Emploi : le désert

À la lumière du plus récent (et déprimant) bilan du marché du travail au Canada, la promesse de 250 000 emplois en cinq ans des libéraux provinciaux apparaît comme un engagement très ambitieux, dit Pierre Duhamel.

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Photo : Getty Images

Attention. Statistique Canada affirme qu’une erreur a été détectée lors du traitement du communiqué de l’Enquête sur la population active publié le 8 août. Des estimations corrigées seront diffusées le vendredi 15 août 2014.

Quelque 200 emplois de plus dans une économie qui en génère presque 18 millions. Voilà le triste bilan du marché du travail au Canada, en juillet dernier. On pourrait presque dire que le marché du travail ne répond plus tellement il est inerte.
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Une analyse plus approfondie ne rassure guère. Le mois dernier, l’économie canadienne comptait 60 000 emplois à temps plein de moins, et 60 000 emplois à temps partiel de plus.

Cela faisait dire à un économiste torontois que le Canada était devenu une économie de travail à temps partiel. Au total, le rythme de création d’emplois au pays est deux fois plus faible qu’entre 2010 et 2013.

Si le taux de chômage baisse de 7,1 % à 7 % en juillet, c’est tout simplement parce qu’il y a 35 400 personnes de moins sur le marché du travail. Cela est, en soi, fort préoccupant, puisque le taux de participation au marché de l’emploi (ceux qui ont un «job» et ceux qui en cherchent) est au plus faible depuis octobre 2001, il y a presque 13 ans.

Les gens sont-ils découragés par le peu d’emplois disponibles ? Ou est-ce un signe du vieillissement de la population, comme le croient les conseillers économiques du président Obama, qui attribuent la moitié de la baisse du taux de participation à l’emploi chez nos voisins américains à ce phénomène ?

Ces données sont doublement préoccupantes, parce que l’économie canadienne affiche cinq mois de croissance consécutive. Le PIB est en hausse, mais l’emploi fait du surplace.

On espère que la hausse des exportations — qui devrait accompagner la reprise américaine — aura un effet positif au cours des prochains mois. Mais est-ce une prière ou une prévision ?

Hélas ! les résultats au Québec sont encore plus décevants. On prouvait s’y attendre, car l’économie du Québec croît moins vite que l’économie canadienne : 1,3 % de janvier à avril, contre 2,2 % pour l’ensemble du pays.

Que nous apprennent donc les données de juillet ?

D’abord, qu’il y a 13 200 emplois de moins, soit un sommet au Canada. Le Québec compte 27 000 emplois de moins depuis le mois de janvier. Seuls le Québec et les provinces de l’Atlantique ont enregistré des pertes d’emploi depuis le début de l’année. Même si le taux de chômage reste au même niveau qu’en juillet 2013, les taux d’activité et d’emploi ont baissé d’un demi-point de pourcentage.

À la lumière de ces données, la promesse de 250 000 emplois en cinq ans des libéraux provinciaux apparaît comme un engagement très ambitieux.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

19 commentaires
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Une ou deux choses sont toutefois encourageantes pour notre province:

1- Le Parti québécois qui a tant nui à notre pauvre économie est KO pour 4 ans.
2- Secteur public: – 21,700 emplois. Secteur privé: + 8,300 emplois.

« Le Parti québécois qui a tant nui à notre pauvre économie… »

T’as la mémoire qui fait défaut.

Depuis ONZE ANS, oui, depuis ONZE ANS c’est le parti libéral qui est au pouvoir excepté quelque mois pour le PQ qui n’a eu le temps de ne rien faire.

D’après moi, tu as de la misère à différencier PLQ et PQ ».

Si on cale c’est à cause du parti libéral, pas aux autres partis.

Je te répète, fais attention aux libertariens et aux dretteux du Québec, ce sont des menteurs de grands chemins.

Le Parti québécois a fait plus de tort au pauvre Québec en 16 mois que tous les gouvernements Libéraux réunis et ça prendra des années et des années pour redorer notre blason.

