Élaine Zakaïb à la rescousse de Jacob

Non seulement Joey Basmaji a réussi à sauver in extremis l’entreprise et à en garder la propriété, mais il a débauché une ancienne ministre pour relancer la marque.

Photo: Moe Doiron/The Globe and Mail
Photo: Moe Doiron/The Globe and Mail

Blogue EconomieLa député péquiste de Richelieu et ancienne ministre Élaine Zakaïb quitte son siège de député pour relancer le détaillant de vêtements Jacob. Elle y occupera le poste de vice-présidente stratégie et finances et chef de la restructuration.

On annonce la mort du détaillant depuis plus de quatre ans. En 2010, une première restructuration avait conduit à la fermeture de 50 magasins. En mai dernier, l’entreprise annonçait qu’elle fermait définitivement ses portes et laisserait ses 90 magasins ouverts, le temps de liquider les inventaires.

Marie-Eve Fournier nous apprenait à la fin août que des dizaines de magasins avaient fermé et qu’il n’en resterait aujourd’hui que 40 encore ouverts – 24 au Québec et 16 en Ontario. On apprenait aussi que le syndic de faillite avait mis la chaîne en vente à la fin du mois d’août pour rembourser ses créanciers.

La surprise est donc totale : non seulement Joey Basmaji, le président fondateur, a réussi à sauver in extremis l’entreprise et à en garder la propriété, mais il a débauché une ancienne ministre pour relancer la marque.

Élaine Zakaïb connaît Joey Basmaji depuis plusieurs années. Les deux sont originaires de Sorel, et Élaine Zakaïb a été avocate chez Jacob en 1987-1988. Lors de l’annonce de la faillite de Jacob, en mai dernier, elle avait fait part de sa déception en disant que son ancien patron avait été « victime d’une lutte inégale avec les mégachaînes étrangères qui offrent à meilleur coût des produits de qualité inférieure. »

Aujourd’hui, elle affirme qu’elle ne pouvait pas accepter la possibilité que Jacob s’éteigne sans qu’elle fasse « tout ce qui est possible pour relancer ce fleuron de l’économie québécoise ».

Elle dit vouloir relancer les boutiques Jacob en misant sur des vêtements « de confection, de conception, de design et de fabrication québécoise », un plan qui devrait permettre selon elle de maintenir des centaines d’emplois et d’en créer des dizaines d’autres.

Le défi reste gigantesque, et ce, pour plusieurs raisons.

L’entreprise doit d’abord se financer. Incapable de se trouver une banque pour lui prêter de l’argent, elle a obtenu d’un investisseur un prêt de huit millions de dollars à 15 % d’intérêt. Il doit être remboursé et l’entreprise recapitalisée.

La concurrence de ces « mégachaînes étrangères, qui offrent à meilleur coût des produits de qualité inférieure », existe encore et la bataille sera tout aussi dure. On devine que l’entreprise a gardé ses meilleurs magasins, mais le volume réduit des marchandises vendues signifie aussi des coûts d’achat à l’unité plus élevé.

Les propriétaires d’espaces commerciaux ont aussi tendance à privilégier les plus grands groupes, susceptibles de leur louer plusieurs emplacements et d’amener beaucoup de consommateurs dans leurs galeries marchandes. Jacob, formule diète, est a priori un client moins intéressant, d’autant que les locateurs d’espaces commerciaux ont déjà subi les contrecoups financiers de ses deux restructurations.

Par contre, je ne me formaliserai pas du fait qu’Élaine Zakaïb n’est pas une experte de la mode ou du commerce au détail. Sa formation d’avocate et son expérience en financement d’entreprise pendant une vingtaine d’années au Fonds de solidarité la préparent bien à ce type de mandat. Du reste, l’un des détaillants les plus performants du Québec, le groupe Dynamite, est dirigée par Anna Martini, une comptable de profession.

