Emploi au Québec : changement de génération !

L’heure de la retraite a sonné pour de nombreux baby-boomers. Avec leur départ, 30 % des emplois au Québec seront vacants à un moment ou à un autre d’ici 2030. Une excellente nouvelle pour la génération Y !

Illustration : Luc Melanson

L’ année 2012 aura marqué le début de la fin pour la génération du baby-boom — la fin du boulot, s’entend. Cette année-là, les plus âgés des 2,4 millions de Québécois nés entre 1946 et 1966 ont officiellement atteint l’âge de la retraite. Fini le 9 à 5, bonjour les hivers en Floride et les étés au chalet. En 2030, la boucle sera bouclée : les cadets du boom seront à la retraite.

Une excellente nouvelle pour la génération Y — c’est-à-dire le 1,5 million de Québécois qui ont aujourd’hui entre 15 et 29 ans —, mais aussi pour ceux qui la suivent. Car la retraite progressive de 30 % de la population signifie beaucoup d’emplois disponibles. Rien que d’ici 2016, il faudra pourvoir 700 000 postes, dont les trois quarts pour remplacer des retraités. Emploi-Québec prévoit une baisse du taux de chômage : actuellement à 7 %, il passera à 6,1 % en 2016, puis à 5,3 % en 2021. Ce sera le taux de chômage le plus bas depuis 1967, et il s’approchera de ce que les économistes appellent le « taux de chômage de plein emploi ».

Selon les démographes nord-américains — dont le Canadien David Foot, auteur du livre de prévisions Entre le boom et l’écho (Boréal, 1999) —, la mainmise de la génération du baby-boom sur le marché de l’emploi avait signifié des taux de chômage presque deux fois plus élevés pour les jeunes.

D’après les prévisions d’Emploi-Québec, plus de la moitié des 2,4 millions de postes à pourvoir d’ici 2030 seront occupés par des jeunes actuellement sur les bancs d’école. « Les baby-boomers sont tellement nombreux au Québec que même si certains continuent de travailler après l’âge de la retraite, ça ne changera rien. Il y aura plein de débouchés pour les jeunes », dit Louis-Philippe Tessier-Parent, économiste à Emploi-Québec.

La demande sera forte dans tous les domaines, même le secteur manufacturier, pourtant en légère décroissance au Québec. Elle le sera particulièrement en santé et en éducation, surtout pour le personnel infirmier et les éducateurs en centre de la petite enfance (CPE). C’est par milliers qu’il faudra remplacer les comptables, notaires, avocats, informaticiens, ingénieurs, alouette ! Même les jeunes décrocheurs en arracheront moins. « Le commerce de détail va générer beaucoup d’emplois », dit Louis-Philippe Tessier-Parent.

Parmi les autres « gagnants » de la retraite des baby-boomers : les immigrants qualifiés, qui occuperont 16 % des 700 000 postes à pourvoir d’ici 2016, selon Emploi-Québec. Déjà, banques et hôpitaux se disputent les nouveaux arrivants. Dans les cégeps, ces derniers s’inscrivent par milliers dans les formations professionnelles. « En particulier dans les programmes de soins infirmiers », constate Jean Beauchesne, président de la Fédération des cégeps du Québec.

Autres gagnants : les baby-boomers eux-mêmes, qui profiteront des besoins créés par le départ de leurs collègues… ou le leur ! Ceux qui resteront sur le marché de l’emploi jouiront de meilleures conditions et de meilleurs horaires, d’autres travailleront comme « consultants ». Déjà, 111 000 Québécois travaillent après l’âge de la retraite, soit 9,1 % des 65 ans et plus. C’est trois fois plus qu’en 2000 ! « Le taux d’activité des 65 ans et plus n’a jamais été si haut et il progresse à vitesse grand V », dit Louis-Philippe Tessier-Parent.

Les prévisions détaillées d’Emploi-Québec, qui examine par le menu le marché de l’emploi jusqu’en 2021, n’annoncent aucune pénurie de main-d’œuvre. Les jeunes, les immigrants qualifiés et les travailleurs âgés qui restent actifs suffiront à pourvoir les postes disponibles, du moins jusqu’en 2021.

« Le problème ne sera pas la quantité de travailleurs, mais la qualité de la main-d’œuvre », affirme Pauline Brassard, présidente de PB Conseils en ressources humaines et auteure du livre La planification de la main-d’œuvre : première étape du plan de relève (Septembre éditeur, 2007). « Il est toujours difficile de remplacer un travailleur expérimenté par un jeune sans expérience. »

Illustration : Luc Melanson
Illustration : Luc Melanson

L’évidence saute aux yeux de certains employeurs, notamment les institutions financières. Déjà, la Banque Laurentienne prévoit des difficultés à pourvoir certains postes, selon Mathieu Jeanneau, vice-président adjoint à l’acquisition et au développement du capital humain. Car pour devenir analyste du secteur immobilier ou directeur de comptes, par exemple, il faut jusqu’à deux années de formation à l’interne.

