Entre indécence et innocence

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– chronique publiée dans L’actualité du 1er novembre 2008 –

Les patrons sont-ils surpayés ? La crise financière actuelle remet la question à l’ordre du jour. Il faut dénoncer les abus, mais gare à l’angélisme.

Stanley O’Neal a été congédié en 2007 après que la banque d’investissement Merrill Lynch, dont il était le président, eut annoncé une perte de 2,3 milliards de dollars. Il a quitté son emploi à 56 ans, avec une prime et des titres valant 161,5 millions de dollars, en plus de son salaire de 48 millions.

De telles histoires, il y en a trop à Wall Street.

La valeur en Bourse des titres de Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Morgan Stanley et Goldman Sachs a baissé de 74 milliards de dollars en 2007. Deux de ces maisons sont aujourd’hui disparues, la troisième vient d’être vendue pour éviter de sombrer et les deux autres risquent de subir le même sort. Cela n’a pas empêché leurs employés de se partager l’an dernier 38 milliards de dollars en primes de rendement. C’est plus que le PIB de pays comme la Biélo-russie ou la Bulgarie ! Cela représente une moyenne de 201 500 dollars par employé, soit quatre fois le revenu médian des ménages américains. On comprend mieux la stupéfaction de ces mêmes ménages quand l’administration Bush a proposé qu’ils paient la note de 700 milliards de dollars pour éponger les excès des institutions financières.

Les financiers sont-ils cupides ? L’attrait des grosses primes les rend-il imprudents ? Assurément. Sont-ils les seuls à s’en mettre plein les poches ? Sûrement pas.

En 2007, la rémunération moyenne des PDG américains était 275 fois supérieure à celle du travailleur moyen. Alors qu’en 1970 l’écart n’était que de 35 fois, selon l’Economic Policy Institute.

Je le dis sans ambages, je ne comprends pas bien la logique qui veut qu’un négociateur de fonds spéculatifs puisse gagner plus d’un milliard de dollars par année. Car ce sont les négociateurs, et non les gestionnaires de leurs sociétés, qui obtiennent les rémunérations les plus hallucinantes. Un milliard, c’est indécent.

Cela étant dit, je me méfie des emportements quand il est question de la rétribution des cadres supérieurs. C’est que je crois à l’enrichissement personnel. C’est un moteur efficace pour obtenir le meilleur des gens et recruter les plus qualifiés. Et toutes les entreprises veulent être dirigées par les plus doués.

C’est la même chose dans tous les domaines. Les architectes les plus réputés du monde, les ingénieurs les plus brillants, les médecins les plus doués, les auteurs les plus lus, les chefs d’orchestre les plus appréciés, les gestionnaires qui ont obtenu les plus grands succès gagnent tous plusieurs millions de dollars par année.

Lire dans le magazine Forbes que Céline Dion a gagné 45 millions de dollars en 2007, ça ne m’offusque pas. C’est trois fois plus que Gordon Nixon, président de la Banque Royale. Gordon Nixon est-il surpayé ? Combien de personnes au Canada ont les connaissances nécessaires — et les nerfs assez solides — pour diriger une telle entreprise ? Pas beaucoup plus qu’il n’y a de Céline Dion…

Le patron américain le mieux rémunéré, Larry Ellison, PDG et fondateur d’Oracle — le plus important concepteur de logiciels pour entreprises au monde —, a gagné 84,6 millions de dollars en 2007 (les revenus d’Oracle, eux, ont grimpé de 25 %, et les profits de 29 %). Ses millions ne me choquent pas, surtout quand je les compare aux gains de 127 millions du golfeur Tiger Woods ou aux 260 millions gagnés par l’animatrice Oprah Winfrey.

Le Journal de Montréal soulignait en septembre qu’un jeune hockeyeur québécois n’avait que 0,036 % de chances de se rendre jusqu’à la Ligue nationale. Faut-il se scandaliser d’apprendre que ceux qui y parviennent sont presque tous millionnaires et que les plus remarquables reçoivent 10 millions de dollars par année ? Tous les joueurs du Canadien de Montréal gagnent davantage dans une saison que les 529 000 dollars du président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal.

Il en va ainsi pour les meilleurs gestionnaires et les financiers les plus malins. Vous remarquerez d’ailleurs que la carrière de tout ce beau monde est souvent en dents de scie et relativement courte. C’est payant d’être au sommet, mais on n’y reste pas longtemps.

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Et que gagne Chantal Peticlerc, l’athlète olympique la plus médaillée de l’histoire?

Que gagne le meilleur chirurgien à Montréal?

