En couple ? Voici comment ne pas vous ruiner mutuellement

Former un couple en bonne santé financière jusqu’à la fin de ses jours, ça se peut. À condition d’être réaliste et bien informé. Premier volet d’un guide pour vous accompagner dans les grandes étapes financières de la vie à deux.

Illustration : Melanie Lambrick pour L'actualité

Tabou, l’argent dans un couple ? Pas du tout.

Les sous sont au cœur de la vie à deux, que ce soit pour magasiner un nouveau canapé, préparer un voyage dans le Sud ou se plaindre de la hausse de l’impôt foncier. Les conversations peuvent parfois être tendues, certes, sauf qu’elles ont lieu. Mais quand vient le temps de déterminer si la personne la mieux rémunérée doit assumer davantage de dépenses communes, et à quel moment au juste une dépense devient commune, là, les choses risquent de se corser.

« Le vrai tabou dans un couple, c’est la manière d’organiser l’argent », affirme Hélène Belleau, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), pour qui l’économie familiale ne se résume pas à faire de la sauce à spaghetti. Au cours des 15 dernières années, la chercheuse et ses collègues ont questionné plus de 3 000 Québécois pour savoir comment ils conjuguent cœur et finances. Les résultats de ces études, résumées dans le livre L’amour et l’argent (Éditions du remue-ménage, 2017), confirment que la routine financière s’installe naturellement chez 4 couples sur 10, sans que les tourtereaux y réfléchissent vraiment. Même chez les couples qui, dans une proportion de 60 %, ont discuté des modalités, les conséquences à long terme de leurs décisions sont rarement considérées, parce qu’en amour « on a toujours l’impression que les affaires vont finir par s’équilibrer », souligne Hélène Belleau. Hélas ! les statistiques dressent un portrait beaucoup moins idyllique de la réalité. Et la plupart du temps, ce sont les femmes qui en paient le prix, littéralement.

Selon une analyse effectuée en 2014 par Ruth Rose, une professeure d’économie à l’UQAM dont les travaux ont grandement influencé les politiques québécoises sur l’aide aux familles, les revenus des femmes sont 40 % inférieurs à ceux des hommes lorsque vient le temps de la retraite. Cet écart s’est probablement atténué depuis, mais les travaux récents de l’équipe d’Hélène Belleau portent à croire qu’il est encore important : au Québec, dans les familles ayant un enfant d’âge mineur, le revenu avant impôt médian des femmes équivaut à 66 % de celui des hommes. Difficile, dans de telles circonstances, d’économiser autant que son conjoint. 

L’effet de la différence de revenus durant la vie active pourrait être diminué si les ménages géraient l’épargne-retraite en commun. Or, seuls 48 % des couples mariés et 26 % de ceux en union libre le font, note la chercheuse. « Ça va faire mal plus tard… »

Pas grave, dites-vous, monsieur n’aura qu’à payer pour la retraite de madame ? Pour compter là-dessus, il faudrait que les relations durent toujours jusqu’aux vieux jours !

Bien qu’un mariage sur deux se termine en divorce, selon Statistique Canada, presque tous les amoureux — l’auteur de ces lignes y compris — croient sincèrement qu’ils font partie de ceux qui tomberont du bon côté de ce pile ou face des cœurs. L’optimisme règne aussi dans les unions libres, même si le taux de séparation y serait encore plus élevé, d’après de nombreux experts.

La professeure Hélène Belleau a baptisé ce phénomène « la fiction de la durée ». Il s’agit en quelque sorte d’une « règle de grammaire amoureuse », dit-elle, en vertu de laquelle les couples refusent d’envisager la fin de leur union, car cela consisterait à remettre en doute sa solidité. De toute façon, même en admettant que peut-être-un jour-éventuellement l’impensable puisse survenir, le partage de l’argent se déroulerait dans le calme, le respect, l’équité et la bonne entente. N’est-ce pas ?

Cet aveuglement amoureux maintient peut-être la flamme, mais il nuit à l’adoption des précautions qui permettraient d’éviter de se retrouver un jour avec, en plus d’un cœur en lambeaux, un portefeuille dégarni.

Le meilleur exemple est le contrat de vie commune. Selon un sondage de la Chambre des notaires réalisé en 2013, moins de 20 % des couples québécois en union libre ont pris le soin de signer une telle entente, qui permet entre autres de choisir les modalités de partage des biens en cas de rupture. Sans cela, sur le plan légal, deux amoureux ont à peu près autant de responsabilités l’un envers l’autre que « des colocs », dit Dominique Barsalou, une avocate spécialisée en droit de la famille. En cas de séparation, chacun repart avec ce qui lui appartient, merci bonsoir. Tant pis pour l’autre si son nom ne figure pas sur les papiers d’achat du canapé, de la voiture ou de la maison.

N’allez toutefois pas croire que les couples mariés ou unis civilement sont nécessairement à l’abri pour autant. Le risque est présent surtout pour ceux qui ont choisi la société de séparation de biens comme régime matrimonial. Oui, le patrimoine familial, qui inclut notamment la valeur de la maison, du chalet, des REER, des régimes de pension, des voitures et des meubles, sera partagé en cas de divorce. Mais encore faut-il que ce patrimoine ait de la valeur, souligne Dominique Barsalou. « Je me retrouve curieusement devant des cas où monsieur a un gros CELI et plein d’investissements, mais pas de REER et une maison hypothéquée jusqu’au toit. » Résultat : madame repartira avec pas grand-chose dans ses poches. Pire, si elle possède un régime de pension, monsieur aura le droit d’en réclamer la moitié. Aïe.

