Faut-il réglementer le salaire des patrons ?

Barack Obama a raison : les financiers de Wall Street ne peuvent pas à la fois quêter des centaines de milliards de dollars pour sauver leurs institutions et se servir de l’argent des contribuables pour s’accorder des salaires et des bonus indécents. Il y avait là matière à scandale et je suis étonné que les grands défenseurs des payeurs de taxes se soient rangés d’un bloc en faveur des banquiers déchus, mais jamais repus.

Ceci dit, en des circonstances normales, les gouvernements n’ont pas à dicter aux entreprises privées combien leurs dirigeants doivent être payés. C’est au conseil d’administration et aux actionnaires de l’entreprise de trancher. J’entends déjà vos arguments : les actionnaires se taisent, les conseils avalisent n’importe quoi et la démesure triomphe.

Et vous avez en partie raison, la crise actuelle s’explique en grande partie par d’énormes problèmes de gouvernance. Néanmoins les actionnaires ont toujours la liberté d’aller voir ailleurs et de choisir les entreprises qui leur paraissent les plus performantes, les plus intéressantes et même les plus éthiques.

Cette liberté est au cœur du système. Légiférer ou réglementer sur le niveau de rémunération des dirigeants d’entreprises que des législateurs ou des fonctionnaires jugeront convenable est un immense piège et une effroyable bêtise.

Chaque poste de direction est unique et son mandat s’inscrit dans un contexte économique, un cadre organisationnel et une culture d’entreprise spécifiques. Les objectifs sont différents et demandent des habiletés particulières. Comment alors appliquer une même règle à des situations par nature uniques et exceptionnelles ?

De plus, les bons candidats ne courent pas les rues et il existe un vrai marché international des candidats de qualité. Veut-on que nos grandes entreprises soient dirigées par des candidats de second ordre ? Si oui, c’est que nous voulons faire partie d’une économie de second ordre.

Laisser un commentaire

Je partage entièrement votre point de vue, M. Duhamel. Cela dit, ne devrait-on pas avoir le même raisonnement vis-à-vis les dirigeants de notre État. Veut-on que nos différents ordres de gouvernement soient dirigés par des politiciens de second ordre? Ne devrait-on pas hausser les salaires de nos élus qui sont mandatés pour veiller aux intérêts des citoyens? Personnellement, ça ne me gênerait pas que les meilleurs soient attirés par une carrière politique. Si « des meilleurs » se pointent actuellement c’est soi par esprit d’abnégation et/ou soif de visibilité. On exclut donc beaucoup « de meilleurs » potentiel qui pourrait être tentés de servir l’État et ses citoyens. Le risque qui nous guette, c’est non seulement de faire partie d’une économie de second ordre, mais d’une société qui stagne et régresse. What’s next? J’ai hâte qu’on réponde à cette simple question.

Vous avez parfaitement raison qu’il en revient aux actionnaires de s’occuper de la rémunération des hauts-dirigeants d’entreprise. Et ils le savent : c’est pour cela que les dirigeants de RBC, CIBC et BMO ont annoncé qu’ils baissaient leurs salaires quelques semaines avant le début de la ronde des rencontres printanières avec les actionnaires. Les périodes de questions pourraient être embarrassantes.

Par contre, je ne crois pas que l’on puisse mesurer la valeur des gestionnaires par leurs salaires – pas plus qu’on mesure la valeur d’un homme par l’épaisseur de son portefeuille !

Je pense que les actionnaires doivent poser des questions sur certaines pratiques – les ‘golden parachutes’ par exemple, pourraient-ils encourager les décisions qui vont à l’encontre de la viabilité à long-terme de l’entreprise ?

De plus, les bons candidats ne courent pas les rues et il existe un vrai marché international des candidats de qualité. (P Duhamel)

Je ne crois pas cette phrase. Des candidats, il en pleut. Mais les fonctionnaires du privé actuels de Wall Street, ne sont que des grands-counes, comme les ti, dans leur job et on en a la preuve en Amérique avec ces quéteux.

Les vrais candidats eux se font tasser par les grands-counes, qui il faut l’avouer, sont d’une performance exceptionnelle pour bumper les autres candidats, mais de piètres administrateurs, pareil comme dans les gouernaments, ni moins ni plus. Privé, publique, c’est pareil.

Il y a des gens qui ont réalisé des empires à moins de 500K par année. Le Japon en est un bon exemple.

Voulez-vous me dire que le QI de ces gens serait inférieur à 50 fois de ceux qui sont payé 25 millions?

Foutaise!

Alors je fais une prédiction. Ceux qui accepteront de gérer à 500K par année auront avec le temps de meilleurs résultats que leurs prédécesseurs à 25 millions. Et compétition obligeant, les salaires de ce milieu vont s’effondrer, et toujours avec de meilleurs résultats.

Mais j’y pense, dans le fond, la tactique d’Obama ressemble à celle des Japonais qui ont monté leur empire en 25 ans.

