Fondation One Drop — Goutte de vie

La Cirquanthropie à l’œuvre

Nulle autre fondation au monde ne s’est jamais offert un tel coup de pub. Avec sa « Mission sociale poétique » dans l’espace, Guy Laliberté compte propulser One Drop – Goutte de vie (la fondation qu’il a créée en 2007 pour la préservation de l’eau) sur la scène planétaire. Le 9 octobre prochain, en direct de la Station spatiale internationale, le fondateur du Cirque du Soleil jouera les maîtres de piste d’un spectacle mondial réunissan­t notamment U2, Shakira, David Suzuki et Al Gore. Diffusé dans le site Internet de One Drop, ce spectacle gratuit de deux heures, auquel le public pourra assister, se déroulera dans 14 villes, de Montréal à Moscou. Il s’articulera autour d’un conte inédit de l’auteur Yann Martel (mettant en scène le Soleil, la Lune et une goutte d’eau), qui sera lu par différen­ts artistes et personnalités.

Faisant fi des critiques sur son coûteux voyage spatial (35 millions de dollars), Guy Laliberté est persuadé que celui-ci permettra à sa fondation de devenir un acteur international respecté en matière d’environnement. Et sensibilisera les Terriens à la problématique de l’eau dans le monde. « À travers l’art et l’émotion, on peut transmettre un message universel », croit-il.

La Fondation One Drop mise sur l’éducation populaire et l’art social pour conscientiser les populations aux enjeux de l’eau, tant dans les pays en développement que dans les pays riches (en témoigne l’exposition Aqua, présentée au Centre des sciences de Montréal). « Cette approche artistique nous distingue des autres œuvres de bienfaisance », dit Lili-Anna Peresa, directrice générale de la Fondation, auparavant à la tête d’Unicef Québec.

L’activité de One Drop sur le terrain a démarré en 2005, soit deux ans avant la création de la Fondation, avec le « projet Eau, culture et agriculture au Nicaragua » (PECAN). Cette initiative, qui se terminera fin 2010, a été financée entièrement par la fortune personnelle de Guy Laliberté (coût : cinq millions de dollars) et planifiée en collaboration avec Oxfam-Québec (déjà partenaire du Cirque du Soleil dans le programme Cirque du Monde). Le PECAN visait le département rural d’Estelí (dans la région du Tropique sec du Nicaragua), arrosé par des pluies dévastatrices quelques mois
par an, mais ne recevant aucune précipitatio­n le reste de l’année.

Le volet « art social » incluait notammen­t deux spectacles itinérants gratuits sur la thématique de l’eau (avec la compagnie de théâtre québécoise Parminou et des partenaire­s locaux). « L’idée est de sensibiliser les gens sans être didactiqu­e et ennuyeux. Et de les amener à changer leurs habitudes », dit Lili-Anna Peresa. Selon la DG, les collectivités auraient commencé à adopter de nouveaux comportements, comme l’installation de clôtures empêchant les animaux de s’abreuver au même endroit que les humains.

One Drop a également investi dans des infrastructures (création de filtres pour les eaux usées, de réservoirs d’eau de pluie, etc.). Ce qui, selon le rapport sur le PECAN publié en février dernier, aurait permis à quelque 1 300 familles de bénéficier d’une eau de meilleure qualité.

La deuxième initiative a démarré au Honduras en 2008 (cinq millions de dollars étalés sur cinq ans). La Fondatio­n prévoit étendre ses activités au Salvador en 2010, si elle réussit d’ici là à recueillir les cinq millions de dollars nécessaires, puis à l’Afrique de l’Ouest et à l’Asie du Sud-Est.

Comme le déplorent certains coopérant­s, One Drop communique toutefois beaucoup plus sur la « Missio­n sociale poétique » que sur son action sur le terrain. La Fondation exploite à fond tous les moyens actuels de communication. On peut ainsi suivre le blogue de Laliberté dans le site Internet de One Drop, sur sa page Facebook ou dans Twitter. Le bouche-à-oreille électronique fait aussi partie de sa panoplie. Des entreprises du Québec ont ainsi reçu, en septembr­e, un courriel leur demandant de contribuer à «accroître la visibilité » du spectacle du 9 octobre. Cela, en envoyant à leur tour un message à leurs contacts (suivant un modèle fourni par le Cirque du Soleil), en affichant une bannière dans leur site Web (également fournie par le Cirque) ou en y hébergeant la diffusion du spectacle.

Officiellement, One Drop est indépendante du Cirque du Soleil. Guy Laliberté s’est engagé à y investir 100 millions de sa fortune personnelle sur une période de 25 ans. À la Fondation, on assure que les frais d’administration sont entièrement couverts – pour l’instant – par la contribution de Laliberté et qu’ils ne dépassent pas 6 % (contre 12 % à Centraide et 26 % en moyenne dans les organismes caritatifs canadiens).

Ce pourcentage peu élevé s’explique par le fait que One Drop sollicite abondammen­t les salariés du Cirque (relations publiques, services juridique­s, marketing, etc.). La Fondatio­n, qui loge à la même adresse, à Montréal, mise par ailleurs sur la réputation du Cirque. Elle organise des galas-bénéfice avec représentation du Cirque du Soleil (le premier, le 8 mai dernier, à Montréal, a permis de récolter 1,5 million de dollars). Et les 4 000 employés contribuent à hauteur de 300 000 dollar­s par an, au moyen de différentes collectes de fonds, et sont souvent bénévoles lors d’activités organisées par la Fondation.

En plus de son partenaire Oxfam-Québec, qui lui apporte notamment le savoir-faire de ses coopérants sur le terrain (lesquels sont rémunérés par des fonds de l’ACDI), One Drop peut compter sur l’appui de la Banque Royale du Canada (10 millions de dollars sur 10 ans) et de la Fondation Prince Albert II de Monaco (300 000 euros au Honduras). D’autres fondations seront sollicitées, tant au Canada qu’à l’international. Quant au public, il peut verser ses dons en ligne, lors des spectacles du Cirque du Soleil ou encore en achetant un t-shirt, une bouteille d’eau ou un parapluie estampillés One Drop.

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