L’élément réellement pernicieux est que si l’un des deux membres du couple s’appauvrit au cours de la relation, cela ne devient généralement visible qu’au moment de la séparation, pas avant. Et à cette étape, il est trop tard pour corriger le tir. Tout ce qu’il reste à faire, c’est espérer que l’ex reconnaisse l’iniquité de la situation et fasse des concessions que, légalement, il n’est pas obligé de faire.

En théorie, les planificateurs financiers devraient soulever ces risques avec les couples qu’ils conseillent. Les recherches d’Hélène Belleau montrent toutefois que c’est loin d’être systématique. « Ils vont beaucoup parler du décès, du testament », dit-elle, mais moins de la séparation.

La planificatrice financière Julie Gauthier fait partie de ceux qui estiment que l’éventualité d’une séparation doit être abordée avec tous les clients. Le groupe Gestion financière MD, où elle veille notamment à la formation des planificateurs, sert uniquement les médecins et leurs familles. Chez cette clientèle, les écarts salariaux peuvent être importants, ce qui a parfois tendance à causer l’appauvrissement de l’un des conjoints. « Si le couple décide de partager les dépenses 50-50, celui ou celle qui gagne moins va s’appauvrir assez rapidement, car cette personne ne sera pas capable de suivre le train de vie de l’autre », explique-t-elle.

Lorsque la question de la séparation est évoquée avec des clients, les visages changent. « Tu sens un froid s’installer dans le bureau, parce que ce ne sont pas des choses que les gens aiment envisager, dit Julie Gauthier. Sauf que notre travail, c’est d’énoncer les faits. » Aussi déplaisants soient-ils.

Au cas où vous n’auriez pas la chance d’avoir un conseiller aussi avenant, L’actualité a élaboré ce guide pour vous accompagner dans les grandes étapes financières de la vie à deux. Son objectif n’est pas de fournir des réponses — celles-ci varient énormément d’un couple à l’autre —, mais d’alimenter les réflexions et discussions que vous devriez avoir pour vous assurer que votre union sera protégée financièrement, tout comme les individus qui la composent.

Dominique Barsalou aimerait toutefois qu’on oublie le terme « protection ». « Je suis allergique à ce mot-là », lance-t-elle. Dans un couple, les deux personnes apportent leurs ressources, que ce soit en argent ou en temps. « Au lieu de parler de se protéger, j’aimerais qu’on reconnaisse cette interdépendance. »

Dit autrement, le couple est plus grand que la somme de ses parties. Ce que chacun accomplit ne serait pas possible sans la contribution de l’autre, et une bonne façon de le reconnaître est de s’assurer que chaque membre du couple aura les moyens de bien vivre tout au long de sa vie. Ensemble, de préférence, mais peut-être séparément. Si vous aimez sincèrement la personne avec qui vous êtes en ce moment, c’est ce que vous lui souhaitez, non ?

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Effectivement, toujours un sujet « refroidissant » et les couples devraient certainement trouver l’équilibre qui leurs conviennent et c’est là mon point. Tout le monde est « majeur et vacciné » et devrait être traité de la sorte. On ne cesse cependant pas de personnifier les femmes comme étant des “victimes sans défense”, comme si les coutumes et la réalité d’il y a 50 ans étaient toujours “la” réalité d’aujourd’hui. Pourtant, les femmes sont indépendantes de choix, fortes éduquées, carriéristes et autant actives sur le marché du travail. Pourrions-nous commencer à les considérer comme telles.

Lorsqu’il y a union, pourquoi absolument insister sur ce sentiment qu’il est impératif pour l’état de choisir et d’ordonner comment 2 personnes, libre de choix, conscientes et éduquées devraient organiser leurs affaires personnelles. Si elles choisissent de partager leurs obligations financières communes 50/50, 30/70, en fonction de leurs revenus, ou leurs passés, leurs croyances… c’est leur affaire!

Plus le couple dure longtemps, plus les choses évoluent aussi et vont être fonctions des choix de chacun. L’un peut être plus “carriériste” et l’autre plus “preneur de risques” (sans pour autant mettre “à risque” les affaires du conjoint), ou encore entrepreneur(e) et les résultats de ces choix variés seront différents financièrement. Ceci n’implique pas nécessairement que chacun devrait avoir un “droit” à ce que l’autre a réalisé comme gain… ou perte! Pourquoi serait-ce le cas? S’ils choisissent de tout partager, alors ce sera leur choix conscient en tant que couple et personnes libres de choix, mais ça ne devrait pas être un “non choix” imposé par l’état.

Nous avons le bénéfice au Québec d’avoir plusieurs choix. Le mariage en propose 2 (je crois) imposés par l’état et l’union libre, le vaste choix libre selon les individus “majeurs et vaccinés” du couple. Pour certains, le conformisme sera leur choix, pour d’autres, ce sera le libre choix personnel fonction de leur réalité, goûts, croyance, situations, etc…. Et c’est très bien comme ça. À chacun de s’assumer et de trouver l’équilibre pour permettre au couple d’évoluer… ou non, mais ça sera un choix.