« Le Parti québécois a fait plus de tort au pauvre Québec en 16 mois que tous les gouvernements … »

Bravo!
Tu as miné le peu de crédibilité qu’il te restait.

On comprend que tu es incapable de tolérer ceux qui ne pensent pas comme toi. On voit que tu n’as rien d’intelligent à dire.

youlle,

Vous devriez lire le livre de Jean-François Lisée « comment mettre la gauche KO ». On y couvre la période avec Jean Charest au pouvoir et selon Lisée, ce fut un « succes story » économique ».

Ah…Lisée… Monsieur 13 mois… Quel intellectuel extraordinaire. Et quel député-ministre intègre…

Sa petite aventure avec Boisclair était un prodige de clarté et de limpidité.

Et j’admire également son courage politique de se présenter dans l’ancien comté de Madame Beaudoin. Un comté loin d’être gagné d’avance… Pas comme Mulcair ou Trudeau.

Bref, un brillant stratège qui a trouvé le moyen de faire perdre Borduas aux péquistes lors des dernières élections ET de faire gagner nos Libéraux.

En consultant plusieurs données publiées par l’OIT (Organisation internationale du travail). Il est possible de s’apercevoir que ce faible taux de croissance de l’emploi est pratiquement mondial. Ce sont toutes proportions gardées les pays considérés comme les plus riches qui sont ceux qui créent le moins grand nombre d’emplois.

Si je comprends que le vieillissement de la population puisse avoir un impact sur ce faible taux de création d’emploi, comment expliquer alors que la portion de la population la plus jeune soit celle qui soit la plus touchée par cette pénurie ?

Ce qui n’étonnera personne, je suppose, c’est que se sont globalement les nations qui ont les plus grosses masses salariales, sans oublier toutes sortes de couvertures sociales, qui sont parmi les moins enclines à créer des emplois.

Est-il possible qu’il y ait une corrélation entre ce que coûte le travail, le coût de la vie élevé dans divers pays et parfois une productivité plus ou moins déficiente tout dépendant de plusieurs secteurs de l’économie ; que ces quelques arguments (il y en a certainement d’autres), forment autant d’éléments du casse-tête qui ne rendent pas favorable la création proprement dite d’une multitude de postes ?

Ce peut-il, qui plus est que la répartition souvent inéquitable de la masse salariale, tout comme la répartition du bien commun, soient autant de contributions négatives qui freinent : la création de richesse, la création et la recherche d’emplois équitables, la production de nouvelles richesses et évidemment la création d’entreprises qui s’engagent en confiance dans des pans de l’économie encore inexistants ou sous-exploités ?

Lorsqu’on recentre cette réflexion sur le Canada, on s’aperçoit que le pays ne fait pas beaucoup mieux que ses principaux partenaires commerciaux, tandis qu’il ne fait pas plus mal non plus. Le Québec pourrait-il faire un peu mieux ? J’en aie toujours été convaincu, encore faudrait-il avoir une politique cohérente, prévue et conçue sur le long terme (au moins 20 ans) avec des révisions régulières de l’ensemble des politiques économiques et sociales.

Ce qui signifie une implication dans le processus de toute la société civile et pas seulement de quelques politiciens couplés à une poignée de technocrates politisés. Peut-être que pour notre développement, l’apolitisme aurait bien meilleur goût.

Quoiqu’il en soit, nous pouvons toujours nous consoler en considérant que les projections de l’OIT pour la période de 2014-19 sont nettement plus optimistes pour l’Amérique du nord, laquelle table sur une progression annuelle de l’ordre de 2,3 millions d’emplois.

On peut imaginer en de telles occurrences, que le Québec pourrait en partie tirer son épingle du jeu. Quant à la réelle capacité de libéraux provinciaux de créer quelques 250 000 emplois nouveaux d’ici cinq ans. Ce n’est pas irréalisable.

Cependant pour moi, la solution n’est pas seulement politique, c’est la structure économique du Québec qui gagnerait peut-être à être réformée ou à tout le moins révisée, ce qui veut dire : concertation, participation, formation de consensus. — Aucunement sûr que monsieur Couillard soit vraiment doté de cette belle fibre réformatrice.

