Frigos à la casse

Hydro-Québec vous rachète votre vieux frigo et en sort gagnante. Trouvez l’astuce !

Alain Boisvert et François Vallières - Photo : Mathieu Rivard
Alain Boisvert et François Vallières – Photo : Mathieu Rivard

Dépenser 69 millions de dollars pour envoyer 300 000 vieux frigos à la casse d’ici 2011 et néanmoins faire des économies ? Pas possible, direz-vous. Pourtant, l’énergie que ne gaspilleront pas ces appareils énergivores pourra alimenter pendant un an une ville comme Val-d’Or, grâce au programme Recyc-Frigo Environnement, d’Hydro-Québec.

Pas question, bien sûr, de tout empiler au cimetière de frigos. Chaque appareil est acheminé à Recyclage ÉcoSolutions, à Laval, où il est recyclé entièrement, y compris l’huile à moteur, le mercure et les halocarbures, de la famille des CFC. En plus de servir de réfrigérant, les halocarbures forment des microbulles dans la mousse isolante et sont un puissant catalyseur de l’effet de serre : les 90 tonnes d’halocarbures contenues dans 300 000 frigos sont aussi nuisibles que 150 000 voitures roulant pendant un an et dégageant 630 000 tonnes de CO2.

Lancé en mars 2008, Recyc-Frigo est unique en Amérique du Nord. L’Ontario, la Colombie-Britannique et 38 États américains récupèrent les vieux frigos depuis plus longtemps que le Québec, mais l’usine de Laval est la seule à recycler les mousses isolantes. « Nous allons bien au-delà des contraintes de la loi, qui oblige à récupérer les gaz réfrigérants, alors que les mousses contiennent de deux à trois fois plus de gaz à effet de serre », dit Alain Boisvert, président de Recyclage ÉcoSolutions.

La clé : une technologie de broyage importée d’Allemagne. Une vingtaine d’employés démontent 400 appareils par jour. Les métaux et les plastiques sont séparés, l’huile à moteur est distillée pour en retirer les CFC, les mousses isolantes sont chauffées pour en libérer les halocarbures, qui sont liquéfiés puis détruits.

Recyc-Frigo est si populaire qu’Hydro-Québec a relevé sa cible, qui est passée de 230 000 à 300 000 appareils. Car le programme est une aubaine. Non seulement on enlève gratuitement les appareils n’importe où au Québec (sauf au Nunavut), mais les clients reçoivent un chèque de 60 dollars par frigo (50 pour un congélateur). Et le programme Mieux consommer, d’Hydro-Québec, fait une remise de 50 dollars pour l’achat d’un nouvel appareil moins vorace… qui permet d’épargner 75 dollars par an en électricité !

Environ la moitié des appareils mis au rancart chaque année au Québec sont recyclés grâce à Recyc-Frigo. Les autres transitent par les entrepôts des détaillants d’électroménager ou par les ferrailleurs, avant d’être revendus ou détruits. Dans ce cas, leur mousse isolante finit dans les lieux d’enfouissement, libérant les halocarbures dans l’atmosphère. « Pour arriver à en recycler la totalité, il faudrait que la loi l’oblige », dit François Vallières, chef de la mise en marché pour la clientèle résidentielle à la direction Efficacité énergétique d’Hydro-Québec.

Recyc-Frigo coûte cher à la société d’État : 69 millions de dollars, soit 230 dollars par appareil. « Ça revient tout de même moins cher que d’installer 40 éoliennes de deux mégawatts », dit François Vallières, qui rêve de voir le programme se prolonger au-delà de 2010 – une hypothèse actuellement à l’étude.