Gaz Métro et sa ruelle

Cuisine, salle de danse, écran de cinéma extérieur, potager bio… Quand Gaz Métro a investi dans le 80, ruelle de l’Avenir, c’est tout un quartier qui en a profité.

Photo : Mathieu Rivard
Photo : Mathieu Rivard

Les cuisiniers n’ont pas chômé en ce mercredi matin ensoleillé de juillet : sandwichs au poulet, salade de macaronis, carottes en bâtonnets, jus de fruits et barres de céréales pour les gamins du camp de jour. Pendant tout l’été, ces marmitons en herbe ont troqué leur console de jeux vidéo contre le tablier et la spatule pour s’affairer dans la cuisine ultramoderne du 80, ruelle de l’Avenir.

Le « 80, ruelle », comme l’appellent ceux qui le fréquentent, est un lieu d’apprentissage pour les jeunes du Centre-Sud et d’Hochelaga-Maisonneuve, deux quartiers défavorisés de l’est de Montréal. Aménagé dans une aile de l’école Garneau, à un jet de pierre du pont Jacques-Cartier, il fournit aux enfants du primaire et aux ados du secondaire les moyens de développer leur potentiel dans de multiples domaines. Il comprend un studio multimédia, un atelier Internet, une salle de danse, un centre des arts et des sciences, un laboratoire d’horticulture, une cuisine… Tous ces services sont offerts grâce à l’engagement de Gaz Métro !

C’est Projet 80, dont la mission est d’offrir des activités de loisir ainsi que des services sociaux et éducatifs aux enfants et à leurs parents, qui a frappé à la porte de Gaz Métro. « Nous leur avons demandé 250 000 dollars pour aménager les locaux inoccupés de l’école », raconte Daniel Paquin, directeur général de Projet 80 – ce nom fait référence à l’objectif que s’était fixé l’organisme à sa création, dans les années 1970 : éliminer la pauvreté avant 1980. Et Gaz Métro, qui souhaitait justement offrir aux jeunes du quartier un endroit où ils pourraient faire de nouvelles expériences, se découvrir une passion et se réaliser, a voulu faire quelque chose de plus gros, dit Sophie Brochu, PDG de l’entreprise.

Allure athlétique, poignée de main dévastatrice, la présidente a sorti ses armes de persuasion massive : dynamisme et bagout hors du commun. Elle a demandé à des clients de Gaz Métro de faire un geste purement altruiste. Puisque le 80, ruelle se trouve à l’intérieur d’une école, pas question d’y afficher le moindre logo. D’aucuns se sont laissé convaincre et ont offert tantôt de l’argent, tantôt des services. Trois millions de dollars plus tard, le 80, ruelle de l’Avenir est né. Et l’école Garneau est méconnaissable. Gaz Métro en a profité pour rénover le gymnase, construire une terrasse sur le toit – avec tables bistrot, bacs à fleurs et pergolas – et réaménager du tout au tout la cour de l’école. Exit l’asphalte décrépit, bonjour les arbres, le gazon synthétique rouge, bleu et vert, les terrains de sport et le potager ! « À la rentrée des classes, en septembre 2008, ç’a été l’euphorie, se rappelle Daniel Paquin. Des élèves se sont roulés dans le gazon, d’autres ont sorti un livre et se sont installés au pied des arbres. On n’avait jamais vu ça ! »

Depuis, plus de 1 500 élèves de 10 écoles primaires et de l’école secondaire du quartier peuvent fréquenter le 80, ruelle de l’Avenir. Dans cette aile de l’école Garneau, aussi ouverte aux parents, ils peuvent lire des romans, des journaux et des magazines, produire et diffuser des émissions de radio, apprendre à cuisiner, gérer une PME, suivre des cours de danse, de musique, d’arts plastiques… « Nous misons sur le fait que le plaisir qu’ils ont ici se transmettra dans la salle de classe », dit Diane De Courcy, présidente de la commission scolaire de Montréal. Non seulement la commission appuie l’entreprise dans cette initiative, mais elle fournit gratuitement les locaux ainsi qu’une navette pour transporter les jeunes de leur école au 80, ruelle.

Sophie Brochu est satisfaite. « Pour moi, cette expérience est aussi gratifiante que la réalisation de bénéfices d’un million de dollars », lance la PDG, qui a libéré deux employés de Gaz Métro pour qu’ils s’occupent de sa cause. « Il y en a qui inves­tissent, nous, on s’investit ; c’est notre façon de lutter contre le décrochage. »

Cela dit, le geste de Gaz Métro n’est pas totalement gratuit. Les jeunes qui décrochent sont souvent ceux qui pourraient être tentés par la formation professionnelle, estime la PDG. « Ce sont peut-être nos futurs techniciens. Le 80, ruelle sera peut-être profitable pour Gaz Métro dans 10 ans, conclut-elle, mais il peut aussi influencer les jeunes dès aujourd’hui. »