Élaine Zakaïb est une femme énergétique et déterminée. Elle aura besoin de toute sa fougue et de toutes ses connaissances pour remporter son pari.

Vu sous cet angle, je ne suis pas sûr que le Parti québécois était une si mauvaise affaire.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

3 commentaires
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Souhaitons la meilleure des chances à madame Zakaïb qui était une des ministres que j’appréciais le plus dans le gouvernement précédent. Quoiqu’il en soit, je trouve néanmoins « énervant » le départ de ces députés qui quittent l’Assemblée nationale en début de mandat — je pense aussi à Christian Dubé notamment — qui abandonnent le bateau pour relever de nouveaux défis, lesquels à toutes fins pratiques, se trouvent inconfortables lorsqu’ils sont confinés à un rôle secondaire comme députés.

En plus de lâcher leurs électeurs, des femmes et des hommes qui leur ont donné leur confiance, c’est sans compter avec le fait qu’une élection a un coût quand la logistique d’une élection partielle est d’autant plus coûteuse. En un temps où on demande à toutes les institutions de la province de faire des économies, je m’interroge à savoir si cela est réellement éthique que d’agir ainsi comme cela.

On devrait, je pense, en plus d’élire des députés, élire des suppléants qui prendraient automatiquement la place des démissionnaires.

Pour ce qui est de « Jacob », je ne doute pas de l’entregent de madame Zakaïb pour soutenir le redémarrage de cette entreprise. Si ce n’est que le secteur du vêtement est un secteur particulièrement aride, lorsque d’une manière générale c’est toute la distribution qui actuellement souffre.

D’abord parce que le marché canadien est limité, ensuite parce que la vente en ligne continue de gruger des parts de marché. Le facteur prix de toutes choses étant déterminant dans le choix. Quoiqu’il en soit, on constate que même les marchands en ligne ont besoin de « show-rooms » pour satisfaire au besoin tactile, celui de toucher ou encore d’essayer, ce qui est particulièrement vrai pour tout ce qui a trait au vêtement et à la parure.

Ainsi, les compagnies qui œuvrent dans la mode ont-elles la possibilité de dénicher une clientèle nouvelle partout au Canada et ailleurs peut-être, ces client(e)s qui aiment voir, essayer pour pouvoir acheter par la suite virtuellement. Il y a tout un travail conceptuel à réaliser dans ce domaine là !

Dans ce cas, c’est aussi la synergie et le contrat avec les détaillants, tout comme le personnel assigné aux ventes qui doivent profiter des retombées sur les achats en ligne. Ce sont éventuellement ce type de détails qui feront la différence entre ce qui sera le retour au succès de Jacob ou le dernier avatar qui conduira cette enseigne à sa propre disparition.

Sur ce point entre autre, tout comme la négociation avec les fournisseurs, il est possible de tabler que toute l’expérience juridique de madame Zakaïb sera susceptible d’établir une vraie différence.

Combien de beaux $$$ déjà pour son élection partielle?

six (6) mois seulement après les élections générales…

MINABLE!!!

La faillite de Jacob ne me surprends pas.

Citation: »Elle dit vouloir relancer les boutiques Jacob en misant sur des vêtements « de confection, de conception, de design et de fabrication québécoise ». »

Et ou est la satisfaction du clinet dans tout ca ? Ou est l’analyse des gouts de la clientele ciblée ? J’ai visité un Jacob cette été a Dix30 et les vêtements ne sont pas de bonne qualité. Même avec les aubaines de liquidation, je suis ressortie les mains vides, surtout avec un magasin Tristan juste en face. Ce que tous ces cadres ne comprennent pas c’est que les clients qui visent le haut de gamme sont prêts à débourser plus pour de la vraie qualité. Ceux qui veulent les vêtemnts à la mode et pas chers vont chez les H&M et Forever21. Il y a de moins en moins de place pour du middle range comme Jacob, Sears, et cie. Jacob n’était pas a l’écoute des tendances et c’est le temps de disparaitre.