le caractère superflu de cette même phrase. Donc, vous supputez des contradictions là où elles n’existent en tout état pas. Je vous laisse pour se faire tout l’entregent de répondre par vous-même à votre subtile et excellente question pour laquelle je ne suis en rien qualifié pour offrir en quelque forme que ce soit une congruence qui vous satisfasse. Le niveau du PIB d’un État ne saurait constituer un permis pour continuer de s’endetter et dans ce cas la dimension d’un pays ne peut être qu’accessoire.

Mes respects, c’était un plaisir d’échanger avec vous.

@ Serge Drouginsky (| 11):

D’habitude, lorsque l’on est dans le trou, il est fortement suggéré d’arrêter de creuser et de commencer à remplir le trou…

Quelle est votre solution?

@ François 1

Votre question est intéressante et digne du sphinx, le fait que vous la posiez me suggère que vous devez connaître la solution. Faites-nous en profiter !

Autrement, vous pourriez trouver des indices dans les fables de la Fontaine. Je vous suggère notamment : « Le laboureur et ses enfants », c’est une de mes préféréres.

En ce qui concerne le secteur public québécois et le principal régime de retraite des employés de l’État (RREGOP), il est vrai que le gouvernement est endetté mais, contrairement aux cotisations des employés qui sont transférées à la Caisse de dépôt, il a choisi de s’endetter plutôt que de verser annuellement sa part de cotisations depuis 1973. Il s’est donc retrouvé avec une dette importante qu’il tente de capitaliser depuis quelques années dans un fonds distinct qui rencontre les difficultés que nous connaissons…

Bonjour

Les fables de Lafontaine sont toujours d`actualité.

La grenouille qui voulait devenir plus gros que le boeuf (la France)avec la zone Euro.
et le renard (la France) qui voulait le fromage du corbeau (l`Allemagne)qui est tombée dans le panneau: la zone Euro.