À cet effet, J’aimerais bien encore qu’on m’explique pourquoi une petite province (une province, pas un pays), a besoin de 26 ministres et d’une administration en conséquence, quand certains pays comme la Suisse fonctionnent très bien avec 7 ministres (incluant le la présidence de la Confédération) ?

Lorsque le coût exorbitant mis bout à bout de toutes les administrations avec leurs divers paliers et leurs multiples ramifications : cela finalement concrétise une société qui s’enlise ; non pas une société toujours prête à s’unir sur les bases et sur la formation de projets enlevants.

Si je vous comprends bien, la mondialisation ne sert qu’à détruire les bons emplois pour les transférer là où l’environnement et la population ne sont que de la matière à exploiter sans respects ni mesure.

Merci.

@ Réjean Drouin,

Merci pour vos commentaires, je vais pour se faire essayer de préciser ma pensée :

Dans ce cas vos propos ne relèvent pas spécifiquement de la compréhension mais plutôt un peu de l’allitération. Comme c’est de mon usage d’appeler un chat un chat, vous remarquerez certainement que dans mon texte, je n’ai jamais fait usage ne serait-ce qu’une seule fois de termes tels que : « mondialisation » et « détruire », ni d’association entre les deux. Concrètement, je pense que la mondialisation des échanges est une très bonne chose lorsque sa finalité n’est en principe pas de détruire l’emploi.

Après tout, où que vous viviez dans le monde vous avez le droit de travailler.

La perte de bons emplois ici, ne signifie pas pour autant que ces emplois soient systématiquement transférés dans des pays où la main d’œuvre coûte cent fois moins chers. Certains emplois perdus peuvent tout aussi bien disparaître à jamais. C’est la raison pour laquelle, il faut les remplacer par d’autres activités.

Comme le sujet de ce billet de blogue est de comprendre ou de savoir pourquoi il ne se crée pas assez d’emplois au Québec, l’une de mes réflexions portait sur la masse salariale et les charges qui reposent sur les entreprises. Il y a certainement d’autres facteurs, c’est seulement un de ceux sur lesquels je me suis attardé.

C’est pourquoi, à cet effet j’ai remarqué que toutes sortes de disparité au niveau du revenu existaient aussi ici (je ne suis pas certain que toutes soient justifiées pour tous les métiers).

Il est clair (en tout cas pour moi) que lorsque vous êtes en démarrage d’entreprise ou si vous désirez vous lancer en affaire, la masse salariale est un des éléments qui sera déterminant dans la réussite ou l’échec de votre entreprise.

C’est la raison pour laquelle, je pense que les entreprises gagneraient quelques soient leurs tailles à répartir les émoluments de manière plus équilibrée entre tous, quitte à remettre des bonis à tous en fin ou en cours d’année quand les choses vont bien. C’est aussi la gestion globalement des affaires dont il est question et des modèles d’entreprises qui peut-être ne sont plus non plus en rapport avec l’évolution de la société.

Certains pays semblent avoir compris mieux que nous ce besoin (pour ne pas dire cette urgence) d’évoluer.

Non vous n’avez pas compris, la modialisation c’est pour faire en sorte que vous ayez les moyens de vous payer un ordinateur pour écrire vos tirades prolétariennes 😉

Les suisses n’ont peut-être que «7 ministres» comme vous dites, mais ils se payent 246 membres pour leur parlement, au lieu des 75 Québecois…

@ Alex Beauvais,

1— La Suisse n’est pas une province mais une Confédération, chaque canton (au nombre de 26) a des élus.

2— Votre décompte de 246 se ventile entre deux chambres, 200 élus pour le « Conseil national » et 46 pour le « Conseil des États » lesquels forment une sorte de Congrès : l’Assemblée Fédérale — qui lorsqu’elle est réunie-, est la somme des deux chambres.

3— À titre de comparaison, au Canada, la Chambre des communes compte actuellement 308 députés et le Sénat (non élu, ce qui n’est pas le cas de la Suisse) compte en temps normal jusqu’à 113 membres (dont 24 pour le Québec).

