Finance américaine : le bordel !

L’économie va ralentir, c’est sûr. Mais une sérieuse récession est peu probable.

Depuis un an, l’économie américaine est en butte à quatre problèmes d’origine financière. Premièrement, la bulle spéculative immobilière est en train de crever. L’emballement a pris fin, les prix des maisons diminuent — ils avaient doublé depuis 10 ans — et les mises en chantier piquent du nez. Certains estiment que le prix moyen des maisons aux États-Unis pourrait baisser jusqu’à 20 %.

Deuxièmement, un tsunami d’argent à prêter en provenance d’Asie et des pays exportateurs de pétrole avait inondé les marchés financiers mondiaux. Cela a amené de nombreuses institutions financières américaines à prêter à des gens dont le crédit était douteux, souvent pour l’achat — spéculatif ou non — de maisons. Le problème des « hypothèques à haut risque » découle de cette détérioration de la qualité du crédit. Il y aura beaucoup de reprises de maisons et de faillites personnelles.

Troisièmement, les cracks de la finance ont inventé toutes sortes de nouveaux produits complexes qui incorporent ces titres risqués et dont la valeur réelle est souvent difficile à estimer. Aux prises avec cette incertitude, les marchés financiers se sont cabrés. Le crédit est soudainement devenu moins facile et plus coûteux. Le problème du « papier commercial adossé à des actifs » (PCAA) au Canada est intimement lié à ces risques de mauvais crédit et de mauvaise évaluation des actifs.

Quatrièmement, la crise financière a déjà mis dans le pétrin plusieurs grandes banques américaines, dont Citigroup, Merrill Lynch et Morgan Stanley, qui ont récemment admis des pertes massives. Certains craignent que si des faillites bancaires majeures devaient se produire, un climat de panique généralisée ne s’installe et ne plonge l’économie entière dans une profonde récession.

Bref, c’est le bordel dans la finance américaine. Y aura-t-il une sérieuse récession aux États-Unis ? Le revenu intérieur baissera-t-il pendant six mois ou plus, et le taux de chômage grimpera-t-il de deux points ou plus, comme en 1990-1991 ou en 1981-1982 ?

Ce n’est pas impossible, mais c’est douteux, pour deux raisons. La première est que la chute des valeurs immobilières n’est tout simplement pas assez importante pour faire couler le gros bateau qu’est l’économie américaine. L’un des gouverneurs de la banque centrale des États-Unis, l’économiste Frederic Mishkin, a estimé qu’elle pourrait ralentir la croissance du revenu intérieur, mais non provoquer une baisse absolue : en substance, l’économie progresserait de 2 % par année pendant deux ans, plutôt qu’à son rythme habituel de 3 %.

La seconde raison est que les autorités américaines entendent intervenir de façon musclée pour empêcher une récession. D’une part, le président George Bush, qui veut voir son parti remporter l’élection de novembre prochain, réussira sans doute à faire voter par le Congrès une baisse d’impôts de 140 milliards de dollars. Il s’agit d’une somme considérable. C’est comme si, au Québec, le gouvernement réduisait nos impôts de trois milliards d’un seul coup : trois fois la réduction présentée dans le budget de mai dernier.

D’autre part, le patron de la banque centrale, Ben Bernanke, a déjà abaissé les taux d’intérêt de 2,25 % depuis l’été dernier. Il se tient prêt à dégager les liquidités nécessaires pour empêcher toute interruption des flux de crédit susceptible de compromettre le fonctionnement normal de l’économie. Et il profitera sans doute des circonstances pour ajouter des garde-fous autour d’un système financier qui fait vivre vraiment trop… de fous.

L’économie américaine a déjà commencé à ralentir. Mais une sérieuse récession est peu probable. Au Canada et au Québec, nos exportations vers les États-Unis vont évidemment en souffrir. Mais la demande mondiale de ressources naturelles canadiennes tient bon, la Banque du Canada a réduit son taux d’intérêt cible de 0,5 % depuis trois mois, nos marchés financiers sont « bien élevés », et les prix de détail commencent enfin à ralentir par suite de l’appréciation du dollar canadien. Nous allons nous en sortir sans trop d’égratignures.

Respirons profondément, oublions l’hystérie médiatique des derniers mois autour de la crise financière américaine, et retournons à nos moutons.

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Pour en apprendre davantage sur les perspectives économiques canadiennes : www.bankofcanada.ca/fr/rpm/pdf/misejour240108.pdf

 

 

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