La croissance économique est-elle plus faible au Québec qu’ailleurs au Canada ?

Non, pas vraiment. Le taux de croissance pour le Québec est historiquement plutôt faible, mais le mal est canadien, pas seulement québécois.

On rapporte généralement la performance économique d’une région dans une année en se basant sur le taux de croissance de son produit intérieur brut (PIB) par rapport à l’année précédente.

Le PIB mesure la valeur des biens et des services que la région a produits dans l’année. (C’est identique à la valeur des revenus qu’elle a ainsi engendrés.) Pour estimer de combien le volume réel des biens et des services produits a augmenté depuis un an, il faut évidemment retrancher de la hausse du PIB la partie qui résulte purement de prix plus élevés (l’inflation).

À l’heure actuelle (janvier 2014), on estime que, inflation ainsi déduite, la croissance du PIB a été de 1,2 % au Québec, de 1,4 % en Ontario et de 1,7 % dans l’ensemble du Canada en 2013 par rapport à 2012. Ces chiffres paraissent, en surface, donner une réponse affirmative à la question posée en titre. La croissance économique semble avoir été plus faible au Québec qu’ailleurs en 2013.

Mais attendez. Le PIB résulte tout autant du nombre d’habitants dans la région que de ce que chacun d’eux produit et achète. Si la population double et qu’elle produit deux fois plus de biens, le PIB va doubler, mais il n’y en aura évidemment pas plus pour chacun. Le pouvoir d’achat (ou niveau de vie) moyen par habitant sera inchangé.

Autrement dit, la mesure adéquate du bien-être véritable des gens n’est pas le PIB total, mais le PIB par habitant.

Par exemple, selon le Fonds monétaire international, la Norvège a enregistré en 2012 un PIB total de 275 milliards de dollars; les États-Unis, eux, un PIB total de 16 250 milliards.

Est-ce que cela veut dire que les Américains étaient plus riches que les Norvégiens? Pas du tout. Il y avait seulement 5 millions d’habitants en Norvège en 2012, contre 315 millions aux USA. Le PIB par habitant était donc de 55 000 dollars en Norvège et de 51 600 dollars aux États-Unis. Le revenu moyen des Norvégiens était supérieur de 6 % à celui des Américains.

La conclusion qui s’impose, c’est que la performance économique d’une région doit s’évaluer en suivant l’évolution de son PIB par habitant, et non pas l’évolution de son PIB total. La croissance du PIB par habitant (inflation déduite, bien sûr) est celle qui compte vraiment lorsqu’on veut apprécier la progression du bien-être matériel des habitants de la région.

On calcule le PIB par habitant en divisant le PIB par la population. Mais par quel concept de population ? Ici, il y a deux options.

Selon la première option, on divise le PIB par la population totale du territoire — tous les habitants, enfants, adultes et aînés. Le PIB par habitant qui en résulte mesure le revenu (ou pouvoir d’achat) auquel un habitant de la région a accès en moyenne, quel que soit son âge.

Selon la seconde option, on divise le PIB par la population d’âge actif seulement, habituellement celle de 15 à 64 ans. Cette grande catégorie d’âge est le principal bassin de recrutement des travailleurs potentiels. Dans ce cas, le PIB par habitant de 15 à 64 ans qui est obtenu mesure la capacité de la population d’âge actif de la région à créer la richesse pour l’ensemble de tous les citoyens. Si on veut juger de la performance économique véritable d’une société, c’est cette seconde option qu’il faut choisir.

Pour le voir, on n’a qu’à considérer l’exemple de deux régions qui affichent la même population totale de 10 millions d’habitants et le même PIB total de 600 milliards de dollars. Le PIB par habitant est de 60 000 dollars, le même dans les deux cas.

