Des dollars difficiles d’accès

L’argent ne manque pas pour les entrepreneurs québécois… à condition d’être la bonne personne, avec le bon projet.

Les portes closes, André Nadeau connait. Depuis 18 mois, le président de Inpak Vehicles, une PME de Drummondville, fait le tour du Québec à la recherche de trois millions de dollars pour commercialiser un camion de vidange à collecte automatique, en vain. «Les fonds, les anges, la Caisse de dépôts et placements… je suis allé partout et j’ai obtenu peu de résultats», raconte avec amertume l’homme d’affaires qui a déjà investi deux millions dans l’aventure.

L’argent ne manque pourtant pas pour les entrepreneurs québécois. Sur papier, il y en a des milliards. Le défi, c’est d’y accéder.

La tâche s’avère relativement facile pour les compagnies établies, qui bénéficient de conditions économiques plus favorables que jamais. «Les taux d’intérêt sont à un creux historique, rappelle Pierre Cléroux, économiste en chef et responsable de la recherche à la Banque de développement du Canada (BDC). Les institutions financières ont de l’argent à prêter et elles le font». Le crédit accordé aux entreprises québécoises a ainsi grimpé d’environ 20 % entre le début de 2011 et la fin de 2012, selon les données compilées par la BDC.

Pour les entrepreneurs en démarrage, c’est une autre histoire. «Dans certains créneaux, il y a énormément d’argent disponible – parfois même trop –, tandis qu’il y a des trous ailleurs», critique la directrice générale du réseau des Société d’aide au développement des collectivités et Centre d’aide aux entreprises, Hélène Deslauriers.

Si vous êtes dans les nouvelles technologies avec un produit innovateur, mais simple, «les gens vont courir après vous pour vous financer». Mais si, comme André Nadeau, vous vous attaquez au domaine de l’équipementier, habituez-vous aux refus. Pareil pour l’agroalimentaire.

Ces oubliés de l’entrepreneuriat sont en partie le résultat d’un effet de mode. «Trop d’organismes font la même chose», critique Hélène Deslauriers en donnant l’exemple des fonds pour jeunes entrepreneurs. «On a mis un modèle sur pied en 1997 et depuis, plein d’autres nous ont suivis. Il ne faut pas s’imiter; il faut se diversifier!»

Encore faudrait-il que tout le monde sache qui fait quoi. Les organismes – CAE, CDEC, CLD, SADC, SADC –, sans oublier les acteurs syndicaux, multiplient les fonds – FLI, FDEM, FIER, FLS – et les programmes. «Nous-mêmes avons parfois de la difficulté à savoir qui peut aider une entreprise et à quelle étape, confie Errold Mayrand, directeur général du Centre d’aide aux entreprises de Drummondville. Imaginez les entrepreneurs!»

La logique du gouvernement ou des syndicats qui fournissent le capital pour ces fonds est simple : aider des entreprises à naître ou à grandir, c’est créer des emplois. C’est notamment le cas du Fonds local d’investissement (FLI), créé par Québec en 1998 et accordé aux entrepreneurs sous forme de prêts par les Centres locaux de développement et les Corportation de développement économique communautaire (CDEC).

Depuis, la CDEC Rosemont–Petite-Patrie, à Montréal, a prêté chaque dollar obtenu via le FLI à quatre reprises, affirme le coordonnateur du regroupement des CDEC, Denis Leclerc. «Mais aujourd’hui, on se dirige vers une pénurie», s’inquiète-t-il.

En 2012-2013, la CDEC de l’arrondissement Mercier–Hochelaga Maisonneuve a ainsi épuisé l’argent consenti par le FLI et doit maintenant attendre les remboursements pour effectuer de nouveaux prêts. «Et comme ils sont accordés sur cinq ans…» Bref, si le FLI n’est pas recapitalisé par le gouvernement, des entrepreneurs devront faire preuve de patience ou chercher de nouvelles sources de financements.

Photo : Erick Labbé/Le Soleil

Pourquoi ne pas aller voir du côté des anges financiers, ces investisseurs qui, en plus de fournir de l’argent, prodiguent des conseils pour le démarrage et le développement de l’entreprise? «Moi, j’investis dans n’importe quoi, dit le PDG du réseau Anges Québec, François Gilbert. Mais pas avec n’importe qui.»

Certes, l’homme d’affaires prend le temps d’analyser le projet, de s’assurer qu’il y a un marché. Sauf qu’ultimement, l’entrepreneur «compte davantage» que l’entreprise. L’une des qualités qu’il recherche le plus n’est pas la ténacité, mais la capacité d’adaptation. «Si on se fait toujours dire non, il faut comprendre pourquoi et changer d’approche.»

Photo : Erick Labbé/Le Soleil

Les plus populaires