Emploi : ce que les chiffres cachent

Le Canada a ajouté beaucoup d’emplois en mai, et le Québec en a perdu un peu. Mais il y a tellement plus à dire à propos du bulletin mensuel de Statistique Canada sur le marché du travail…

Le Canada a ajouté beaucoup d’emplois en mai, et le Québec en a perdu un peu. Voilà, en peu de mots, l’essentiel de la nouvelle. Il y a cependant tellement plus à dire sur le bulletin mensuel de Statistique Canada sur le marché du travail au pays.
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On pourrait d’abord noter que le nombre d’emplois supplémentaires est beaucoup plus élevé que les prévisions des économistes, qui tablaient sur 10 000 emplois de plus au pays. Le même phénomène s’applique aux États-Unis, où la création nette de 280 000 emplois en mai est beaucoup plus robuste que ce qu’envisageait l’ensemble des économistes consultés par les médias, qui ne prévoyaient que l’ajout de 225 000 emplois.

Non seulement les données sur l’emploi sont positives dans les deux pays, mais elles font mentir les spécialistes qui étaient plus pessimistes. L’économie réelle va peut-être mieux que ce qu’anticipent les économistes. Voilà deux bonnes nouvelles pour le prix d’une seule !

Ces derniers jours, l’OCDE et les banques Royale et CIBC ont abaissé leur prévision de croissance pour le Canada. La semaine dernière, Statistique Canada révélait que l’économie canadienne avait même reculé de 0,6 % au premier trimestre. La Banque du Canada prévoyait une croissance nulle, mais un repli de cet ordre a surpris tout le monde. La création de tant d’emplois au pays en mai pourrait marquer un retournement de conjoncture bien apprécié. Ce qui fait une troisième raison de se réjouir des données publiées vendredi matin.

J’accorde personnellement beaucoup d’importance aux données sur l’emploi. Oui, les marges d’erreur sont importantes, et les variations mensuelles peuvent donner le tournis.

Mais si le PIB mesure la production déjà effectuée, l’emploi nouvellement créé a des répercussions positives sur l’activité économique présente et future. Plus il y a d’emplois, plus il y aura de consommation et de construction domiciliaire, et il faudra plus d’investissements pour fabriquer les biens ou les résidences. Les gouvernements récolteront aussi plus de recettes fiscales. C’est un peu plus complexe que ce que je viens d’écrire, mais c’est l’idée générale.

De manière générale aussi, les juridictions où le nombre de personnes qui occupent un emploi est le plus élevé sont celles qui sont les plus riches. C’est bien connu, le chômage et l’aide sociale ne sont pas de grands créateurs de richesse.

Quelques mots sur l’économie québécoise. Le Québec a perdu 2 100 emplois en mai. Plus spécifiquement, il a perdu 16 000 emplois à temps plein et en a ajouté 14 000 à temps partiel. Le taux de chômage passe de 7,4 % à 7,6 %, essentiellement parce que la population active (en emploi ou à la recherche active d’un emploi) a augmenté.

On peut néanmoins dire que le marché du travail québécois est resté stable en mai, après une forte croissance au cours des quatre mois précédents. Comparativement à mai 2014, le Québec compte 70 000 personnes de plus en emploi (+1,7 %). C’est mieux que l’Ontario, qui en a ajouté 53 000, pour une économie qui fait presque le double de celle du Québec.

Depuis 12 mois, le Québec a ajouté 69 700 emplois à temps plein, soit 27,5 % des jobs à temps plein ajoutés au Canada.

Cet embellie dans le marché de l’emploi peut s’expliquer en partie par une croissance de 10 % des exportations de marchandises du Québec au premier trimestre.

Elle peut également expliquer la bonne santé du marché immobilier à Montréal. La Chambre immobilière du Grand Montréal fait état, vendredi, d’une hausse appréciable de 9 % des reventes de maison dans la métropole en mai — la meilleure performance en trois ans et le troisième mois consécutif de croissance.

Une bonne nouvelle en cache souvent d’autres.

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Hier je lisais un petit article sur l’emploi en France qui en avril a atteint un nombre record historique de personnes inscrites sur la liste des demandeurs d’emplois. Dans le même temps l’INSEE (l’équivalent français de Statistique Canada) relevait que le taux de chômage a baissé de 10%.

Ce que cela nous dit certes, c’est que dans plusieurs secteurs il se crée des emplois.

Ce que cela nous dit de plus, c’est que le nombre de prestataires de l’assurance emploi est en baisse et que dans le même temps le nombre de demandeurs d’emplois est en hausse.

Ce que cela indique encore, c’est que lorsque le nombre d’emplois offert est en hausse, plus de personnes souhaitent retourner sur le marché du travail.

Ce que cela indique également, c’est qu’une économie peut rester profitable sans parvenir pour autant au « plein-emploi ».

Ce peut-il que ce genre d’observations puissent à quelques nuances près s’appliquer pour pratiquement tous les pays membres de l’OCDE, incluant également le Canada ?

Curieusement aussi, la croissance en Europe devrait être supérieure en 2015 à ce qu’elle était initialement prévue, elle devrait dépasser les 1,5% (eurozone) et même un peu plus pour certains pays. Donc un peu mieux que le Canada.

— Ce qui me conduit à ces ultimes questions : Est-ce que la croissance est le principal moteur de la création d’emploi ? On pourrait poser la question autrement : Est-ce qu’il est possible de générer de la croissance sans pour autant augmenter la masse salariale et/ou le nombre total des salariés ?

