Être un «maire-keting»

Des maires de plusieurs municipalités québécoises, dont Bromont, Shawinigan et Varennes, s’impliquent de plus en plus dans le développement économique de leur collectivité… quand ils ne travaillent pas à faire connaître leur ville à l’international.

michel-angers
«Faire un virage PME, ce n’est pas une mince affaire. Nous sommes en train de bâtir notre avenir.» – Michel Angers, maire de Shawinigan (photo : François Pesant)

La dernière fois que j’ai croisé la mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, elle s’apprêtait à partir pour Milan, où elle devait rencontrer les dirigeants de la chambre de commerce et les représentants d’une vingtaine d’entreprises de microélectronique et de fabrication de pointe.

« Ce fut un beau succès, m’a-t-elle dit quelques semaines plus tard. Nous voulions sonder leur intérêt pour une implantation en Amérique du Nord, plus précisément à Bromont. Nous voulions aussi tester notre nouvelle vidéo promotionnelle. »

Pauline Quinlan veut faire connaître sa ville à l’international. Son joyau, c’est le Parc scientifique Bromont, qui accueille des géants mondiaux, comme IBM, GE et le fabricant de semi-conducteurs Teledyne Dalsa. On trouve chez elle la plus forte concentration d’emplois en microélectronique au Canada : 80 % des 5 000 personnes qui y travaillent occupent un emploi spécialisé dans les hautes technologies et 70 % ont un diplôme universitaire.

Michel Angers, maire de Shawinigan, a un autre type de défi sur les bras. Cet ancien dirigeant régional de la CSN a entrepris de convertir un vieux bastion industriel et ancien temple de la grande entreprise en une « communauté d’entrepreneurs » technologiques et numériques.

Après avoir beaucoup lu et parcouru le Québec pour s’imprégner des meilleures idées, il est devenu le plus grand évangélisateur de l’entrepreneuriat et de la PME. Il a favorisé la création d’un incubateur dans les locaux de l’ancienne usine de textile Wabasso, auquel il a joint le Digihub, un centre qui accueillera des entreprises en démarrage spécialisées dans l’économie d’énergie et les jeux numériques, secteurs où des sociétés sont déjà actives à Shawinigan.

Michel Angers a même été invité à faire partager son expérience, en début d’année, lors de la 10e conférence annuelle sur les partenariats et le développement local de l’OCDE, à Stockholm. Mais ce qui lui fait le plus plaisir, c’est que parmi les jeunes de 18 à 34 ans de Shawinigan, il y a proportionnellement près de trois fois plus de propriétaires d’entreprises que dans l’ensemble du Québec (12,5 %, comparativement à 4,8 %).

Aux États-Unis, on parle d’une « révolution métropolitaine » pour décrire ce mouvement des villes qui sont en voie de maîtriser leur destinée et deviennent les principaux acteurs de leur croissance économique.

Le mouvement est bien présent au Québec, où les maires s’impliquent de plus en plus dans le développement économique de leur collectivité. « Le défi de la démographie nous amène à voir plus loin que l’entretien des égouts et des rues, explique Éric Forest, maire de Rimouski et ancien président de l’Union des municipalités du Québec. Je dois attirer dans ma ville de nouvelles familles et des gens compétents. Les élus doivent dorénavant porter une vision pour assurer la prospérité de leur ville et mettre en valeur les principes du développement durable. »

Une ville peut même faire de l’argent, dit Martin Damphousse, surnommé le « maire-keting » de Varennes. Sa ville a acheté à Hydro-Québec un terrain de 855 000 m2, qu’elle a payé 6,5 millions de dollars. Elle l’a mis en valeur et, deux ans plus tard, elle en a vendu la moitié pour 23 millions de dollars !

Ce terrain accueillera le nouveau siège social du Groupe Jean Coutu et son millier d’employés, ce qui générera des recettes fiscales supplémentaires de 1,5 million de dollars annuellement. Varennes a attiré 20 nouvelles entreprises depuis quatre ans, et Martin Damphousse a en tête plein d’autres projets rentables.

C’est d’ailleurs dans sa ville que le taux d’imposition est le plus bas de la Rive-Sud. « Nous avons réduit notre dette, nous payons comptant nos travaux et il nous reste des millions en banque », conclut ce maire, qui a tout un sens des affaires.