Faut-il avoir peur des marchés boursiers?

Les Bourses mondiales chutent en corrélation, laissant croire que les problèmes sont d’importance égale à l’échelle planétaire. Pourtant, la situation réelle est bien moins précaire qu’elle en a l’air.

Photo: Richard Drew/AP Photo
Photo: Richard Drew/AP Photo

Les marchés boursiers mondiaux chutent lourdement en ce début 2016. Comment se protéger? Cimon Plante, vice-président gestionnaire de portefeuille à la Financière Banque Nationale, sort sa boule de cristal.

Est-ce le moment de paniquer?

Il est vrai que depuis le 1er janvier, les Bourses mondiales chutent en corrélation (-10,67 % pour le S&P/TSX à Toronto, -10,74 % pour le S&P500 à New York, -9,11 % pour le FTSE à Londres, -15,89 % pour le Shangai Composite), laissant croire que les problèmes sont d’importance égale à l’échelle planétaire. Pourtant, la situation réelle est bien moins précaire qu’elle en a l’air: rappelons-nous que du côté des États-Unis, nous avons observé des résultats forts encourageants du côté de l’emploi. Les économistes s’attendent à une croissance de leur PIB oscillant autour de 2 % (ils ne sont pas en croissance économique, mais certainement pas en récession). Le pays est aussi en pleine période de divulgation des résultats financiers des entreprises, et plusieurs sociétés (incluant les banques américaines) ont affiché de bons résultats.»

La Chine se dirige-t-elle vers un krach?

L’économie de la Chine est en plein changement: elle passe d’une économie stimulée par les infrastructures et les exportations à un modèle de croissance économique axé sur le consommateur. Il y a certes un apprentissage à faire, et cela prendra du temps: actuellement, les Chinois épargnent une importante portion de leur salaire, et comme le mentionnait un article du Financial Times, les entreprises en Chine ne produisent pas encore de produits adaptés à cette nouvelle vague de consommateurs.

Mais pensons en termes globaux et souvenons-nous qu’il y a bien d’autres clients dans le monde que les Chinois: la Chine consomme environ 2 000 milliards de dollars américains en biens et services par année, tandis que le commerce mondial (en excluant la Chine) est estimé à environ 60 000 milliards de dollars américains.

En tant qu’investisseur, quelle est l’attitude à adopter?

À l’échelle mondiale, la grande majorité des sociétés ont perdu une partie de leur valeur boursière. Par contre, bon nombre de sociétés n’ont pas vu leur valeur économique réelle baisser (et si tel est le cas, elle ne l’a pas fait autant que le prix de son action), et c’est là que l’on trouve le profit: lorsqu’on acquiert une entreprise à un prix inférieur que sa valeur intrinsèque.

Lorsque nous acquérons une société, plutôt que d’analyser la psychologie des investisseurs afin de deviner où son prix sera dans une semaine, mon équipe et moi effectuons plutôt une analyse financière réelle de celle-ci, et ce nonobstant le sentiment temporaire s’y rattachant. Comme l’a mentionné l’économiste Benjamin Graham: «Le marché, au quotidien, n’est pas un analyste fondamental, mais un baromètre du sentiment des investisseurs».

Dès lors, ce que j’observe dans le marché est le reflet d’un mouvement d’inquiétude, plutôt qu’une évaluation juste et réelle du prix des actions. Comme l’a bien dit Howard Marks, célèbre investisseur et fondateur de la société Oaktree Management, dans sa plus récente note aux investisseurs: «Le marché est le reflet de la moyenne des décisions de tous ses intervenants. […] Je ne dis pas que le marché n’est pas juste quand les prix montent ou descendent. Je dis simplement que le marché n’a pas une vision presciente, et il ne transmet pas toujours un message qui est utile. Ce n’est pas que le marché a toujours tort, mais plutôt que nous n’avons aucune raison de présumer qu’il a toujours raison. Les mouvements futurs des prix ne peuvent qu’être basés entre la relation du prix d’une société et sa valeur fondamentale. Et, compte tenu de la volatilité et de l’irrationalité à court terme du marché, ce calcul ne peut être fait qu’en se basant sur des tendances à long terme. Pour les tendances à long terme, le marché n’a rien d’utile à contribuer au sujet.»

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Article partiellement utile, mais peu documenté. Conclusion sans grande introspection et analyse. Bon pour les novices à la bourse.

La réalité est que c’est la structure des marchés financiers qui a évoluée ou à tout le moins changée au fil du temps. Non seulement sur la valeur et le volume des échanges dans diverses parties du monde, mais aussi sur la manière dont sont segmentés les marchés financiers.

Ainsi ce n’est pas le marché boursier qui retire la part du lion, mais le marché des devises et des changes (Forex), auquel s’adjoint celui des marchés dérivés dont bon nombre sont adossés (hedge funds) à ces transactions. Pourtant nous savons que ce type de fonds ont été à la base de la crise de 2008. Ceux qui s’imaginent que le marché des dérivés est plus sécuritaire maintenant qu’il n’était en 2008, se trompent. Le marché des dérivés n’a pas changé.

Ce qui pousse certaines devises à la baisse, dont notamment le dollar canadien, ce n’est pas seulement la baisse de la valeur du baril du pétrole. C’est aussi parce que les cambistes profitent de la baisse de la valeur du pétrole pour jouer à la baisse le dollar canadien. Ils multiplient par le fait même le volume des transactions qui ont une valeur comme telle peu importe que la transaction soit à la hausse ou à la baisse.

En 2010, il s’échangeait déjà près de 4000 milliards de dollars par jours de devises. Trois ans plus tard le volume dépassait 5300 milliards et depuis il est pratiquement à peu près inchangé. En 2010, le volume de ces échanges représentait déjà 15 fois la valeur de tous les PIB mondiaux combinés. Quarante ans plus tôt ce volume représentait seulement 20% des PIB combinés.

Faudrait-il parler ici de spéculation ?

Globalement, ce qui a produit une certaine richesse (artificielle ?), c’est la croissance exponentielle depuis une quinzaine d’années du volume des toutes sortes de transactions, de telle sorte que le marché boursier traditionnel est presque devenu marginal, détournant l’argent destiné aux investissements productifs vers toutes sortes d’autres instruments financiers.

Peut-on maintenir indéfiniment un volume de transactions aussi élevé sans que ces transactions ne soient adossées à la création réelle de biens de toutes sortes ?

La création et la production de bien repose sur les entreprises, sur la consommation de ces biens et sur le fait qu’il y a une masse suffisante de consommateurs pour acheter ces biens. Ce qui signifie des gens qui travaillent, qui ont un emploi et perçoivent de leurs activités un revenu équitable.

Dans le contexte actuel au niveau mondial. Le besoin pour toutes sortes de produits et services existe. Si ce n’est que le nombre de personnes qui peuvent ou pourraient avoir accès aux biens et services stagne. Puisqu’il est impossible actuellement de faire circuler la richesse à tous les niveaux de la société en raison de la structure même des marchés.

Seule une reconstitution profonde de la structure des marchés financiers orientée vers la production de biens, permettrait de donner un équilibre et un sens aux activités humaines en général, donnant au plus grand nombre par leur contribution à la société, le pouvoir de troquer des valeurs (monétaires ou autres) échangeables contre des biens et des services nécessaires et/ou utiles à tout leur bienêtre.

Ce jour n’est pas venu. L’année 2016 risque d’être une année turbulente au niveau des marchés financiers. Pas tellement de quoi se réjouir pour les investisseurs, que ce soit les simples particuliers ou les investisseurs institutionnels qui servent quelquefois à assurer une retraite décente à bon nombre de citoyens.