Mais supposons que la population de 15 à 64 ans est de 8 millions de personnes dans la première région et de seulement 7,5 millions de personnes dans la seconde. Il est évident que la performance économique de la région qui produit la même richesse avec moins d’habitants d’âge actif, soit celle qui compte 7,5 millions de 15-64, est la meilleure des deux. Car ses habitants d’âge actif produisent une richesse de 80 000 dollars chacun en moyenne, alors que, dans la région qui compte 8 millions de 15-64, les habitants d’âge actif ne créent 75 000 dollars de richesse chacun.

Si on veut simplement comparer le bien-être matériel auquel l’ensemble des habitants d’une région a accès en moyenne, sans plus, il est parfaitement légitime de le faire en divisant son PIB par sa population totale. Mais si c’est sa vraie performance économique, c’est-à-dire l’habileté de sa population d’âge actif à produire la richesse, qu’on veut mesurer, il faut plutôt diviser le PIB par la population qui est la grande responsable de sa création, soit celle de 15 à 64 ans.

C’est sur cette base que le tableau ci-dessous compare la performance économique du Québec à celle de l’Ontario et de l’ensemble du Canada en 2013. Pour obtenir le taux de croissance du PIB par habitant d’âge actif de chaque région, il faut soustraire le taux de croissance de sa population de 15 à 64 ans du taux de croissance de son PIB total. Dans le cas du Québec, par exemple, comme on estime que le PIB total a augmenté de 1,2 % et la population de 15 à 64 ans de 0,2 %, on trouve que le PIB par habitant de 15 à 64 ans a augmenté de 1,0 % (1,2 moins 0,2).

Tableau. Taux de croissance du PIB total et du PIB par habitant de 15 à 64 ans au Québec, en Ontario et dans l’ensemble du Canada en 2013 par rapport à 2012

Région

Taux de croissance prévu en 2013

PIB total

(inflation déduite)

Population

de 15 à 64 ans

PIB par habitant

de 15 à 64 ans

Québec

1,2 %

0,2 %

1,0 %

Ontario

1,4 %

0,5 %

0,9 %

Canada

1,7 %

0,7 %

1,0 %

On voit bien, dans la colonne de droite du tableau, que le taux de croissance estimé du PIB par habitant de 15 à 64 en 2013 a été à peu près le même au Québec, en Ontario et dans l’ensemble du Canada. La performance économique du Québec (1,0 %) n’est pas moins bonne que celle des autres régions du pays, contrairement à ce que laisse croire la comparaison basée sur le taux de croissance du PIB total dans la colonne de gauche.

C’est malheureusement cette dernière statistique, la croissance du PIB total, qui reçoit la publicité presque exclusive dans la presse financière. La réponse à la question posée en titre est donc négative. Bien évidemment, le taux de croissance par habitant autour de 1,0 % qui est estimé ici pour le Québec est historiquement plutôt faible. Mais on voit bien que le mal est canadien, pas seulement québécois.

Une dernière question se pose tout de même au sujet de ce résultat. Dans la colonne du centre du tableau, on peut voir que la croissance de la population de 15 à 64 ans est plus faible au Québec que dans les autres parties du Canada. (En fait, la population de cette catégorie d’âge va bientôt commencer à diminuer en niveau absolu au Québec.)

Est-ce que cela ne veut pas dire qu’il est, par conséquent, plus facile pour une région comme le Québec d’enregistrer une croissance par habitant d’âge actif plus rapide que les autres parce que sa population de 15 à 64 ans, qui apparaît au dénominateur du PIB par habitant, augmente moins vite qu’ailleurs ? Si cela s’avérait, le fait même que le PIB par habitant du Québec n’a pas augmenté plus vite que la moyenne canadienne en 2013 constituerait en lui-même une preuve de sous-performance de l’économie québécoise.

Il n’en va pas ainsi. Au strict plan de la logique, moins de gens dans la population veut dire, bien sûr, moins d’habitants au dénominateur du PIB par habitant. Mais moins de gens veut aussi dire moins de biens produits et achetés au numérateur. Le nombre d’habitants au dénominateur est plus faible, mais le PIB lui-même au numérateur est plus faible lui aussi. Ces deux effets s’annulent.

