Et si Accurso n’était pas Accurso… (AJOUT en italique)

Oublions la Commission Charbonneau. Oublions les condamnations pour fraudes fiscales. Oublions le Touch, le yacht le plus médiatisé de l’histoire du Québec. Oublions les accusations de corruption. Oui, je sais, cela demande un effort conceptuel considérable. La réalité du secteur de la construction, c’est aussi des histoires louches et des personnages troubles et Accurso n’est pas le moindre.

Soyons clair : je n’accorde aucun mérite à quelqu’un qui pratiquerait la tricherie, la corruption et  l’intimidation comme axe de développement. Je n’ai aucun respect pour les filous. Mais en lisant l’interview de Francis Vailles avec Accurso mercredi dans La Presse, je trouvais que cette histoire aurait été remarquable, n’eût été de ce que l’on sait et que l’on soupçonne. Ce n’est pas tout le monde qui hérite d’une entreprise de 75 employés pour en faire 30 ans plus tard le géant de son secteur avec 3500 personnes à son emploi et des revenus d’un milliard. J’ai remarqué dans le développement de l’empire Accurso les trois stratégies suivantes :

1. C’est un champion et un précurseur du dialogue syndical-patronal et un immense allié de ce qui était à l’époque une expérience hasardeuse, en l’occurence le Fonds de solidarité de la FTQ. Le Fonds sera tour à tour un partenaire (Galeries Laval), un client (pour la construction du siège social de la FTQ et du FSTQ) et un financier pour l’acquisition de Simard-Beaudry. Indépendamment de ce que l’on pense des syndicats et du Fonds, Accurso a su flairer une opportunité avant tout le monde et cela l’a très bien servi.

2. C’est un intégrateur qui a compris que la croissance par acquisitions lui permettrait de détenir une situation enviable dans le marché. Au-delà des actions qui auraient pu être posées pour décrocher des contrats, c’est la taille de l’empire Accurso qui en a fait un interlocuteur incontournable. Peu d’entreprises de ce secteur ont les capacités humaines, techniques et logistiques pour décrocher les grands contrats de voirie.

3. C’est aussi une entreprise intégrée verticalement. Le groupe Accurso est auto-suffisant, chaque filiale et division faisant travailler les autres. Cela explique aussi pourquoi il a moins d’amis qu’il ne le pensait dans son secteur.

Ces trois leçons sont universelles en affaires alors que les meilleurs entrepreneurs veulent acquérir une position dominante. Cela n’excuse ni ne justifie aucun comportement répréhensible ou illégal qui pourrait avoir joué un rôle dans l’expansion de cet empire.

L’entreprise est maintenant à vendre et ce groupe a une valeur économique en soi qui pourrait intéresser des acquéreurs. Qui pourrait en être l’acheteur et à quel prix, voilà deux bonnes questions.

L’image du groupe est avariée et on peut présumer que l’industrie de la construction – au niveau des grands travaux civils en tout cas – ne sera plus la même après la publication du rapport de la commission Charbonneau. On peut aussi présumer que les gouvernements ne pourront pas maintenir les investissements publics au même rythme que dans les années passées. C’est intenable.

La construction a été la drogue miracle qui a permis à l’économie québécoise d’éviter le naufrage. Les dépenses sont passées de 17,8 milliards de dollars en 2000 à 31 milliards en 2008. Les dizaines de milliers d’emplois créés depuis 2000 ont compensé en bonne partie les pertes d’emplois enregistrées dans le secteur manufacturier.

Est-ce un secteur poussif et à la remorque du reste de l’économie à cause de ses pratiques douteuses ? Le bilan sera fait pour ce qui touche les finances publiques, mais tout ne serait pas noir pour l’économie dans son ensemble. Outre la création d’emplois, les entreprises québécoises seraient particulièrement productives.

Une étude publiée en juin par le Centre sur la productivité et la compétitivité de HEC-Montréal lui attribuait une bonne part de la croissance de la productivité du travail au Québec entre 2000 et 2010. La productivité du secteur a crû de 8,39 % au cours de cette décennie, alors qu’elle enregistrait des baisses dans le reste du Canada et en Ontario. Malgré tout ce que l’on entend, le secteur serait plus performant au Québec qui ne l’est dans le reste du pays.

Ce sera à la Commission Charbonneau de séparer le bon grain de l’ivraie dans son scanner sur l’industrie de la construction.

 

 

 

 

 

 

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11 commentaires
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Ben oui si je jette de la paille sur un feu ça fait un beau grand FEU DE PAILLE.

Et la compagnie qui fait la paille se porte bien (surtout si elle arrive à se débarrasser de ses concurrents avec des magouilles et la participation du crime organisé)

A propos on fait quoi quand le feu s’éteint?

Les libéraux se pètent les bretelles pour s’enorgueillir de la baisse des coûts de construction dans les contrats de voirie ect… au Ministère des transports du Québec et à la Ville de Montréal depuis le déclenchement de l’enquête Marteau. Comment les libéraux expliquent-ils que les dons à la caisse libérale ont fondu de moitié depuis 2010 si ce n’est que les Zambito et compagnie, les firmes d’ingénieur avec leurs prêtes-nom sont devenus plus prudents ?

