Du bon usage des compressions

Il est impératif de rééquilibrer les finances publiques du Québec. Mais il faut se donner du temps pour réfléchir aux manières de mieux gérer l’État et pour les implanter.

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Illustration : Getty Images

Il est impératif de rééquilibrer les finances publiques du Québec. Mais il faut se donner du temps pour réfléchir aux manières de mieux gérer l’État et pour les implanter.

Une bonne façon de saisir le problème des finances publiques du Québec est de considérer le graphique ci-contre. On y observe que, depuis 2006, les dépenses consolidées du gouvernement québécois ont augmenté de 37 %, mais que l’économie, source de ses revenus fiscaux, a progressé de 26 % seulement. D’où des déficits à répétition, un endettement accru et des hausses d’impôt pour compenser l’écart.

Comment donc expliquer que la croissance de l’économie ait été si faible et que les dépenses de l’État s’en soient détachées ?

L’économie a subi deux revers : la récession mondiale et la baisse démographique. La trajectoire de l’économie sur le graphique montre que la récession a freiné sa croissance en 2008 et 2009, et que la reprise a ensuite été décevante, ici comme ailleurs. La baisse démographique, elle, est toute récente. Avec plus de baby-boomers qui partent à la retraite et moins de jeunes qui les remplacent, notre économie avance forcément moins vite. L’effet est visible sur le graphique à partir de 2012.

Pourquoi, de leur côté, les dépenses ont-elles crû plus rapidement que l’économie depuis 2006 ? Ce n’est pas qu’elles se sont accélérées. Au contraire, elles ont progressé à peu près au même rythme de 2006 à 2013 que de 1998 à 2006.

Si elles n’ont pas ralenti en même temps que l’économie, c’est pour deux raisons. Au départ, nos ministres des Finances ont maintenu la croissance des dépenses afin de combattre la récession et de soutenir la reprise économique. D’où l’émergence des déficits en série. C’était la chose intelligente à faire dans les circonstances.

Ensuite, les dépenses en santé ont connu une croissance explosive, qui n’a été freinée que partiellement. De 2006 à 2013, hors de la santé et de l’éducation, les dépenses de programmes ont augmenté de 18 % seulement. C’est beaucoup moins que la hausse cumulative de 26 % du PIB. Pendant ce temps, en santé, elles grimpaient de 40 %. D’un secteur à l’autre, la croissance des dépenses a été extrêmement inégale.

Que faire maintenant ? Même si la reprise économique finit par arriver à maturité, la baisse démographique va se poursuivre. À moins d’un miracle, le taux de croissance de notre économie (inflation comprise) oscillera entre 3 % et 3,5 % par année dans l’avenir, plutôt qu’entre 4 % et 4,5 % comme dans les belles années de 1998 à 2006. Dans ce contexte, si nous voulons que le poids de la dette et de l’impôt diminue plutôt que de continuer à croître, il est impératif d’infléchir la trajectoire des dépenses gouvernementales et de rééquilibrer le budget.

Mais à quel rythme devrions-nous comprimer les dépenses ? On peut comprendre que le gouvernement soit pressé d’agir, afin d’en finir au plus tôt avec les mauvaises nouvelles. La tentation politique est grande de procéder à des compressions de plusieurs milliards à court terme.

Mais cela nous ferait courir plusieurs risques. Le risque de tout rater politiquement, à cause de la vive résistance des secteurs qui ont déjà subi de fortes restrictions dans les années récentes. Le risque d’une nouvelle récession, si on retire des milliards de dollars de l’économie tout d’un coup. Le risque d’un chaos administratif, si on multiplie les changements à toute vitesse. Et le risque de manquer de temps pour repenser et transformer l’organisation de notre système de santé.

Quelque chose me dit que la patience et la persévérance auraient bien meilleur goût que la précipitation.

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Problèmes à l’horizon : les dépenses du gouvernement ont crû de 37 % depuis 2006, alors que l’économie n’a progressé que de 26 %. (Les dépenses du gouvernement excluent les charges d’intérêt sur la dette.)

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« Combien pauvres sont ceux qui n’ont point de patience » — William Shakespeare (Othello)

Être patient ne signifie nullement attentiste, immobiliste, apathique, mou ou incompétent. Hors c’est ce que nous faisons. Et nous attendons. Quand le Québec sera mourant, il faudra encore être patient avant de recevoir l’extrême onction.

Plus pragmatiquement, vous relevez, je vous cite : « Au départ, nos ministres des Finances ont maintenu la croissance des dépenses afin de combattre la récession et de soutenir la reprise économique ». La question ici serait précisément de savoir si cette croissance des dépenses publiques à vraiment été efficace pour combattre cette récession et…. À part la démographie (qui actuellement est évidemment responsable de tous nos maux…), pourquoi cette reprise économique tant attendue ne s’est toujours pas vraiment produite ?

Ici, nous parlons du Québec, mais pas seulement du Québec. Pratiquement, un peu partout la reprise n’est pas au rendez-vous ! Elle se fait attendre patiemment….

Ainsi, continua-t-on de dépenser sur les bases d’une sorte de promesse, celle suivant laquelle il y a aura bien des lendemains meilleurs. À toutes fins pratiques, ce que l’homme de la rue (que je suis) remarque : c’est qu’on permît surtout à plusieurs privilégiés publics et privés ou les habitués, de maintenir leur pourvoir d’achat, voire de le consolider, lorsque d’autres étaient sur le bas-côté de la route à regarder la caravane passer. Faute justement de subsides en suffisance pour la suivre.

Comment peut-on faire une reprise en laissant en arrière une armée de laissés pour compte ?

Maintenant que la caravane est passée, il faudrait certes continuer à dépenser… mais pas trop… En somme, l’effet recherché, c’est une sorte de sevrage de celles et ceux qui sont accoutumés à émarger… Pas vraiment ça, la reprise quoi !

La question pourrait-être de savoir justement, si la récession en économie n’est pas une bonne chose en soi. Elle force les gens à se serrer les coudes, à être plus solidaires pour faire face à l’adversité, elle permet de brasser les cartes, puis de procéder à une nouvelle distribution. Elle incite les États à constituer des réserves et des provisions quand la situation économique va bien.

Puis, cela permet à d’autres de montrer ce qu’ils savent faire, puis en toute fin d’apporter sur le marché des solutions nouvelles qui assureront une reprise vigoureuse et durable de l’ensemble des activités humaines.

Être patient précisément, c’est accepter le caractère inéluctable de ce genre de redéploiement.

« Problèmes à l’horizon : les dépenses du gouvernement ont crû de 37 % depuis 2006, alors que l’économie n’a progressé que de 26 %. (Les dépenses du gouvernement excluent les charges d’intérêt sur la dette.) »

Pas vraiment besoin d’en dire plus n’est-ce pas?

Et en plus on est en droit de se demander quelle part de la croissance économique est due à cette insoutenable croissance de l’état. De tout évidence l’économie privée, notre seule planche de salut, est sérieusement en panne!

Ajouter à cela la tout aussi insoutenable croissance de l’endettement des ménages ça donne une idée du pétrin dans lequel on se trouve.

Pas étonnant que le gouvernement semble sur le bord de la panique. Peut-être que vous devriez paniquer un peu vous aussi!