Au plan des faits, l’exemple des 24 pays membres les plus avancés de l’OCDE dans le dernier quart de siècle en fournit une preuve sans équivoque : de 1987 à 2012, il n’y a aucune corrélation significative entre la croissance de leur PIB par habitant d’âge actif et la croissance de leur population.

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13 commentaires
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Note au PLQ, à la CAQ, et à Alain Dubuc de La Presse ! Le chômage est plus élevé en Ontario (7,9 %), à Toronto (8,4 %) et à Ottawa (5,7 %) qu’au Québec (7,7 %), à Montréal (8 %) et à Québec (4,7 %)

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201401/14/01-4728680-le-devoir-de-franchise.php

Et VLAN!!! En pleine gueule…

Extrait:

« Le Québec a subi une baisse brutale de l’emploi en 2011. Au début de 2012, le niveau de l’emploi était donc très bas. On a ensuite assisté à une hausse spectaculaire tout au long de 2012. Et en 2013? Rien. Des hauts et des bas, mais dans l’ensemble, une totale stagnation.

C’est un peu comme si l’entraîneur-chef du Canadien, Michel Therrien, après que son équipe ait subi sept revers consécutifs, affirmait en conférence de presse que le Canadien allait très bien, parce qu’il était en bonne position dans le classement. »
Fin de l’extrait.

On peut voir en lisant l’article que c’est sous les LIBÉRAUX que l’emploi a le mieux performé ces dernières années et qu’il est DÉ-SAS-TREUX depuis que les péquistes sont au pouvoir:

Extrait:

« La vérité, c’est que la bonne année, ça a été 2012, et que 2013, c’est le désastre. On le voit mieux en regardant les résultats de fin d’année. Il y avait 3 908 800 emplois en décembre 2011. On en dénombrait 4 044 200 en décembre 2012, un bond exceptionnel de 135 400 emplois. Et en décembre 2013, on était passés à 4 046 300 emplois. Un gain franchement anémique de 2100 postes qui masque, en outre, un changement troublant dans la composition de l’emploi: sur ces douze mois, il s’est perdu 43 800 emplois à temps plein et créé 45 800 emplois à temps partiel. »

Re répète: Et VLAN!!!

2013 a été une année dé-sas-treuse pour le pauvre Québec:

http://argent.canoe.ca/nouvelles/le-taux-de-chomage-augmente-77-au-quebec-10012014

Extrait:

« Sur un an (depuis que les péquistes sont au pouvoir!), le Québec a perdu 43 800 emplois à temps plein, il s’est toutefois créé 45 800 emplois à temps partiel.

« L’emploi à temps plein au Québec, c’est vraiment désastreux. Il y a eu quelques emplois de créés en 2013, mais ce sont des emplois à temps partiel », indique Carlos Leitao, économiste en chef à la Banque Laurentienne.

Les chiffres sont à l’opposé de ceux enregistrés en 2012 (alors que les Libéraux étaient au pouvoir!!!) alors qu’il s’était créé plus de 135 000 emplois au Québec. »

Faut-il en dire plus?

MAIS on a droit à une belle discussion sur la charte… Pauvre Québec.

Quand les articles ne vous conviennent pas, faute d’arguments, vous nous sortez un hareng fumé ! (1).

1- Autrefois paraît-il, dans le sud des États-Unis, les prisonniers en fuite laissaient des harengs fumés derrière eux pour distraire les chiens pisteurs et les détourner de leur piste. Tel est le principe qu´on applique dans le paralogisme que nous étudions à présent et qui doit son nom à cette ancienne pratique: le but de ce stratagème est en effet de vous amener à traiter d´un autre sujet que celui qui est discuté, bref, de faire en sorte que vous partiez sur une nouvelle piste en oubliant celle que vous poursuiviez. (http://fondhum.org/textes/paralogismes.html#3%29)

http://www.antagoniste.net/2014/01/13/2013-lannee-du-desastre/

Les statistiques et les chiffres sont têtus Monsieur Sauvageau!

