États-Unis: mauvais karma

Les États-Unis souffrent de trois maux graves: sous-réglementation financière, minidépression et iné­galités de richesse extrêmes.

Photo : Gérard Dubois

Plusieurs maux affligent présentement l’économie américaine. Le marché financier est mal réglementé. Depuis les années 1970, les Américains sont devenus très permissifs en matière de prise de risque bancaire. Leur foi exagérée dans les vertus autorégulatrices du marché leur a fait négliger d’encadrer les nouvelles institutions financières qui sont apparues (banques d’investissement, holdings bancaires, fonds de couverture) de même que les nouveaux produits financiers (ou dérivés) qui ont été lancés. En conséquence, les crises financières se sont succédé. On a eu la crise des sociétés de crédit hypothécaire dans les années 1980, des « technos » en 2001, de l’immobilier en 2007 et des banques en 2008.

Ces deux derniers épisodes ont entraîné une énorme chute – 120 000 dollars – du patri­moine de la famille américaine moyenne. Le crédit s’est contracté, les ménages et les entreprises ont cessé net de dépenser, et le pays a sombré dans sa plus grave réces­sion en 80 ans. En 2008 et 2009, l’économie a perdu en tout neuf millions d’emplois, alors qu’elle en aurait gagné trois millions en temps normal. Trois ans plus tard, en 2012, le taux d’emploi végète encore dans les profondeurs. On ne parle plus d’une récession, mais d’une minidépression.

La tranche la plus riche des Américains s’en sort néanmoins très bien. La part du revenu national captée par le 1 % le plus riche a connu une ascension vertigineuse depuis 35 ans. Elle est passée de 9 % en 1977 à 24 % en 2007, avant de subir une baisse passagère en 2008-2009. Les consé­quences de cette concen­tra­tion extrême sont inquié­tantes, pour la démocratie comme pour l’économie. Avec autant d’argent, cette richissime élite finance l’élection des membres du Con­grès et du Sénat qui font son affaire. En retour, le Congrès vote des lois qui favorisent les très riches. On se renvoie l’ascenseur.

Aucun changement de tendance n’est en vue. Le Congrès républicain bloque toute expansion des dépenses fédérales (infrastructures, transferts aux États, etc.) qui pourrait enfin lancer la reprise. Quant à la réglementation financière, le candidat républicain à l’élection prési­dentielle de novembre prochain, Mitt Romney, a promis de démanteler le début de réforme que le président Obama a fait voter par le Congrès en 2010. Sa campagne est massivement appuyée par Wall Street. Pendant ce temps, la part du revenu national absorbée par le 1 % le plus riche a remonté depuis le creux de 2009. Cerise sur le gâteau, le candidat Romney a annoncé de nouvelles réductions d’impôt en faveur des plus riches s’il est élu.

Le Québec est jusqu’ici largement exempt des maux qui affligent les États-Unis. Pre­miè­re­ment, le système financier canadien, qui encadre les institutions québécoises, est généralement considéré comme le plus fiable au monde. Deuxièmement, pendant la récession de 2008-2009, la chute de l’emploi au Québec a été trois fois moins prononcée qu’aux États-Unis, et depuis lors, nous avons récupéré presque tout le terrain perdu. Troisiè­me­ment, juste avant la récession, la concentration de la richesse parmi le 1 % le plus riche chez nous absorbait 11 % du revenu national, soit moins de la moitié des 24 % enregistrés aux États-Unis. Les riches du Québec sont moins nombreux, moins riches et plus imposés qu’au sud.

Néanmoins, ce qui se passe aux États-Unis n’est pas sans conséquence pour le Canada et le Québec. L’emploi et le revenu chez nous dépendent de la vigueur de l’économie américaine. Et l’instinct d’imitation avéré du gouvernement Harper pour ce qui est des politiques conservatrices américaines a de quoi faire peur.

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