François Legault et la productivité

Je pense comprendre François Legault quand il veut ramener au premier plan les « valeurs d’effort et de dépassement de soi ». Selon lui,  les jeunes Québécois et leurs parents aimeraient trop la belle vie, ce qui expliquerait pourquoi le Québec serait déclassé économiquement.

Le chef de la CAQ veut-il provoquer une prise de conscience et motiver les Québécois à faire mieux ? Chose certaine, ses propos font du bruit et font renaître ce grand débat. Monsieur Legault devrait néanmoins savoir que ses commentaires ont peu de chose à voir avec la productivité de l’économie.

Monsieur Legault a raison sur plusieurs points. Les Québécois travaillent moins d’heures que les autres Canadiens et que les Américains. En 2009, le travailleur québécois travaillait en moyenne 65 heures de moins que le travailleur ontarien (presque 2 semaines), 56 heures de moins que le travailleur canadien et 178 heures de moins que le travailleur américain., soit l’équivalent de cinq semaines de 35 heures. C’est également au Québec où on prend les retraites les plus hâtives.

Certains concluent que ce temps réduit est entièrement volontaire et qu’il est l’expression des « valeurs québécoises ». Certains osent même affirmer que nous sommes aussi riches, sinon plus riches que nos voisins en prenant bien soin de ne pas tenir compte de leurs revenus gagnés pendant ces heures supplémentaires et en effaçant de l’équation ceux qui ont les plus hauts revenus. Selon moi, c’est un discours complaisant qui gomme la réalité et qui n’encourage pas au dépassement et à l’amélioration.

Le Québec pourrait-il faire mieux ? Les Québécois devraient-ils travailler un peu plus ? Devraient-ils repousser l’âge de leur retraite, surtout que nous connaissons maintenant la précarité des régimes publics et privés ? Les parents devraient-ils mieux encadrer leurs adolescents et les encourager davantage à persévérer à l’école ? A-t-on à apprendre des immigrants qui font de la réussite scolaire de leurs enfants la planche de salut pour réussir leur intégration et améliorer le sort de leur famille ? Oui, oui, oui, oui et oui encore.

Il ne faudrait toutefois pas confondre les heures travaillées, la prospérité du Québec et la productivité de l’économie.

Rien n’est plus important et décisif pour la richesse d’une société que la productivité du travail. Or, du premier trimestre de 1997 au premier trimestre de 2011, la productivité du travail aux États-Unis a fait le double de ce qui a été observé au Canada, 2,7 %, contre 1,3 %. La croissance de la productivité a encore été plus faible au Québec avec une hausse moyenne de 1,05 % entre 1981 et 2008. Le travailleur américain produit chaque heure une valeur de 64,91 dollars. comparativement à 53,79 dollars pour le travailleur ontarien et seulement 48,56 dollars pour le travailleur québécois.

Pourquoi cet écart ? L’économiste Don Drummond, de la Commission de la réforme des services publics de l’Ontario, a une explication très simple : en moyenne, un travailleur canadien dispose de la moitié de l’équipement et de la machinerie que le travailleur américain.

La productivité ne dépend pas tant des heures travaillées, mais de l’investissement en équipement et machinerie. Les usines américaines investissent davantage et sont plus performantes que les usines canadiennes et québécoises. Le sous-investissement des entreprises manufacturières québécoises est criant : les investissements en modernisation et en acquisition d’équipements ont chuté de 66 % depuis 2000.

La productivité ne signifie pas qu’il faille travailler plus fort pour moins d’argent. Par contre, il sera difficile de faire croître notre économie si nous ne produisons pas plus efficacement et que nous n’investissons pas davantage.

L’idée n’est pas de travailler plus fort, mais de travailler mieux. François Legault a pris soin d’apporter cette précision.

 

 

 

 

 

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Je crois que vous devriez relire quelques entrevues de M. Legault, car il a mentionné à plusieurs reprises que le problème se situe au niveau de l’équipement, et qu’effectivement on doit mieux travailler et non pas de travailler plus. Je n’ai pas de lien vers ces entrevues, mais j’ai bonne mémoire d’avoir entendu le tout à quelques reprises.

Le constat est simple en effet: Pour acheter des machines ou n’importe quoi d’autre visant à hausser la productivité ça prend de l’argent, ça prend des investissements.
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Or le Québec est pauvre, plus pauvre que le reste du Canada et beaucoup plus pauvre que les USA. Nous somme pauvres en riches, donc pauvres en investisseurs

Et comme un malheur ne vient jamais seul, ce qui reste de capital au Québec est trop souvent confisqué ou détourné par un état vorace et contrôlant.

Le PLQ et la CAQ n’offrent pas réellement de solution, le PLQ c’est le status-quo, la CAQ c’est certains progrès (baisses d’impôt et coupes de fonctionnaires) mais aussi des reculs (dirigisme économique et quelques promesses inutiles)

Le PQ lui est en plein délire et envisage carrément d’empirer la situation avec une panoplie de mesures qui effrayeront les investisseurs.

SVP: tout sauf le PQ!!!!