En 2011, la Banque Laurentienne a ouvert au métro Berri-UQAM un kiosque qu’elle a baptisé « la Station Carrière », dans le but d’attirer des étudiants universitaires pour leur parler de l’intérêt d’une carrière dans le secteur bancaire. « Il nous faut des candidats ayant du potentiel pour devenir directeurs de comptes et analystes en gestion de risques, des gens qui ont envie de progresser », dit Mathieu Jeanneau.

Un sondage auprès de 940 petites et moyennes entreprises montre toutefois que très peu réfléchissent à la question de la pénurie de travailleurs compétents. « Le manque de personnel qualifié va avoir un effet sur la marge bénéficiaire des entreprises qui succombent à la pensée magique en s’imaginant que ça va se régler tout seul, comme avant », dit Pauline Brassard, qui observe le monde des ressources humaines depuis 15 ans.

Selon elle, les employeurs devraient commencer par dessiner le portrait de leur main-d’œuvre. « Combien d’employés veulent prendre leur retraite ? Et pourquoi ? Au lieu de seulement réagir, les employeurs doivent agir pour maintenir en poste les travailleurs plus âgés et recruter la relève. »

Un des précurseurs en matière de planification des besoins est la Ville de Gatineau. Le polaroïd qu’elle a pris en 2008 a révélé quelques mauvaises surprises. Non seulement le tiers des 3 600 fonctionnaires étaient âgés de plus de 50 ans, mais la Ville allait bientôt manquer d’évaluateurs agréés — sans lesquels une municipalité ne peut taxer ses contribuables ! Et la raison était simple : la formation des évaluateurs se faisait uniquement à Montréal et à Québec. « Quand les jeunes quittaient l’Outaouais pour obtenir leur agrément, ils ne revenaient pas », dit Isabelle Chabot, chef de section au Service des ressources humaines.

La Ville de Gatineau a trouvé une solution inusitée. En collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais, elle a créé un programme de certificat en gestion et évaluation immobilières. La Ville a aussi élaboré des programmes de formation à l’interne et modifié ses méthodes d’embauche, notamment en recourant à un logiciel de recrutement en ligne. « Et nous avons réussi à atteindre nos cibles d’embauche », dit Isabelle Chabot.

Paradoxalement, un marché de l’emploi aussi dynamique cache un piège pour les jeunes : la tentation de quitter les études pour profiter des occasions. Voilà le défi propre à la jeune génération : celui de l’expérience et de la formation.

Pour remplacer les vétérans du baby-boom, dont certains ont accumulé plus de 40 ans d’expérience, les nouveaux travailleurs devront acquérir une expérience valable beaucoup plus vite que leurs aînés et étudier davantage. Ceux qui ne suivent pas le rythme verront leur carrière plafonner très vite.

« Ni les employeurs ni les jeunes ne semblent comprendre l’enjeu de formation derrière celui du départ massif de la génération du baby-boom, dit Françoise Bertrand, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec. On a besoin de gens très formés, et vite. »

Les cégeps sont conscients du problème. « Même si les employeurs cherchent désespérément les jeunes diplômés en techniques, nous n’en formons que 15 000 par an, ce qui est insuffisant », dit Jean Beauchesne, président de la Fédération des cégeps du Québec.

Les secteurs présentant les meilleures possibilités d’embauche — denturologie, technique en informatique, géomatique, bureautique, technologie minérale, inspection des aliments, par exemple — ne sont pas les plus populaires. La demande des employeurs dépasse le nombre de candidats en technique de génie mécanique, technique de génie civil et technologie de l’architecture. « En technique de santé animale ou en technologie de radio-oncologie, les diplômés décrochent un emploi dès qu’ils sortent de l’école », dit Jean Beauchesne.

Le défi de former la relève touche spécialement le domaine de la santé. Rien que d’ici 2016, Emploi-Québec estime qu’il faudra y créer 33 800 nouveaux emplois, en plus des dizaines de milliers de départs à la retraite qu’il faudra remplacer.

