EDC: le couteau suisse des exportateurs canadiens

Pour Benoît Daignault, ce qui compte ce n’est pas le «Made in Canada», mais le «Made by Canada», les biens produits à travers le monde par les sociétés canadiennes. 

Benoît Daignault, le président et chef de la direction d’Exportation et développement Canada (EDC), ne veut pas seulement appuyer les exportateurs canadiens, il veut même «créer du commerce international».

Créer du commerce international ? J’avoue que j’ai sourcillé quand il me racontait dans le lobby d’un grand hôtel montréalais tout ce que la société de la Couronne faisait pour accroître le nombre d’entreprises canadiennes présentes à l’international. Il existe au monde des dizaines d’agences gouvernementales de crédit à l’exportation, mais peu seraient aussi bien outillées et aussi audacieuses que EDC.

Benoît Daignault me disait donc que EDC prenait même des participations ou accordait des prêts à des sociétés étrangères susceptibles d’acheter des biens d’entreprises canadiennes. Elle a investi ou prêté pour 12 milliards de dollars à quelque 300 entreprises étrangères depuis une dizaine d’années.

Ces entreprises doivent évidemment être rentables et concurrentielles, mais elles doivent aussi s’engager à se trouver des partenaires canadiens. Chaque dollar prêté ou investi ainsi se traduirait par un achat supplémentaire au Canada de 1,56 dollar sur cinq ans. Le gouvernement canadien créé lui-même une partie de la demande pour nos exportations et cela se serait traduit, si je compte bien, par des retombées de presque 19 milliards de dollars.

EDC a par exemple participé l’an dernier à l’implantation de l’un des plus grands complexes pétrochimiques au monde, en Arabie Saoudite, un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars et à un projet de mine de cuivre au Chili sur lequel est impliqué SNC-Lavalin. La participation d’EDC peut aussi prendre la forme d’un soutien à l’investissement direct à l’étranger pour une société comme Bombardier Transport.

En quoi l’investissement à l’étranger aide le Canada puisque des emplois seront ainsi créés à l’extérieur du pays? «Parce qu’on maintient ainsi des emplois stratégiques au Canada et qu’on s’assure d’un accès à des marchés importants pour nous», me répond Benoît Daignault, un financier de carrière à l’emploi de EDC depuis dix ans. Pour lui, ce qui compte ce n’est pas le «Made in Canada», mais le «Made by Canada», les biens produits à travers le monde par les sociétés canadiennes. En 2007-2008, me dit-il, les ventes des filiales canadiennes à l’étranger étaient plus importantes que les ventes en provenance du Canada.

EDC a plus de 7000 clients, dont 2 500 au Québec, une proportion plus grande que le poids du Québec dans l’économie canadienne et le volume d’affaires soutenu au Québec atteint 27 milliards de dollars. Même si les gros projets à l’étranger captent l’imagination et peuvent soulever des questions, 80 % des clients de EDC sont des PME pour qui elle offrira, par exemple, une assurance-crédit pour que l’entreprise soit payée même si un client mexicain ou péruvien n’était pas en mesure de le faire. Elle offre même une assurance contre le risque politique.

Au Canada, 4 % des entreprises exportent. C’est proportionnellement beaucoup plus qu’aux États-Unis où seulement 1% des sociétés vendent à l’étranger, parce que le marché américain est amplement suffisant pour assurer la croissance de l’immense majorité des entreprises. Mais en Allemagne, fait remarquer Benoît Daignault, 9 % des sociétés exportent. «Il faut aider nos exportateurs à exporter davantage et aider les autres à viser les marchés étrangers», dit-il.

Pour identifier ces futurs exportateurs, EDC a 17 bureaux au Canada, dont des antennes au centre de Montréal, dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Drummondville et à Québec. «Nous disposons aussi de 16 bureaux à l’étranger. Nous offrons notre aide aux entreprises de ces pays pour qu’elles intègrent des compagnies canadiennes dans leur chaîne d’approvisionnement», dit-il. C’est ça «créer du commerce international».