A la lecture des 2 premiers commentaires, je me demande si vous, monsieur Duhamel, vous travaillez assez fort !!!Contrairement aux travailleurs québécois, vous avez pourtant tout l’équipement et les outils pour faire un bon travail de recherche avant d’écrire votre blog.
Qu’il est facile d’être un gérant d’estrade avec un compte en banque bien rempli.Toutes nos belles élites de la politique, des médias et des affaires profitent bien de la situation pour continuer leurs oeuvres: exploiter le petit.

J’avais écrit quelques commentaires hier en rapport avec le sujet sur le blogue de Josée Legault ; commentaires qui peuvent être lus ici :
http://www2.lactualite.com/josee-legault/2012/08/14/francois-legault-des-risques-du-populisme/

J’aimerais toutefois profiter de cette tribune pour approfondir un petit peu le sujet. Lorsqu’on aborde la question de la productivité, il est conséquent de préciser que les chiffres qui sont présentés à l’appréciation du public sont usuellement des moyennes et que les éléments de comparaisons sont le plus souvent au niveau du quantitatif et non pas au niveau du qualitatif.

Pour se faire je vais prendre un exemple sectoriel : celui de l’automobile. Puis-je comparer la productivité en nombre d’unités produites des usines Ferrari de Maranello avec celle de la plus grosse usine au monde : Hunday à Ulsan en Corée ?

Si le niveau de productivité est exceptionnel dans les usines Hunday en raison de plusieurs facteurs, ici l’outillage et la machinerie a son importance mais n’est pas le seul facteur ; faut-il dire que les travailleurs de Maranello (Italie) sont des improductifs quand l’un produit 5600 véhicules/ jour contre seulement moins d’une vingtaine de Ferrari dans le même temps dans pourtant l’une des usines (récemment rénovée) considérée comme la plus moderne du monde ?

Tout cela pour dire que la productivité doit non seulement s’apprécier secteurs par secteurs mais aussi produits par produits. C’est donc dans le détail et en profondeur qu’il faut améliorer la productivité et non sur des bases statistiques qui ne sont que des indicateurs.

Il y a fort heureusement des entreprises québécoises qui n’ont rien à envier aux autres pour la qualité de leurs produits et dont les employés qualifiés apportent leur savoir-faire, leur intelligence, leur temps et toute leur ingéniosité avec une belle générosité.

C’est cette orientation qu’il faut soutenir et toujours bonifier.

La meilleure chose à faire serait probablement d’augmenter légèrement l’impôt des grandes entreprises pour réduire du même montant l’impôt des PME. Elles auraient ainsi de l’argent pour investir dans leur productivité.

J’écoutais un prof ce matin qui disait que le nombre d’heures travaillées avait baissé partout sauf aux États-Unis où s’est vraiment pathétique!
Plus ils travaillent, plus ils s’appauvrissent!

PS: Les riches savent que ce n’est pas en travaillant qu’on devient riche mais plutot en faisant travailler les autres pour soi.

Si Paul produit 5 « gizmos » par heure et qu’il travaille 2 heures par jour, il produira 10 « gizmos » par jour. Pierre lui produit 3 « gizmos » par heure, il est donc moins productif que Paul, mais il travaille 8 heures par jour, il produit donc 24 gizmos par jour, ce qui est beaucoup plus que Paul…

Pour gagner l’or aux olympiques le talent ne suffit pas, pas plus que l’entraînement, il faut les deux.

Avoir la meilleur productivité du monde, si les gens ne travaillent pas, ne sert pas à grand chose.

M Duhamel,

Vous parliez du PQ qui veux taxer 75% du gain de capital,

et bien la CAQ veux faire pareil (en plus de plus taxer les dividendes)

Je suis désemparé! Juste qu’où ira le « tax grab » de l’état Québécois?

Je songe depuis longtemps que j’aurais à vivre mes vieux jours ailleurs qu’au Québec pour (entre autre) éviter de me faire confisquer mes économies par un gouvernements vorace, maintenant j’en suis presque certain, ce sera nécessaire.

Je ne croyais jamais en arriver à cette conclusion mais il semble réellement que le PLQ soit le moins pire des choix qui s’offrent à nous.

A mon avis en 2012 (et pour la décennie qui vient) les principaux enjeux sont économiques.

A ce titre le PQ demeure, comme il l’a toujours été, un boulet pour le Québec et compte tenu de la situation économique précaire de la province son élection est un luxe que nous pouvons en 2012 de moins en moins nous permettre.

La CAQ c’est n’importe quoi, certes ils dénoncent avec raison la performance de cancre économique du Québec, mais leurs solutions dirigistes et interventionnistes ne font que perpétuer le rôle prépondérant de l’état en déménageant des ressources d’une branche à l’autre de l’état en s’imaginant que ça nous faire retrouver le chemin de la prospérité, en d’autres mots ils pataugent en pleine utopie et risquent de causer pas mal de trouble pour rien. De plus leur politique de hausser les impôts sur les gains de capital et les dividendes est carrément un affront aux investisseurs (que ne dédaignerait pas Québec Solidaire ou Léopold Lauzon. Cette politique à elle seule suffit pour démontrer le peu de crédibilité qu’a la CAQ du point de vue économique.

On en vient à cette conclusion incroyable: le PLQ qui tout médiocre soit-il reste le moins pire choix devant nous et surtout le moins risqué.