L’équité entre les générations – Retour sur le rapport Godbout-Montmarquette

Ce qu’il faut pour régler nos problèmes de finances publiques, ce ne sont pas des décisions faites en toute hâte par peur du déficit de l’an prochain, mais une réflexion rigoureuse sur les dépenses et les revenus. 

Blogue EconomieDeux économistes de renom, Luc Godbout et Claude Montmarquette, ont produit bénévolement, en 10 jours, un rapport neutre sur les finances publiques du Québec.

Ce rapport, comme nous aurions pu nous y attendre de la part de ces deux économistes, est réfléchi et intelligent, mais nous nous devons d’être réfléchis et intelligents dans nos réactions. Faire des coupures trop rapidement, et sans une sérieuse réflexion, pourrait mener à des erreurs sérieuses — et, même, mener à une augmentation de la dette à long terme.

Comme nous l’avons expliqué dans le rapport qui accompagne l’Indice québécois d’équité entre les générations, le plus grand risque à la soutenabilité future du niveau de vie atteint par les jeunes est, presque certainement, la trajectoire future des revenus et des dépenses du gouvernement du Québec. Le vieillissement de la population mènera à une baisse significative de la croissance des revenus, tout en mettant de la pression sur la croissance des dépenses — notamment en santé.

Luc Godbout, dans une autre étude réalisée en collaboration avec plusieurs autres économistes, démontre que cela mènera — si nous suivons la course actuelle — à des déficits chroniques qui n’iront qu’en augmentant.

Il n’y a donc aucun doute que nous avons des décisions difficiles à faire à court, à moyen et à long terme. J’applaudis Philippe Couillard pour son honnêteté à cet égard.

Le court terme, par contre, est beaucoup moins important que le moyen et long terme. La dette nette du gouvernement du Québec s’élèvera à environ 191 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2014-2015, selon le plan budgétaire du PQ datant de février 2014.

Cela est si le gouvernement effectue des coupures supplémentaires de 3,2 milliards de dollars dans son prochain budget, comme le proposent les libéraux. Seulement 1,8 milliard en coupures a déjà été identifié par le Conseil du Trésor ; ainsi, 1,3 milliard de plus doit être trouvé dans les tiroirs déjà vides des ministères.

Ces coupures identifiées rapidement (le prochain budget doit être déposé en juin) — donc insuffisamment réfléchies et discutées — pourraient représenter des erreurs majeures. Elles pourraient aussi mener à un autre printemps de manifestations, ce qui ne ferait pas de bien à l’économie. Et dans quel but ? Pour que la dette à la fin de l’année soit de 191 milliards plutôt que de 192-193 milliards.

 

graphique-dette

 

Deux des mesures suggérées illustrent bien mon point.

Premièrement, le gel des salaires des employés de l’État est un bel exemple de mesures faciles qui pourraient faire plus de mal que de bien. Certains fonctionnaires provinciaux sont presque certainement trop bien payés, mais le contraire est probablement plus souvent vrai. Les fonctionnaires de Québec sont beaucoup moins bien rémunérés que ceux du fédéral ou que ceux de la Ville de Montréal.

Pour régler nos problèmes de finances publiques, nous aurons besoin d’idées innovatrices pour offrir le même niveau de services à la population, mais avec moins d’argent. J’admets que dans certains cas, il faudra réduire le nombre de fonctionnaires ou couper les augmentations de salaires, mais en général, ce ne sont pas des fonctionnaires mal rémunérés qui nous trouveront ces idées.

Deuxièmement, la privatisation partielle d’Hydro-Québec et de la SAQ ne fera rien pour réduire la dette à long terme, à moins que le gouvernement réussisse à obtenir plus que la valeur réelle des parts vendues. La dette sera réduite à court terme, mais la baisse des revenus de l’État qui résultera de la vente compensera exactement pour cette réduction à long terme. C’est un peu comme une famille qui vend sa maison pour la louer à la place. La dette de cette famille est évidemment réduite, mais ses actifs aussi et, à long terme, sa situation financière ne s’en trouvera pas améliorée.

Ce qu’il faut, ce ne sont pas des décisions faites en toute hâte par peur du déficit de l’an prochain, mais une réflexion rigoureuse sur les dépenses et les revenus. Il faut repenser la prestation de tous les services de l’État, surtout en éducation et en santé, et en incluant la rémunération des employés de l’État. Il faut trouver des façons d’accroître la croissance anémique des revenus, notamment en incitant les 55 ans et plus à prendre leur retraite plus tard. Il nous faut un plan sérieux et transparent pour résorber les déficits des 10 ou même 20 prochaines années.