« Est-ce qu’il est possible de générer de la croissance sans pour autant augmenter la masse salariale et/ou le nombre total des salariés ? »

Tout à fait, il y a un pan entier de la finance qui s’intéresse à cette question: est-ce que les revenus supplémentaires + les dépenses de moins liés à un projet d’investissement (ex: achat de nouvelle machinerie) compense les coûts de cet investissement?

C’est du cas par cas, mais pour simplifier : les projets d’investissements vont viser à augmenter la production (en $, donc générer de la croissance) ou encore diminuer les dépenses liées à la production (principalement les salaires et l’entretien, donc réduire la masse salariale) ou bien les deux en même temps. Dans tous les cas, il en résulte une augmentation de la productivité même si le nombre d’emplois diminue ou reste identique.

Comme Mark Cuban a déclaré il y a quelques années (je paraphrase) : les employeurs embauchent du personnel seulement si c’est nécessaire.

« Comme Mark Cuban a déclaré il y a quelques années (je paraphrase) : les employeurs embauchent du personnel seulement si c’est nécessaire. » (sic)

…sauf au gouvernement du Québec!

Nous traînons derrière nous presque 600,000 (six-cent-mille!!!) fonfons au Québec (nous avons finalement pu enfin les dénombrer récemment!) grassement payés, syndiqués mur-à-mur et pensionnés de façon pharaonique. C’est DIX stades olympiques remplis à pleine capacité de fonfons et ce, malgré les incroyables investissements en outils de travail qui devaient les rendre plus efficaces.

Pour pouvoir pleinement profiter du mot de Mark Cuban, il nous faut premièrement privatiser le maximum de services en situation de monopole que nous impose l’État québécois et ensuite faire jouer la compétition.

Presque 90% de ces 600 000 personnes travaillent en éducation et en santé, ce ne sont pas des domaines dont les dépenses visent généralement à permettre d’augmenter le nombre d’élèves en classe ou le nombre de patients qui est vu à la minute.

En effet, ce que les chiffres cachent et qu’on ne dit pas dit dans le texte. Se fier uniquement aux données mensuelles de l’EPA pour la création d’emplois peuvent jouer des tours. Comment expliquer un PIB anémique avec une « forte croissance » de l’emploi ces derniers mois au Québec ? Il y a quelque chose qui cloche.

Cependant, lorsqu’on associe le PIB et l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail, tout devient clair. C’est que cette « forte croissance » est le résultat d’un important écart d’estimation statistique, puisque l’emploi au Québec est stagnant ou croit peu depuis plusieurs années quand on se fie aux données de l’EERH.

« Allant aussi dans le même sens, les données du mois de février du rapport mensuel des opérations financières ajoute une autre couche à la thèse de la stagnation de l’emploi. On peut en effet voir à la page 4 que les recettes du gouvernement en impôts sur le revenu des particuliers n’ont augmenté que de 1,5 % en dollars courants entre février 2014 et février 2015. Pire, les recettes totales de ces impôts de avril 2014 à février 2015 ne furent que 0,2% plus élevés que celles reçus entre avril 2013 et février 2014 (toujours en dollars courants). Et l’emploi aurait augmenté fortement entre ces deux périodes? Douteux, très douteux… » ( https://jeanneemard.wordpress.com/2015/05/29/68-700-emplois/)

Il demeure toujours renversant qu’aucun analyste «reconnu» ne semble accorder la moindre importance aux données de l’EERH alors que celles-ci n’ont aucune marge d’erreur (elles sont tirées d’un recensement complet des employeurs) alors que celles de l’EPA en ont une très élevée. Finalement, ces analystes commentent des variations statistiques (et tentent de les justifier) plutôt que les variations de l’emploi. Triste…

Bien que je n’ai cité qu’un petit passage, mon commentaire était entièrement inspiré par votre article de blogue qu’il faut lire au complet pour sa pertinence.

Aujourd’hui, Rudy Le Cours a mentionné l’EERH dans sa chronique de La Presse et a ainsi relativisé la supposée croissance de l’emploi selon les données de l’EPA. J’étais bien content de lire ça!

Jeanne Émard et sa version pour les nuls dans IRIS.?

Je préfère de beaucoup la rigueur intellectuel d’un Pierre Duhamel quand vient le temps d’analyser les chiffres que les pelleteux de nuages de l’IRIS et leurs raccourcis intellectuels partisans..

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« Je préfère de beaucoup la rigueur intellectuel d’un Pierre Duhamel quand vient le temps d’analyser les chiffres… »

Pierre Duhamel est un journaliste et si vous savez lire, un journaliste, n’est PAS UN ANALYSTE.

Les pelteux de nuages qui font des raccourcis, et des déductions gratuites, ce sont les croyants conservateurs, la plupart religieux et sans preuves, des nuls sans références.

La raison est que c’est bien plus facile de CROIRE que de CHERCHER. C’est le lot des conservateurs analphabètes fonctionnels.

Voyez-vous, Mme Hélène Beaulieu, partisane vous aussi, vous osez vous mesurer à l’IRIS! Une foule d’experts!

Moi je n’oserais jamais.

Posez vous des questions!

Moi je cherche.

Pourquoi pointer du doigt ces hypothétiques raccourcis intellectuels quand on peut simplement accuser la personne d’en utiliser?