Je crois plutôt que le débat actuel sur la charte des valeurs sert de hareng fumé aux péquistes en mal de votes en leur faveur.

La situation réelle du Québec est ca-tas-tro-phique (déficit à la fois structurel et intolérable, endettement insupportable, taxes et impôts étouffants, corruption endémique, etc… et vous m’accusez de laisser des harengs fumés???

Diantre…informez-vous un peu que diable!

Pierre Duhamel dans son avant-dernier blogue traite du travail et de l’emploi et le mieux que vous avez pu faire c’est de mettre un lien – le même que celui-ci-haut – sur le site d’un crétin.

Tiens…un autre « crétin » je suppose?:

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201401/14/01-4728680-le-devoir-de-franchise.php

Extrait:

« La vérité, c’est que ces moyennes masquent la façon dont l’emploi a évolué. Le Québec a subi une baisse brutale de l’emploi en 2011. Au début de 2012, le niveau de l’emploi était donc très bas. On a ensuite assisté à une hausse spectaculaire tout au long de 2012. Et en 2013? Rien. Des hauts et des bas, mais dans l’ensemble, une totale stagnation.

C’est un peu comme si l’entraîneur-chef du Canadien, Michel Therrien, après que son équipe ait subi sept revers consécutifs, affirmait en conférence de presse que le Canadien allait très bien, parce qu’il était en bonne position dans le classement.

La vérité, c’est que la bonne année, ça a été 2012, et que 2013, c’est le désastre. On le voit mieux en regardant les résultats de fin d’année. Il y avait 3 908 800 emplois en décembre 2011. On en dénombrait 4 044 200 en décembre 2012, un bond exceptionnel de 135 400 emplois. Et en décembre 2013, on était passés à 4 046 300 emplois. Un gain franchement anémique de 2100 postes qui masque, en outre, un changement troublant dans la composition de l’emploi: sur ces douze mois, il s’est perdu 43 800 emplois à temps plein et créé 45 800 emplois à temps partiel. »

Fin de l’extrait.

Comme je l’ai écrit à jack2 ci-haut: Et VLAN!!! En pleine gueule…

Il faut croire que vous aimez le hareng fumé. Tient, Alain Dubuc, pas tout à fait un crétin mais presque, un ex marxiste-léniniste, qui se vend maintenant – j’allais utilisé une expression plus osée non permise par le nétiquette – à une famille capitaliste et pire encore, un diplômé en « sciences molles pas de math ».

M. Fortin,

A l’heure où il faudrait surtout tirer des sonnettes d’alarme et s’exiter un peu vous n’aidez pas, mais vraiment pas…

« s’exiter un peu » Ça veut dire quoi au juste ? Comme c’est souvent le cas en vous lisant, je déduis que vous avez rien compris à cet article.

Un peu « cheap » comme répartie non?

La personne voulait probablement écrire « s’exciter un peu » mais comme vous semblez manquer cruellement d’imagination et que ce dénuement vous empêche de deviner certaines choses, ça vous a sans aucun doute échappé.

J’ai parfaitement compris qu’il voulait écrire « exciter ». Sauf que, lorsqu’on nous signale qu’il faut sonner l’alarme, la dernière chose à faire c’est de s’exciter, on se calme et on fait face à la situation avec un esprit éclairé. Comme ce monsieur semble perdu dans son commentaire, on peut se questionner sur le sens qu’il donne à « exciter ».

J’ai compris qu’il voulait dire de se manier le Q et de mettre fin à cette placidité et à cette indifférence que démontrent trop de Québécois face aux choses économiques et financières.

Mais…bon…puisqu’il y a au-dessus de 1 Million d’analphabètes opérationnels dans cette province (je vous rappelle au passage que l’Éducation est un domaine de « compétence » strictement provincial!!!) le fait que les domaines qui demandent une plus grande intelligence et connaissance comme l’économie, les finances et les sciences y soient négligés est logique…