Dons récoltés par le parti libéral du Québec

2003 8 369 876$
2004 8 848 021$
2005 8 203 464$
2006 8 351 270$
2007 7 168 880$
2008 9 269 112$
2009 7 176 851$
2010 4 916 788$
2011 3 765 469$

Bizarre, ca n’intéresse personne icite

http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201210/17/01-4584065-les-actifs-daccurso-ninteressent-pas-la-caisse-et-snc.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_hotTopics_sujets-a-la-une_1664122_accueil_POS2

La Caisse de dépôt et SNC-Lavalin n’ont aucun intérêt à acquérir les actifs de Tony Accurso s’ils sont mis en vente. Et fait, malgré le souhait de l’entrepreneur de conserver ses entreprises au Québec, ce sont surtout les firmes étrangères qui risquent de se porter acquéreur, selon les observateurs consultés par La Presse Affaires

Monsieur Duhamel,

Vous avez le droit d’encenser qui vous voulez, si ce n’est qu’en tant que modèle d’intégration verticale… on repassera. Ici, il serait plus prudent de parler d’intégration en trois dimensions. Il y a de toute évidence une profondeur ici, celle tragique de l’édification du mensonge et de la transcendance humaine que vous ne saisiriez pas.

Dans ce secteur d’activité, j’ai un autre modèle, un français : celui de Francis Bouygues, il a fait de sa petite entreprise un géant mondial non seulement du bâtiment et des travaux publics, mais aussi un acteur dominant de la télévision et des télécommunications. Il a légué des entreprises saines à ses enfants. Et tout cela, autant que je sache, s’est fait dans le respect des lois (il est vrai que ses compagnies emploient beaucoup d’avocats). Tout cela n’a jamais été un obstacle au dialogue direct avec ses employés et les syndicats.

Quant à la valeur intrinsèque des entreprises de monsieur Accurso, personne ne dit nulle part le contraire. Dès lors que vous parvenez à une certaine expertise dont l’utilité n’est pas remise en cause (vu l’état de nos infrastructures) cela a de la valeur ; c’est un fondamental de l’économie de marché qui par ses origines est plus souvent qu’autrement encore arbitrée par des prédateurs carnassiers.

L’expertise acquise dans cette discipline va sans doute rester ; elle pourra être exploitée à bon escient par d’autres suivant les règles de l’art en conformité et dans le respect de l’éthique. En outre, certaines entreprises issues de cette obscure nébuleuse pourraient tout aussi bien être reprises avec succès par des employés qualifiés.

Comme ça, le pire des bandits peut avoir de bonnes stratégies d’affaire. Merci de l’info, on s’en doutait pas. Quel texte inutile.

Ce qui me réjouirait beaucoup ce serait de voir qu’aucun entrepreneur québécois ne soit intéreessé aux sociétés de Accurso mais que quelques sociétés canadiennes anglaises le soient aau point de faire des offres d’achat intéressantes.

Ne reculant devant aucun illogisme, ça forcerait le Parti québécois à tenter de sauver la propriété québécoise de sociétés supposémment associées au Parti Libéral et à la mafia…

Du bonbon…

Disons que c’est plus simple de réussir en affaires lorsqu’on contourne les règles. Mais bon, comme certains s’imaginent qu’il ne devrait pas y avoir de règles, et que le marché peut tout régler, il ne faut pas s’étonner de voir ce genre de texte.

Avec de l’argent sale, beaucoup beaucoup d’entrepreneurs feraient des miracles! Comment peut-on encenser une oeuvre qui repose sur du vol? La mafia aussi a plusieurs commerces florissants…

Pas seulement l,argent aux partis politiques,la qualité des routes égouts et le reste a un prix très élevé et payer par nos taxes,réveillons nous!!!

Tombez dans le panneau…
Accurso est devenu une vedette: un beau bateau, la grosse vie et surtout il est brillant. Il a déjoué le système et est devenu archi riche, ses employés l’aiment…wow, il est digne d’admiration.
Il y a combien d’entrepreneurs honnêtes qui ont fait faillite ou qui se sont retirés du marché grâce à Accurso? Quand tu as de l’argent, c’est facile d’engager des comptables, fiscalistes, avocats pour organiser tes affaires et déjouer le système. Vous pensez qu’il a fait ça seul?
On paie combien de taxes de plus pour avoir enrichi Accurso? Il a contaminé combien de gens en les embarquant dans ses combines. Il a contribué à pourrir l’industrie de la construction.
Mais, il fait partie des gens riches et célèbres et dignes d’admiration. Deviens riche, peu importe comment, l’important c’est d’avoir de l’argent.
Des Accurso, il y en a combien dans le domaine des finances. Vous avez perdu combien dans vos REER en 2008-2009, grâce à ces gens dignes d’admiration?
J’admire aussi Vincent Lacroix;il pouvait se payer Chez Paré à tous les jours.
J’admire aussi Carole Morinville; quel chic robe elle avait à son mariage.
J’admire aussi Madoff, quel brillant homme.
Être brillant, sans éthique, voilà ce que ça donne.