Le salaire n’est pas nécessairement lié à la compétence, mais plutot au secteur et au « monopole ».

N’importe quel pousseux de puck dans la NHL gagne son million, parce qu’il fait partie d’une business lucrative, les stades étant pleins de tifosis prêts à payer 80$ le ticket (et9$ la broue) pour trois heures de show pas toujours à la hauteur pourtant. Tant que les stades vont être pleins, les pousseux vont rouler sur l’or.

Pas grand monde pour voir Chantal Petitclerc sur son tricyle….

Lors du boom boursier de la fin du 20e, alors que tout montait, on se foutait des salaires de PDG (sauf le Robin des banques à qui on devrait aujourd’hui donner le Nobel). Mais là, alors que tout plante, on se rend compte que non seulement ils étaient incompétents, mais en plus ils étaient malhonnêtes.

Il y a de la bull shit là dedans.

Si le salaire était proportionnel à l’efficacité, le système financier serait présentement au 7ème ciel et non pas en enfer.

Si Costco est champion ce n’est certainement pas à cause du salaire mirobolant de son président.

C’est dans le —New York Times—- que j’ai découvert Costco sous un autre jour. J’ai appris que son président, Jim Sinegal, s’octroyait un salaire de 350 000$ par année, (plus un bonus de 200 000$). Pour le président d’une entreprise qui génère plus de 47 milliards de $ annuellement, c’est fort peu. Surtout si on compare son salaire avec les nausées d’argent consenties à d’autres grands dirigeants de multinationales (dont ceux de Wal-Mart)…

Jim Sinegal dit dans l’article: « Un individu qui fait 100, 200 voire 300 fois plus que l’employé moyen de son entreprise, c’est malsain. »

Les employés chez Costco reçoivent un salaire moyen de 17$, « 42% de plus que ceux de Sam’s Club » (le club d’achats opéré par Wal-Mart). (Blogue Opinions)

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Les analystes de Wall Street critiquent Sinegal pour ses prix trop bas et les trop bonnes conditions de travail de ses employés. Un dira même: « Il vaut mieux être un employé ou un client de Costco qu’un actionnaire. » (Blogue Opinions 2005)
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http://www.nytimes.com/2005/07/17/business/yourmoney/17costco.html?_r=1&adxnnl=1&incamp=article_popular_1&adxnnlx=1121956299-VowqhvxwsxSPEF3parr98A&oref=slogin

La rémunération des COE c’est une diversion qui n’a AUCUN rapport avec la situation actuelle.

Le salaire regarde les actionnaires d’une compagnie, pas l’état.

Gagnon

« Le salaire regarde les actionnaires d’une compagnie, pas l’état. »

As-tu déjà assisté à une réunion d’actionnaires dans ta vie?

Les salaires des cadres supérieurs devraient toujours être en rapport direct avec leurs performances. Et surtout pas de «parachute doré» pour les incompétents qu’on cr… dehors !
La situation actuelle aux USA est scandaleuse, faute de terme plus fort.

Les salaires des cadres supérieurs devraient toujours être à la discrétion des entreprises, point final.

Malheureusement, c’est trop souvent indécent.

Effectivement, ça n’a aucun rapport avec la crise actuel mais ça doit être frustrant pour le contribuable de 40 000$ par année de payer les pots cassés par le gars à 25 000 000$.

Mais le plus indécent c’est peut-être plus de voir le gouvernement leur venir en aide.

Et comme toujours dans notre système, on privatise les profits et on socialise les pertes.

N’en déplaise au « US Bashers » cette situation n’est pas limité qu’au USA. Mais ce n’est pas le point. Qu’un dirigeant reçoive un gros salaire (proportionnel à l’entreprise) je m’en fou. Qu’un dirigeant reçoive un bonus, si l’entreprise performe au dessus de la moyenne de l’industrie, passe encore. Mais si l’entreprise fait des pertes. Je ne comprend toujours pas pourquoi il aurait droit à une prime de départ.
En fait, par les temps qui court, n’importe quel twit, peu devenir PDG d’une compagnie rentable, la mettre dans la rue et recevoir une prime parce qu’on veut s’en débarrasser? Et celui, qui gère bien, il n’aurait que son salaire? Même un bonus, je questionne, parce que combien de « superstar » sont entrés dans une compagnie, fait des chambardements pour sauver des coûts…qui ce sont traduit par des bonnes performances pendant 1 ou 2 ans, mais ensuite il a fallu corriger le tir et revenir en partie en arrière. Mais notre surhomme était déjà parti avec son bonus « redresser » une compagnie ailleurs…et on recommence!