Les besoins en soins infirmiers sont particulièrement criants. Or, les défis ont changé. « Les tâches des infirmières sont autrement plus complexes que celles pour lesquelles on les formait jadis, en raison notamment du vieillissement de la population », dit Charlène Joyal, 30 ans, infirmière clinicienne et présidente du comité jeunesse de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

L’OIIQ encourage désormais ses membres à obtenir un bac au lieu d’une technique. Charlène Joyal travaille aussi à convaincre les infirmières plus âgées de participer à la formation de leur relève.

« Aujourd’hui, les infirmières travaillent au sein d’équipes multidisciplinaires pour des patients qui cumulent plusieurs problèmes de santé et maladies chroniques. Ça exige plus de formation et beaucoup plus de jugement qu’auparavant », dit Charlène Joyal, elle-même fille d’infirmière. « Dire que ma mère avait le temps de tricoter pendant le quart de soir ! »

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167 EMPLOIS D’AVENIR

Voici la liste des emplois dont les perspectives d’ici 2016 sont les plus favorables, selon Emploi-Québec. Celles-ci sont établies en tenant compte de la main-d’œuvre et du taux de chômage pour chaque catégorie. En gras, 24 nouveaux métiers qui se sont ajoutés à la liste depuis l’an dernier.

➤ Acheteurs des commerces de gros et de détail

➤ Adjoints de direction

➤ Administrateurs — enseignement postsecondaire et formation professionnelle

➤ Agents aux achats

Agents d’administration

➤ Agents de développement économique, recherchistes et experts-conseils en marketing

➤ Agents de gestion immobilière

➤ Agents de prêts

➤ Agents de programmes, recherchistes et experts-conseils en politiques de la santé

➤ Agents de programmes, recherchistes et experts-conseils en politiques de l’enseignement

➤ Agents de programmes, recherchistes et experts-conseils en sciences naturelles et appliquées

➤ Agents de services correctionnels

➤ Agents de soutien aux utilisateurs

➤ Agents en valeurs, agents en placements et négociateurs en valeurs

➤ Agents et courtiers d’assurances

➤ Agents et vendeurs en immobilier

➤ Aides familiaux, aides de maintien à domicile et personnel assimilé

➤ Aides-infirmiers, aides-soignants et préposés aux bénéficiaires

➤ Ambulanciers et autre personnel paramédical

➤ Analystes de bases de données et administrateurs de données

➤ Analystes et consultants en informatique

➤ Analystes financiers et analystes en placements

➤ Architectes

➤ Archivistes

➤ Arpenteurs-géomètres

➤ Assureurs

➤ Audiologistes et orthophonistes

➤ Autre personnel de soutien des services de santé

➤ Autres agents financiers

➤ Autres professionnels en diagnostic et en traitement de la santé

➤ Autres technologues et techniciens des sciences de la santé (sauf soins dentaires)

➤ Avocats (partout au Canada) et notaires (au Québec)

➤ Bibliothécaires

➤ Biologistes et autres scientifiques

➤ Bouchers, coupeurs de viande et poissonniers — commerce de gros et de détail

➤ Caissiers

➤ Chefs de train et serre-freins

➤ Chiropraticiens

➤ Commis à la comptabilité et personnel assimilé

➤ Commis à la paye

Commis d’épicerie et autres garnisseurs de rayons — commerce de détail

➤ Concepteurs et développeurs Web

➤ Constructeurs et rénovateurs en construction domiciliaire

➤ Contremaîtres des machinistes et du personnel assimilé

➤ Dentistes

➤ Denturologistes

➤ Designers industriels

➤ Diététistes et nutritionnistes

➤ Directeurs — commerce de détail

➤ Directeurs d’autres services aux entreprises

➤ Directeurs d’école et administrateurs de programmes d’enseignement aux niveaux primaire et secondaire

➤ Directeurs de banque, du crédit et d’autres services de placements

➤ Directeurs de funérailles et embaumeurs

➤ Directeurs de la construction

➤ Directeurs de la production primaire (sauf agriculture)

Directeurs de la restauration et des services alimentaires

Directeurs de la transmission des télécommunications

➤ Directeurs de services d’architecture et de sciences

➤ Directeurs des achats

➤ Directeurs des assurances, de l’immobilier et du courtage financier

➤ Directeurs des ressources humaines

➤ Directeurs des services de génie

➤ Directeurs des services sociaux, communautaires et correctionnels

➤ Directeurs des soins de santé

➤ Directeurs des ventes, du marketing et de la publicité

➤ Directeurs financiers

➤ Éducateurs spécialisés

➤ Éducateurs et aides-éducateurs de la petite enfance

➤ Enseignants au niveau collégial et autres instructeurs de programmes de perfectionnement