4— Vous commettez l’erreur de confondre le nombre d’élus québécois fédéraux au nombre de 75 actuellement avec le nombre d’élus provinciaux au nombre de 125. Soit un grand total de 200 élus pour le Québec + 24 sénateurs donc un total de 224 parlementaires pour notre seule province).

5— Faites la somme des élus fédéraux, provinciaux (toutes les provinces), plus celle des sénateurs, plus la somme des ministres tant fédéraux que provinciaux. Ajoutez à tout cela la quantité d’administration qu’au total cela représente et faites nous le plaisir de nous revenir pour nous dire si c’est mieux au Canada ou en Suisse.

6— Mais si vous trouvez encore que 26 ministres au Québec, c’est un chiffre raisonnable (surtout en période de compressions budgétaires) lorsque le gouvernement de Jean Lesage n’en comportait que 18 ; alors disons que c’est votre opinion et qu’en ce qui me concerne, je ne la partage pas.

Au plaisir !

« On espère que la hausse des exportations — qui devrait accompagner la reprise américaine — aura un effet positif au cours des prochains mois. Mais est-ce une prière ou une prévision ? » P Duhamel

Bonne chance avec ça, oui c’est vrai les américains sont en reprise et contrairement à nous chez eux la tendance de l’emploi est nettement à la hausse. Mais on est encore bien loin de la surchauffe qui ferait déborder l’activité chez nous. Même si l’immobilier a quelque peu repris là bas les américains restent prudents dans « l’après bulle », ils ont compris (ici la « leçon » reste à venir…)… Par contre même s’ils restent des clients les américains sont en train de re-devenir de formidables compétiteurs dans des secteurs qu’on était habitué à voir décliner, le secteur manufacturier par exemple. De plus le domaine de l’énergie est en effervescence et soutient l’économie.

Au Canada nous avons des problèmes structurels qui nous rendent trop cher, études après études nous apprennent que nous tirons de la patte en matière d’innovation, l’économie qui surfe depuis des années sur l’insoutenable endettement des ménages est à bout de souffle. Tout ça est en en train de nous rentrer dedans alors que la reprise US risque de faire monter tranquillement les taux d’intérêt, au pire moment pour le Canada et surtout le Québec. Cerise sur le sundae, surtout au Québec, le facteur démographique qui commence à faire baisse taux de main d’oeuvre active.

Bref pour moi non seulement la tendance actuelle de l’emploi n’est pas une surprise mais ce n’est que le début.

Pour ma part, à moins que quelque chose m’ait échappé, je m’explique mal que cette situation soit imputable au vieillissement de la population. Il me semble que ce phénomène, où un nombre croissant de travailleurs prennent leur retraite, devrait au contraire libérer davantage de postes pour la génération suivante, non?

Èsscuzzez-moi Monsieur Duhamel, mais les chiffres démontrent que les USA, le Canada et le Québec ont les mêmes performances économiques.

C’est Pierre Fortin qui nous le prouve par des chiffres, des fait, contrairement à vous.

Vous devriez le lire. Sa vous instruirait et vous éviterais de faire du cherry picking de l’Institut de désinformation.

Bien sûr…le Québec est tellement fort économiquement. Il fait trembler le monde de la haute finance…

N’importe quoi!

Il faut que le secteur privé prenne le relais. Mais pour cela, il faut que le gouvernement contrôle ses dépenses et laisse la bride sur le cou des entreprises. Avec les retraités dorés qui prennent aujourd’hui la rue, à la suite de nos héros du printemps-érables (pas dans mes poches!), il va falloir beaucoup de ténacité et de force d’âme au gouvernement!

Avec l’erreur de Statistique Canada, cela démontre la vulnérabilité de faire des analyses mensuelles de l’emploi. Voilà une leçon aux chroniqueurs économiques d’être plus prudent à l’avenir et de se fier aux données sur du long terme pour des analyses précises ou d’être patient et de s’en remettre à l’enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) plus fiable.