Du calme avec l’inflation

Personne n’aime voir les prix à la consommation grimper plus vite que son salaire. Pas de panique : l’approche prudente de la Banque du Canada part du principe qu’il serait inutile et dangereux de relever les taux d’intérêt trop vite.

Photo : Daphné Caron

La plupart des gens détestent l’inflation. Personne n’aime voir les prix à la consommation grimper plus vite que son salaire. Jusqu’au début de la pandémie en mars 2020, il n’y avait guère lieu de s’en inquiéter. De 2001 à 2019, les prix à la consommation au Canada ont en effet augmenté en moyenne de 1,8 % par année, alors que les salaires ont connu une croissance annuelle moyenne de 2,6 %.

La stabilité du taux d’inflation autour de 2 % par année est l’objectif poursuivi par la Banque du Canada depuis 25 ans, en vertu d’une entente avec le gouvernement fédéral qui l’engage à maintenir l’inflation à l’intérieur d’une marge de 1 % à 3 %.

La Banque agit comme un servomécanisme. Si l’inflation menace de dépasser 3 % de façon persistante, elle procède à un relèvement des taux d’intérêt qui calme nos ardeurs de dépense. Et l’inflation ralentit. Si, à l’inverse, l’inflation est inférieure à 1 %, la Banque abaisse les taux d’intérêt (pourvu qu’ils ne soient pas déjà au plancher zéro !) afin d’encourager la dépense. Et l’inflation remonte alors à la cible de 2 %.

Ce servomécanisme est toutefois un gros char d’assaut. Car si l’inflation est jugée menaçante et que la Banque du Canada pousse fort sur les taux d’intérêt, la chute des dépenses de consommation qui s’ensuit peut affaiblir l’économie au point de la plonger en récession. C’est à manipuler avec prudence.

Le graphique ci-contre montre que l’inflation au Canada a été contenue à l’intérieur desdites bornes de 1 % à 3 % jusqu’au début de 2020, mais que la pandémie a détraqué le servomécanisme. Les prix à la consommation se sont effondrés parce que les consommateurs ont réduit radicalement leurs dépenses, volontairement ou en raison du confinement. L’inflation est demeurée au-dessous de 1 % pendant le reste de l’année 2020.

Mais alors, deux phénomènes se sont produits. Premièrement, simplement en recouvrant en 2021 le terrain perdu en 2020, les prix à la consommation se sont soudain trouvés à augmenter beaucoup plus vite sur une base annuelle. Par exemple, si le prix d’un bien qui s’établissait à 100 dollars en 2019 est tombé à 98 dollars en 2020, puis est remonté à 104 dollars en 2021, cela veut dire que le taux d’inflation lié à ce bien a été de -2 % en 2020 et de +6 % en 2021. Mais sur les deux ans, le passage du prix de 100 à 104 dollars donne un taux d’inflation moyen… de 2 % par année. Pas de quoi paniquer.

Deuxièmement, bon nombre d’industries ont considérablement ralenti leur production pendant la pandémie, notamment celles du bois d’œuvre, de l’essence, des mines et métaux, des microprocesseurs et des conteneurs d’expédition. La vitesse à laquelle elles ont pu retrouver leur rythme normal d’activité en 2021 n’a pu suivre la reprise des dépenses de consommation, qui se déroule à un train d’enfer. Les pénuries qui en ont découlé ont fait exploser les prix dans ces industries.

La remontée du taux d’inflation à 4 % en 2021 est la conséquence de ces deux phénomènes. Ils sont en principe de nature temporaire, comme on le voit d’ailleurs pour le bois d’œuvre. Leur effet sur l’inflation devrait s’estomper lorsque l’économie aura repris son cours normal. On a déjà vu une telle flambée passagère, notamment pendant la guerre de Corée en 1951. Cette opinion est défendue par les deux banques centrales d’Amérique du Nord — la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada — depuis le début de l’année. 