➤ Enseignants au niveau secondaire

➤ Enseignants aux niveaux primaire et préscolaire

➤ Entrepreneurs et contremaîtres en mécanique

➤ Ergothérapeutes

➤ Estimateurs en construction

➤ Estimateurs et évaluateurs

➤ Évaluateurs de logiciels et de systèmes informatiques

➤ Experts en sinistres et rédacteurs sinistres

➤ Exploitants agricoles et gestionnaires d’exploitations agricoles

Fumigateurs et préposés au contrôle de la vermine

➤ Géologues, géochimistes et géophysiciens

➤ Gestionnaires de systèmes informatiques

Grutiers

➤ Hygiénistes et thérapeutes dentaires

➤ Infirmiers autorisés

➤ Infirmiers auxiliaires

➤ Infirmiers en chef et superviseurs

➤ Ingénieurs chimistes

➤ Ingénieurs civils

➤ Ingénieurs informaticiens (sauf ingénieurs en logiciel)

➤ Ingénieurs mécaniciens

➤ Ingénieurs miniers

➤ Ingénieurs d’industrie et de fabrication

➤ Ingénieurs en aérospatiale

➤ Ingénieurs et concepteurs en logiciel

➤ Ingénieurs métallurgistes et des matériaux

➤ Inhalothérapeutes, perfusionnistes cardiovasculaires et technologues cardiopulmonaires

➤ Inspecteurs de la santé publique, de l’environnement et de l’hygiène et de la sécurité au travail

➤ Inspecteurs en construction

Manœuvres dans la transformation des aliments, des boissons et du tabac

➤ Manœuvres des mines

➤ Mathématiciens, statisticiens et actuaires

➤ Mécaniciens d’équipement lourd

➤ Mécaniciens de locomotive et de gare de triage

Mécaniciens de machines fixes et opérateurs de machines auxiliaires

➤ Médecins spécialistes

➤ Mineurs d’extraction et de préparation, mines souterraines

➤ Omnipraticiens et médecins en médecine familiale

➤ Opticiens d’ordonnances

➤ Optométristes

Outilleurs-ajusteurs

➤ Personnel d’entretien et de soutien des mines souterraines

➤ Pharmaciens

➤ Physiciens et astronomes

➤ Physiothérapeutes

➤ Pilotes, navigateurs et instructeurs de pilotage du transport aérien

➤ Policiers (sauf cadres supérieurs)

➤ Pompiers

➤ Professeurs d’université

➤ Professionnels des relations publiques et des communications

➤ Professionnels des services aux entreprises de gestion

➤ Programmeurs et développeurs en médias interactifs

➤ Psychologues

➤ Réparateurs de wagons

➤ Représentants au service à la clientèle — services financiers

➤ Représentants des ventes non techniques — commerce de gros

➤ Secrétaires médicaux

Serveurs au comptoir, aides de cuisine et personnel assimilé

Serveurs d’aliments et de boissons

➤ Shérifs et huissiers de justice

➤ Spécialistes des ressources humaines

Spécialistes du contrôle de la circulation aérienne et personnel assimilé

➤ Superviseurs — commerce de détail

Superviseurs de commis de bibliothèque, de correspondanciers et d’autres commis à l’information

Superviseurs de commis de bureau et de soutien administratif

➤ Superviseurs de commis de finance et d’assurance

➤ Superviseurs des services alimentaires

➤ Superviseurs et experts-conseils en programmes de sports, de loisirs et d’entraînement physique

Surveillants dans la fabrication du matériel électronique

➤ Surveillants dans la transformation des aliments, des boissons et du tabac

➤ Surveillants de l’exploitation des mines et des carrières

➤ Surveillants de services postaux et de messageries

Surveillants du transport routier et du transport en commun

➤ Techniciens de laboratoire médical

Techniciens de réseau informatique

Techniciens et assistants dans les bibliothèques et les services d’archives

➤ Techniciens juridiques et personnel assimilé

➤ Technologistes médicaux et assistants en anatomopathologie

➤ Technologues en radiation médicale

➤ Technologues et techniciens dentaires et auxiliaires dans les laboratoires dentaires

➤ Technologues et techniciens en architecture

➤ Technologues et techniciens en cartographie et personnel assimilé

Technologues et techniciens en chimie

➤ Technologues et techniciens en dessin

➤ Technologues et techniciens en génie civil

➤ Technologues et techniciens en génie industriel et en génie de fabrication

➤ Technologues et techniciens en génie mécanique

➤ Technologues et techniciens en géologie et en minéralogie

➤ Technologues et techniciens en santé animale

Teneurs de livres

➤ Thérapeutes conjugaux, thérapeutes familiaux et autres conseillers assimilés

➤ Traducteurs, terminologues et interprètes

➤ Travailleurs sociaux

➤ Urbanistes et planificateurs de l’utilisation des sols

➤ Vendeurs et commis-vendeurs — commerce de détail

➤ Vérificateurs et comptables

Vérificateurs et essayeurs des essais non destructifs

➤ Vétérinaires

 

Photo : XStrata / Andrew Craig
Photo : XStrata / Andrew Craig

Moins de boulot que prévu au Nord ?

