Fleurco – Gare aux imitations

Des portes de douches à la fine pointe des tendances ? Pourquoi pas ! L’entreprise montréalaise Fleurco en a fait sa spécialité.

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Photo : Fleurco

Quand Robert Schachter arpente les allées des magasins de rénovation à grande surface, il lui arrive de tomber sur un modèle de porte de douche conçu par son entreprise, Fleurco. Il sait pourtant qu’aucun de ces détaillants ne distribue ses produits. Ce qu’il a devant lui, c’est une copie bon marché.

« Si vous remarquez une nouvelle tendance dans le domaine, il y a de bonnes chances que ça vienne de nous, dit-il. Les gens nous copient beaucoup. Maintenant, quand on crée de nouveaux modèles, on s’efforce de faire breveter le design. »

Dès qu’il a pris les rênes de l’entreprise montréalaise, il y a bientôt 20 ans, Robert Schachter a misé sur le design pour revitaliser une industrie qu’il trouvait encroûtée. « Pendant des années, tout ce qui existait, c’était des portes munies d’un cadre en aluminium, précise le président. Aussitôt que j’ai pu, je suis allé dans des expositions commerciales en Europe pour voir ce que faisaient les Allemands, les Italiens, toujours à l’avant-garde. Fleurco a été la première à faire entrer les tendances européennes dans le marché nord-américain. »

Portes de verre sans cadre, pentures haut de gamme en laiton ou en nickel brossé, portes coulissantes sur roulettes au glissement lisse et silencieux : Fleurco a fait de la porte de douche un objet de luxe alliant élégance et innovation — il faut le faire !

Ce n’est pas seulement un accessoire de salle de bains que Robert Schachter a relancé : c’est un héritage familial vieux d’un demi-siècle. Pendant 32 ans, Fleurco a appartenu à son père, jusqu’à sa faillite et fermeture, en 1995. Schachter, qui y avait fait ses premières armes, jeune homme, a racheté ce qu’il restait de l’entreprise grâce au coup de pouce financier de sa famille et à des programmes de l’État.

Sa première embauche à l’époque ? Un designer industriel ! « Au début, on était deux employés, un en usine et moi au bureau. Je savais que j’étais capable de répondre au téléphone et de tenir mes dossiers. J’avais besoin d’un designer pour traduire sur papier les idées que j’avais en tête. »

L’homme d’affaires a toujours gardé ce souci de se distinguer par le style — Fleurco emploie aujourd’hui une dizaine de designers à temps plein. Tous les produits sont dessinés à Montréal ; les plus luxueux y sont également assemblés, tandis que ceux de la gamme la moins chère sont fabriqués en Chine. « Même si on fait faire des choses en Chine, on cherche des usines qui ne se concentrent pas sur le volume, parce qu’on n’est pas une entreprise de volume. On est une entreprise de haute qualité et de service après-vente. » Pour ses clients plus exigeants, Fleurco prend aussi les commandes sur mesure.

Robert Schachter rêve à présent de percer le marché américain… et ce n’est pas gagné. Déjà, 15 % de ses revenus proviennent des exportations, mais stimuler cette croissance outre-frontières demandera patience et persévérance. « C’est un marché difficile, reconnaît-il. Nous, on ne vend pas aux grandes surfaces, mais aux boutiques spécialisées. On doit travailler magasin par magasin, les prendre par la main, établir une relation, expliquer qui on est. Planter des graines en espérant que ça pousse. Ça prend beaucoup de temps. » L’Europe — la France et le Royaume-Uni en particulier — et l’Amérique du Sud sont aussi dans sa mire.

« Ça me fait chaud au cœur d’assurer la continuité de ce que mon père a bâti. J’aimerais bien qu’il soit encore ici — il est décédé en 1999. Mais il a eu le temps de voir que ça commençait à bien aller et il était content pour moi, raconte-t-il. Maintenant, on travaille pour les enfants, éventuellement les petits-enfants. »

Sa philosophie, c’est de toujours travailler pour le long terme. « Préserver notre bonne réputation, offrir un bon service, un bon produit, et ne jamais nous reposer sur nos lauriers. »

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