À leur avis, si le taux d’inflation doit redescendre de lui-même vers 2 %, comme elles s’y attendent, il est inutile et dangereux de sortir le char d’assaut du garage et d’attaquer l’inflation immédiatement en relevant les taux d’intérêt. Le risque de freiner la reprise ou même de causer une nouvelle récession serait alors majeur.

Dans le camp adverse, de nombreux opérateurs financiers craignent que l’inflation plus élevée ne devienne permanente. Cette hypothèse est probablement exagérée, mais il ne faut pas la négliger entièrement. L’histoire enseigne que la vigilance reste de mise. On a vu des perturbations inflationnistes de nature temporaire, comme l’explosion du prix mondial du pétrole dans les années 1970, se propager dans l’économie, déclencher un jeu de saute-mouton de tous les prix et salaires, et transformer une inflation temporaire en inflation permanente difficile à déraciner ensuite.

Pas de signe d’emballement pour l’instant, mais la Banque du Canada dit se tenir prête à intervenir de façon plus musclée si la situation se dégrade pour de vrai. Dans le contexte, sa prudence attentive est plus sage que ne le serait une précipitation irréfléchie.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

La poussée inflationniste actuelle, est probablement due à un ensemble de facteurs. Pour plusieurs économistes, l’augmentation des dépenses publiques est un facteur qui pousse le prix des biens et les services vers le haut. Cette augmentation des prix a un impact notoire sur les dispositifs fiscaux. De telle sorte que les recettes fiscales doivent impérativement augmenter.

En ce sens, le type de politique initié par le PLC pour compenser les travailleurs en période de pandémie induisait-il un retour aux poussées inflationnistes. Il est dommage qu’on n’en ait pas bien informé la population. Des aides mieux ciblées et pour tous auraient probablement eu un effet plus apaisant.

Selon plusieurs analystes, il semble assez probable que les déboursés nécessaires pour se procurer plusieurs produits et services aient au cours des prochains mois tendance à se stabiliser. C’est d’ailleurs la thèse exposée par monsieur Fortin. Cependant, certains produits énergétiques tels que l’essence et le gaz naturel notamment sont à surveiller. Compte-tenu de nos dépendances, nous savons que les énergies entrent dans l’équation de l’inflation puisque ces coûts additionnels affectent pratiquement l’ensemble des produits et services que nous consommons.

Ainsi une augmentation trop rapide ou trop brutale des taux d’intérêts n’a pas pour le moment réellement sa raison d’être puisque cela pourrait avoir un effet inverse à l’effet escompté (juguler l’inflation), ce qui ici consiste à réduire la consommation, ce qui consiste pour les entreprises à corriger cette baisse des ventes par un accroissement supérieur des marges bénéficiaires.

Reste que pour bon nombre de ménages qui n’ont pas les moyens de faire croitre leur revenu en proportion et à la même vitesse que l’inflation, que pour ceux-ci le mal est fait, que cela entraine immanquablement une augmentation de la pauvreté, ce qui veut dire plus d’évictions pour loyers impayés, plus d’itinérants, une pression toujours croissante sur les banques alimentaires et autres services connexes (restauration notamment) qui doivent pour assurer les services réduire les rations.

Répondre

J’ai hâte de voir si je vis assez vieux comment l’inflation se comportera dans le cadre d’une économie soutenable qui recyclerait en boucle toutes les ressources qui s’y prêtent physiquement quitte à n’autoriser l’usage que de celles qui le peuvent. Nous n’aurons pas le choix de changer de paradigme économique, culturel, social et politique si nous voulons vraiment que la société globale prenne un nouvel « essor » sur une trajectoire propre à sauver la planète des conséquences appréhendées des bouleversements climatiques qui se font déjà sentir dans notre portefeuille.

Répondre

Il faudrait d’abord que nos politiciens communiquent la vérité que des impôts additionnels seront requis pour financer tous ses nouveaux projets devant mener vers un « Canada meilleur », et que ce ne sont pas seulement les super-riches et les banques qui vont payer.

Et M. Fortin, on se souvient encore de votre commentaire à l’effet que le temps était propice à l’endettement, les taux d’intérêt étant si bas.

Jean-Marie Brideau
Moncton NB

Répondre