Garder son job : la sécurité par l’insécurité

La règle de survie numéro un de l’employé modèle est de se comporter en travailleur autonome.

Cela fait 22 ans que je travaille à mon compte. J’ai survécu à deux récessions et à trois krachs boursiers. J’ai même écrit un guide pour travailleurs autonomes. Mais c’est la première fois que je vois tant de conseillers à l’emploi insister sur le fait que les employés doivent apprivoiser l’insécurité pour être en sécurité !

Prenez les propos d’un important consultant en ressources humaines, Ian Kaiser, associé principal du bureau montréalais de Knightsbridge, selon qui vous devez traiter votre employeur comme votre meilleur client. « Assurez-vous de bien comprendre ses besoins et ses priorités, dit-il. Concentrez-vous sur ce qui compte pour votre superviseur, et non pour vous. » Dépassez les attentes ; suivez des formations ; soyez polyvalent ; ayez plusieurs casquettes !

Bref, la règle de survie numéro un de l’employé modèle est de se comporter en travailleur autonome. Voici donc le paradoxe des paradoxes pour les 80 % de la population qui ne jouit d’aucune sécurité d’emploi : la sécurité par l’insécurité !

Si vous butez sur les idées d’Ian Kaiser, rassurez-vous : vous recevrez une aide inespérée de la démographie. Car la pénurie de main-d’œuvre causée par le ralentissement des naissances dans les années 1980 complique le recrutement des entreprises, qui hésitent désormais à faire des licenciements conjoncturels, de crainte d’avoir du mal à trouver du personnel qualifié par la suite. Donc, avant de vous congédier bêtement, comme cela se faisait avant, votre patron vous cherchera d’abord un nouvel emploi à l’interne… où vous aurez encore l’occasion de mettre en pratique les principes d’Ian Kaiser !

Le pire, c’est que tous vos efforts ne sont une garantie de rien : l’entreprise qui vous embauche peut sombrer par la faute de ses cadres, de ses fournisseurs ou de ses clients. Mais les conseillers à l’emploi sont d’accord sur un point : vous êtes presque certain de vous recaser si 75 % de vos compétences sont transférables et peuvent servir à autre chose qu’à la tâche que vous aviez dans l’entreprise qui vous embauchait. Encore là, cette question de la transférabilité est une autre obsession du travailleur autonome, qui ne veut pas être captif d’un seul client !