Finances publiques : un coup de barre s’impose

Le problème des finances publiques appelle des solutions draconiennes, disent deux experts.

Finances publiques : un coup de barre s'impose
Illustration : Steve Adams

La boîte de vitesses est défectueuse, la carrosserie rouillée, le moteur à bout de souffle… Mais une majorité de Québécois roupillent en toute confiance dans l’autobus qui les emmène sur les routes sinueuses et parfois sombres de la concurrence économique mondiale.

Cet optimiste surprend. Déjà, en juin, le député péquiste Fran­çois Legault affirmait, lorsqu’il a annoncé son départ du Parle­ment : «Le Québec s’est engagé dans un déclin tranquille. » D’ici 10 ans, en effet, la province comptera deux ou trois travailleurs pour chaque retraité (contre cinq aujourd’hui). Si rien ne change, l’État devra sabrer dans ses services. Ce n’est donc pas le temps de dormir, disent d’une même voix Claude Montmarquette, écono­miste, président du Groupe de travail sur la tarification des ser­­vices publics en 2008 et signataire du Manifeste pour un Québec lucide, et Omar Aktouf, professeur de gestion à HEC Montréal, essayiste et signataire du Manifeste pour un Québec solidaire.

Comment expliquez-vous l’optimisme des Québécois ?

C.M. : C’est étonnant. Trop peu de gens se rendent compte que le Québec doit faire face à un grave problème de finances publiques. Le fait que la récession nous ait frappés moins durement que nos voisins américains et ontariens pourrait expliquer ces résultats.

O.A. : Je ne suis pas surpris. En temps de crises multiples – éco­nomie, climat, santé publique -, les gens ont tendance à voir l’avenir en rose. Dix ans, c’est loin, pensent-ils. On aura le temps de trouver des solutions. 

Des voyants rouges s’allument sur le tableau de bord de l’économie. Qu’indiquent-ils ?

C.M. : À partir de 2014, la population active commencera à diminuer. Il y aura donc moins de contribuables pour financer l’entretien des infrastructures, un système de santé de plus en plus coûteux et un système d’éducation en détérioration. Ma grande crainte : que la pression devienne si forte sur les jeunes que les plus compétents décident d’aller travailler – et payer des impôts – ailleurs.

O.A. : Le milieu des affaires québécois a compté pendant des décennies sur un dollar faible, qui rendait nos exportations bon marché aux États-Unis. Il se réveille avec un dollar fort et une main-d’œuvre mal formée pour fabriquer des produits novateurs. Le Québec vit sur la « planète USA », c’est-à-dire qu’il est dans un marché captif. Tout ira bien… tant que se maintiendra le dollar américain.

Que doit-on faire pour éviter le désastre ?

C.M. : Il faut changer le mode de financement de l’État. La majeure partie de ses revenus provient des impôts. Mais nous avons deux grandes richesses au Québec : l’hydroélectricité et l’eau douce. Pourquoi ne pas les exploiter plutôt que de se limiter à les consommer à bas prix ? En augmentant les tarifs d’électricité et en munissant les usines, les commerces et les résidences de compteurs d’eau, nous pourrions compenser une partie des pertes prévues.

O.A. : Il faut aller chercher l’argent là où il se trouve : dans la poche des riches. Le taux d’imposition des sociétés au Québec n’est que de 11,4 %. On pourrait aller chercher des milliards de dollars en l’augmentant. Ce ne sont pas les impôts bas et les généreuses subventions qui attirent et retiennent les entre­prises au 21e siècle, mais le niveau d’instruction de la population. Investissons là-dedans.

Je ne suis pas contre une hausse des tarifs d’électricité, mais le système de paiement doit être progressif. Une mère de famille qui élève seule ses enfants dans un petit appartement ne devrait pas payer le chauffage.

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Et encore

SONDAGE

Dans 10 ans, je jouirai d’un meilleur niveau de vie que maintenant.

Tout à fait / Plutôt d’accord                                             60 %

Plutôt / Tout à fait en désaccord                                      35 %

Ne sait pas / Refus                                                         4 %

Une forte majorité (83 %) des 18-34 ans se voit plus riche en 2020. Elle a raison : le départ à la retraite des baby-boomers et la pénurie de travailleurs qui suivra permettra à cette génération de négocier de bons salaires.

Le Québec est bien placé pour affronter les défis économiques des 10 prochaines années.

Tout à fait / Plutôt d’accord                                             53 %

Plutôt / Tout à fait en désaccord                                      43 %

Ne sait pas / Refus                                                          5 %

Les adéquistes sont les plus pessimistes en ce qui concerne l’avenir économique (65 % sont plutôt ou tout à fait en désaccord). Les libéraux, les péquistes et les solidaires sont plus optimistes (respectivement 58 %, 57 % et 55 % sont tout à fait ou plutôt d’accord).