Tous les partis, de même que de nombreux experts, devraient être impliqués dans la création de ce plan, qui devrait prendre un an ou deux. C’est d’ailleurs une des recommandations de Luc Godbout, mais qui a été moins reprise par les commentateurs.

Les employés des agences de notation et les investisseurs dans les marchés financiers ne sont pas naïfs : la dette de 191 milliards plutôt que 192 milliards ne les impressionnera pas. Eux aussi désirent un plan à moyen et à long terme — pas des mesures d’austérité mises en place trop rapidement qui pourraient faire mal à notre économie.

Nous devrions donc prendre moins de décisions dans les deux prochains mois, et davantage dans les deux prochaines années. Philippe Couillard est d’ailleurs neurochirurgien de formation : il devrait être plus à l’aise avec un scalpel qu’avec une machette…

[1] Les données pour 2000 à 2015 proviennent du ministère des Finances et de l’Économie. La prévision pour 2030 provient du scénario de base de l’étude La soutenabilité budgétaire des finances publiques du gouvernement du Québec, par Luc Godbout et al., 2014.

 

* * *

Alexis Gagné est analyste stratégique à la Fondation Chagnon, qui vise à prévenir la pauvreté en misant sur la réussite éducative des enfants du Québec. Les opinions exprimées ici sont purement les siennes.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Quel commentaire éclairant
Merci!
Souhaitons que Philippe Couillard sorte son scalpel plutôt que sa machette

Bonsoir,la dette du Quebec est de plus de 200 milliards car la devaluation de nos infrastructures est de 20 milliards et pour la decontamination des sols du secteur minier et des sous sols est de beaucoup de $$$$$$$$$ de dollars sur une periode de 85 ans.Il faut mettre l’entretient et le developpement de nos infrastructures dans la dette,ef aussi les importations VS les exportations qui donnent moins 35 milliards.
Les bugets depuis 1976 ont toujours ete fait en « PREVISION » de du PIB et de la hausse et de la baisse du dollar canadien.
Les budgets depuis 1976 aurait du etre fait en » FONCTION » de du PIB et de la hausse et de la baisse du dollar canadien.
Pourquoi ? bien quand la prevision n’est pas au rendez-vous depuis 1976 bien les depenses sont en fonction des previsions voila pourquoi la dette a ete en croissance depuis 1976 pour se rendre en 2014 avec une dette de plus de 200 milliards voila le bilan et le passe me donne raison.
La solution est entre les mains de M.Daoust et de nous tous il faut augmentation de nos exportations pour venir en stabilisation avec nos importations pour avoir un PIB stable pour faire un budget en FONCTION de notre argent neuf pour les depenses,l’argent neuf voila la solution.
Dpuis 1976 la fructuration du dollar canadien est connu,le vieillissement de la population aussi ,la devaluation de nos infrastructures aussi puisse que ils ont ete comptabiliser ,les importations vs exportations pour le PIB aussi etait connu car depuis la crise du bois d’oeuvre et du papier bien le Quebec a toujours baisser pour ses exportations et avec un dollar canadien fort pendant plusieur annees etait une recette tres,tres,negative pour nos exportations,alors pour conclure temps et aussi longtemps que nos exportations ne serons pas stabilises bien il faut faire des budgets en FONCTION de notre argent neuf , le Quebec a besoin d’un grand menage au niveau de ses depense car si rien n’est fait bien ce sera l’exode de nos jeunes car si il reste que 40% d’argent sur leur cheque de paye bien exode est sur,voila pourquoi le Quebec a besoin d’un traitement « CHOCK » de quatre ans pour l’avenir de vous,de moi,de nous tous et surtout nos enfants et petits enfants et si il vous reste un seul petit doute bien regarder les budgets des annees du passer et vous aller comprendre et si vous avez pas compris bien ce sera l’exode des jeunes et des plus vieux aussi.
Alors bonne reflexion car il n’y a plus de place a erreur..

En supposant une croissance réelle de 1,5% par an et la même inflation de 2015 à 2030 que de 1995 à 2010, on arrive à un ratio de dette nette sur pib qui passe d’environ 50% à environ 67%.

Ok, pas merveilleux (et mes suppositions sont peut-être un peu à côté de la plaque, j’ai fait ça sur un coin de table), mais juste pour relativiser un peu. Un effort important est nécessaire, mais à voir ce simple graphique, le poids de la dette a l’air d’exploser.