« …les actionnaires ont toujours la liberté d’aller voir ailleurs et de choisir les entreprises qui leur paraissent les plus performantes, …” (P. Duhamel)

J’ai d’énormes doutes sur ce choix, elles sont pratiquement toutes pareilles. De plus l’actionnaire qui a 500K à investir n’a pas le moyen d’en faire le tri, et ça les gestionnaires grand-counes le savent.

Les mesures comme Obama vient d’annoncer aux USA ne valent pas grand chose. Cette mesure ne vise que les CEO ? Donc, la myriade de vice-présidents va continuer à recevoir des salaires faramineux, bien au-delà des 500,000$ de la mesure.
Et si certains présidents de banques veulent aller tenter leur chance ailleurs, je leur dis : Essayez de vous faire embaucher avec un tel CV !

Dans le cas qui nous occupe, pour beaucoup de ces dirigeants , on ne cause pas des meilleurs qui sont plus avides que lucides. Ne reconnaît-on pas qu’ils sont pour plusieurs à l’origine de la crise?
Dans tous les cas où une entreprise supposément privée quête les deniers publics, le gouvernement au nom du peuple doit exiger plus de rigueur quant aux salaires, les bonus et tutiquanti. Mais on influera sur la gouvernance quant on éliminera le copinage dans entre les dirigeants et les administrateurs véreux un peu trop nombreux à mon goût.

De la poudre aux yeux. Si on avait vraiment empêcher la fraude, les conditions du « bailout » auraient inclus l’abolition du vol par bonus. Pire qu’un hold-up.

Autre problème: les bonis accordés au rendement sur le court terme…

Propice à l’éclosion des «fly by night» comme l’expérience le démontre…

« Par contre, je ne crois pas que l’on puisse mesurer la valeur des gestionnaires par leurs salaires – pas plus qu’on mesure la valeur d’un homme par l’épaisseur de son portefeuille ! »

Bien vrai, onne comparaison. Bien des femmes se sont fait avoir de cette façon.

Mme King J’aimerais bien, si c’est possible, que vous extrapoliez sur votre dernier paragraphe.

« Je pense que les actionnaires doivent poser des questions sur certaines pratiques – les ‘golden parachutes’ par exemple, pourraient-ils encourager les décisions qui vont à l’encontre de la viabilité à long-terme de l’entreprise ? »

Sans blagues M. Duhamel! Ce sont les meilleurs gestionnaires qui ont foutu ce bordel dans l’économie? Et biens tant mieux si 500K les faient fuire ailleurs. Avec de moins bon gestionnaires, l’économie se redressara rapidement. :-))

Plus sérieusement un bon gestionnaire est quelqu’un qui s’intéressse d’abord aux intérêts de l’entreprise qu’il dirige et non au plus gros salaire ou bonus.

Monsieur Fleurent,

Je vous prie de m’excuser d’avoir tardé à vous répondre. J’avais écrit mon commentaire rapidement, et j’ai dû réfléchir.

Je détiens certains titres depuis vingt ans. Je les avais achetés parce que je croyais que j’investissais dans des entreprises avec un avenir prometteur – et je suis satisfaite des résultats.

Je lisais récemment qu’en moyenne un titre sur le NYSE est détenu de nos jours pour moins d’un an, comparativement à deux ans en 1990 et cinq ans en 1960. Beaucoup (trop?) d’investisseurs ne songent même plus à créer une entreprise durable et qui rapporte sur le long-terme; on n’est séduit que les profits sur l’achat et la revente rapide d’un titre. Ce qui arrive à l’entreprise, on s’en fout, et on se fout des implications de telles pratiques sur l’ensemble de l’économie.

Monsieur Gagnon dit, et il a raison de dire, qu’on doit laisser une entreprise faire faillite. Mais on ne doit pas encourager les pratiques qui poussent les compagnies à faire faillite en encourageant la médiocrité. Les bonis qu’on donne à des chefs d’entreprise sont souvent injustifiés (le cas de Nardelli chez Home Depot est un parfait exemple). On lit que les gestionnaires devraient changer de compagnie très souvent – c’est supposé être bon. J’en doute car ils n’ont pas à se soucier des retombées de leurs décisions sur la viabilité de l’entreprise – ils seront ailleurs. Les actionnaires ne peuvent jouer leur rôle que s’ils ont à coeur la viabilité de l’entreprise.

@ Loraine King:

Le marché, bien mieux que l’État se charge d’éliminer les pratiques qui encouragent la médiocrité.

L’État c’est le secrétaire du trésor des USA qui embauche des lobbyistes pro-bailout pour récompenser la médiocrité.

Quand on a la certitude de se faire sauver par le gouvernement, on n’encourage pas la saine gestion.

@ Loraine King:

Ton commentaire #13 est totalement incohérent.

Si tu veux une réponse, tu devras préciser ta pensée…