@ jacques noel:

Non car la question des salaires ne m’a jamais scandalisée. Je ne suis pas d’un naturel jaloux et envieux.

Quand je vois des entreprises demander à leurs travailleurs des concessions salariales alors que les cadres de ces mêmes entreprises conservent leur rémunération intacte et bénéficient de bonus à la fin de l’année, je trouve que quelque chose cloche dans le système. C’est le syndrome du pas dans ma cours. Avez-vous déjà évalué ce que représenterait une réduction de 1% du salaire des cadres et exécutifs d’une entreprise sur le cash flow?

Mais non, oh sacrilège toucher aux avantages des exécutifs? Partager le risque est la responsabilité de l’ensemble des acteurs du système économique.

Et ne venez me dire que mes arguments relève de la gogauche. La classe moyenne, à tout le moins ce qu’il en reste, se réveille et nos chers dirigeants n’aime pas ça. La récréation est terminé pour les dirigeants aussi.

Monsieur Duhamel!
L’indecence,c’est de comparer, comme vous le faites, les gains d’individus tels que Céline Dion.Tiger Woods,et bien d’autres qui doivent à chaque jour faire montre de talent et de créativité pour s’assurer de pouvoir poursuivre leur carrière,à des PDG qui encaissent des millions à même l’argent des petits investisseurs comme moi, même s’ils sont nuls et qu’ils cumulent des pertes incroyables.
Parlez nous de ces PDG qui font parti des mêmes conseils d’administration et qui se votent mutuellement des parachutes dorés !!!
Vous croyez à l’enrichissement personnel,et moi,à l’enrichissement collectif,c’est peut-être pour cela que vous défendez les excès du capitalisme et que vous ne prêchez pas pour une règlementation des marchés si cupides et sauvages.

Monsieur Duhamel,en trouvant quasiment raisonnables les profits engrangés par les dirigeants de compagnies,raisonne comme un financier. Je doute fort que la majorité des gens de la classe moyenne raisonnent de la même façon.Que Céline Dion gagne un revenu fabuleux est dû à son talent,à un bon impresario et aux fans qui sont prêts à payer $500.00 pour aller la voir.Dans le cas des chefs d’entreprise ET des investisseurs dans ces entreprises,c’est en fin de ligne le consommateur qui paie les revenus extravagants de ces « corporate bums » (comme dirait Ed Broadbend).Il est difficile de comprendre les gens qui se scandalisent de voir les médecins exiger de meilleurs revenus mais qui trouvent normal que des pousseux de rondelle sur la glace
empochent des dizaines de millions,que des chefs d’entreprise gagnent 400 fois et même plus que ce que les employés de leurs entreprises gagnent.Si j’étais chirugien,j’aimerais dire à un chef d’entreprise qui compterait sur mon scalpel pour lui sauver la vie : « tu te fais $250,000,000 par année,je gagne $4,000,000 ; crois-tu que ta vie vaut $246,000,000 ? » Je crois que l’on se comprend.

Raymond Maguire,
179 rue Philipp-Lenard,
Gatineau,Qc. J8V2R1
Tél.: (819) 561-2763

M. Duhamel écrit qu’il croit à l’enrichissement personnel!(Salaires des Patrons) Oui, l’effort va toujours être récompensé! Qu’on soit aux études, en thérapie, ou au travail. Mais il y a quand même un équilibre à maintenir. Et on ne peut pas mettre tous les secteurs et statuts économiques dans le même panier. Un salarié ne prend pas les mêmes risques que le travailleur autonome.
La cupidité n’est pas un effort, mais une obsession pour plusieurs.
Qu’en est-il de l’enrichissement collectif?
Les PDG ont une responsabilité morale et sociale dans la société! J’espère voir la classe moyenne aux USA le crier fort aux urnes le 4 nov. 08.

M.Grilo écrit la cupidité metra l,humanité a mort(des guerres)c,est rendu qu,une compagnie comme GM ou CHRISLER se font renflouer par le gouvernement les PDG demandes des prets si je n,me trompe pas 24 milliards et encore insufisant 30 milliards de plus pour leurs bisnes c,est de la follie le but d,un gouvernement est détourné en faveur d,un groupe ou un autre comme les banques .ILS vont remplacés ,voila d,autre PDG qui vont recommencé le meme manege les gens oublient,les gouvernement ne reste pas indéfiniment et le tour est joué.Autrement nous les petits contribuables ont est chargé de toute sorte de tax ce qui nous mine nos économies et forcément ont restera au bas de la société.Le domaine prometeur faire miroiter au gouvernement un manque a gagner ou aux épargnants de gros intérets voila le succes pour le haut de la société.