Facturez au suivant !

Aussi loin qu’on puisse voir, les difficultés financières ne cesseront de s’accumuler pour le gouvernement du Québec.

Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne
Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Plus ça change, plus c’est pareil. Comme dans les années 1990, le gouvernement du Québec est présentement aux prises avec une importante crise financière. Le budget de mars dernier a montré que, s’il laissait aller les choses, le gouvernement pourrait se retrouver avec un déficit de 10 milliards de dollars en 2013, même si la reprise économique avait toute la vigueur qu’on souhaite.

Ce nouveau dérapage a plusieurs sources. Québec a beaucoup réduit les impôts depuis 2003. Le budget de la Santé et des Services sociaux est en mode explosif depuis 10 ans. Ottawa vient de décider (sans avertir) de plafonner ses transferts aux provinces. Enfin, les déficits accumulés pendant la récession et les emprunts pour la réparation des infrastructures feront augmenter les charges annuelles d’intérêts à payer de plusieurs milliards d’ici 2013.

Afin de corriger la situation, la ministre Jérôme-Forget a annoncé que les dépenses seraient comprimées, que les tarifs seraient indexés et que la TVQ serait augmentée à 8,5 %. Avec ces mesures, le déficit budgétaire ne serait plus de 10 milliards, mais de 4 milliards en 2013. Le nouveau ministre des Finances, Raymond Bachand, devra faire d’autres belles trouvailles pour effacer ces 4 derniers milliards de déficit.

Ça ne sera pas facile. Mais même si l’opération réussit, le calvaire ne sera pas terminé pour le gouvernement. Dès les années 2010, Québec devra affronter les conséquences financières du passage à la retraite de la populeuse génération des baby-boomers. Il y a 1,2 million d’aînés présentement au Québec ; dans 20 ans, en 2029, il y en aura 2,1 millions. Or, tandis qu’une personne de moins de 65 ans coûte en moyenne 1 600 dollars par année en soins de santé à l’État, une personne de plus de 65 ans en coûte six fois plus – 10 000 dollars.

Cela veut dire que la pression sur le budget du ministère de la Santé et des Services sociaux s’amplifiera considérablement. Le simple vieil­lissement de la population aura ajouté 6 milliards de dollars au budget de la Santé en 2019. En 2029, l’ajout sera de 19 milliards.

Quoi qu’il arrive, il faudra payer la facture. Il s’agit de savoir qui paiera et comment. Évidemment, si par bonheur l’enrichissement collectif s’accé­lérait, on aurait davantage de moyens pour financer la santé. Rêvons.

On peut chercher à réduire les coûts du système de santé public. On a essayé ça dans les années 1990, mais on a mis le système en péril en poussant des milliers de professionnels et de techniciens à la retraite et en laissant aller les infra­structures à l’abandon. À l’avenir, il faudra trouver des moyens plus intelligents d’économiser de l’argent. On pourrait aussi ouvrir la porte au secteur privé. Mais cela soulève toujours beaucoup de controverse.

Comprimer les dépenses dans les domaines autres que la santé et les services sociaux ? On le fait depuis 15 ans. Sabrer encore plus est possible, mais il y aura des limites, car de nombreux programmes sont déjà exsangues.

On peut enfin augmenter les tarifs, les impôts et les taxes sur certains services. En bon écureuil, le gouvernement met présentement de côté un milliard par année dans son Fonds des générations, afin de protéger les générations à venir contre un alourdissement insensé du fardeau fiscal. Mais ce milliard annuel est nettement insuffisant par rapport au coût énorme du vieillissement. Pour égaliser le fardeau entre les générations, c’est quatre ou cinq milliards qu’on devrait investir annuellement dans ce fonds. Il faudrait immé­diatement considérer des sources additionnelles de finan­cement, comme l’augmentation des tarifs d’électricité et de l’impôt sur le revenu.

Assurer à la fois des ser­vices publics de qualité à nos parents vieillissants et l’équité à nos enfants coûtera cher. Le choix est clair : ou bien nous adhérons à ce double objectif moral et nous acceptons de contribuer à en payer le prix, ou bien nous partons sans payer plus et laissons nos enfants payer seuls le gros de la facture.

 

ET ENCORE…

On trouvera à l’adresse suivante les nouvelles projections démographiques de l’Institut de la statistique du Québec jusqu’en 2056 et les explications pertinentes :

stat.gouv.qc.ca/publications/demograp/perspectives 2006_2056_pdf.htm

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