Au moins 500 000 emplois et 80 milliards de dollars d’investissements sur 25 ans : telles étaient les promesses du Plan Nord lors de son annonce par le premier ministre Jean Charest.

Deux ans plus tard, le ballon Le Nord pour tous (nouveau nom donné par le gouvernement de Pauline Marois) s’est dégonflé. La crise économique en Europe et le ralentissement de l’activité en Chine font baisser les prix des métaux, après 10 années de croissance. « Toutes les entreprises minières travaillent à minimiser leurs coûts en ce moment », dit André Lavoie, directeur des communications et affaires publiques de l’Association minière du Québec.

Ce ralentissement ne signifie cependant pas l’hécatombe. Emploi-Québec prévoit qu’il y aura 10 200 postes à pourvoir par an jusqu’en 2016, soit 2 800 emplois créés et 7 400 remplacements. Et des boulots toujours aussi bien payés : de l’ordre de 150 000 dollars pour ceux qui travaillent à l’exploitation de la mine, de 80 000 dollars pour le personnel de soutien. Même dans un Plan Nord au ralenti, les jeunes bénéficieront du départ des baby-boomers du marché de l’emploi. Selon l’Association minière du Québec, plus de la moitié des mineurs partiront bientôt à la retraite.

Et une mine n’embauche pas que des mineurs : il faut 300 types d’emplois pour la faire tourner. Elle doit fournir tous les services nécessaires à une installation éloignée de la ville — transport, logement, nourriture, lessive, divertissements, soins de santé. Il faut du monde pour entretenir les routes et les ponts, alimenter les génératrices, traiter les eaux, gérer les déchets. Il faut des mécaniciens, des spécialistes en ressources humaines, des cuisiniers, des infirmières, des pilotes. Il y a même du travail pour des professeurs de français. Pour pourvoir des postes de mineurs, on offre des programmes de formation aux Inuits des 14 villages du Nunavik !

Julie Barlow

 

Photo : Université de Sherbrooke
Photo : Université de Sherbrooke

STAGES EN ENTREPRISE

Le transfert de connaissances… ça marche dans les deux sens !

Les entreprises ne sont pas toutes conscientes de l’urgence de s’attaquer au défi de la relève. Si les plus grandes sont rodées à l’accueil des stagiaires, les PME traînent la patte, n’ayant souvent ni fauteuil pour les asseoir ni personnel pour les encadrer. « C’est certain que ça demande du temps et de l’énergie, mais c’est crucial pour la pérennité de l’entreprise », dit Richard Buteau, directeur du Service de placement de l’Université Laval. Pour faire passer le message, son équipe sillonne régulièrement la province à la rencontre des employeurs potentiels. Des conférences sont organisées, où leur sont prodigués une foule de conseils pour offrir des stages attrayants aux étudiants — qui ont souvent l’embarras du choix — et les retenir une fois qu’ils sont diplômés.

À l’Université de Sherbrooke, on travaille aussi très fort en ce sens. « Avec l’évolution rapide de la technologie, les PME ont beaucoup à apprendre des futurs professionnels », observe Denis-Robert Elias, directeur général du Service des stages et du placement de l’Université, qui gère 4 000 stages coopératifs par année au Canada et ailleurs dans le monde. « Nos étudiants ont acquis de nouvelles connaissances et façons de faire que bien des entrepreneurs ignorent. » Bref, le transfert de connaissances marche dans les deux sens.

Les étudiants universitaires sont d’ailleurs de mieux en mieux préparés à donner leur maximum au cours de leurs stages. Pas question de les reléguer aux photocopies ou à la machine à café ! « Il ne s’agit pas juste de les placer en entreprise, mais aussi de leur offrir des services et outils pour leur permettre de s’évaluer et de s’améliorer de façon continue », dit Denis-Robert Elias. L’Université de Sherbrooke a notamment mis au point le Plan de développement individuel des stagiaires. Il s’agit d’un logiciel interactif qui favorise à la fois la réflexion de l’étudiant sur sa future profession et l’implication de son superviseur de stage dans l’entreprise.

Isabelle Grégoire