Harper et ses riches amis

Le Parti conservateur accepte sans broncher que 40 % des dons des contribuables aux partis fédéraux proviennent de seulement 7 % de la population, c’est-à-dire de ceux qui gagnent plus de 100 000 dollars par année.

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Les contributions personnelles aux partis proviennent surtout des électeurs les plus riches. Et l’orientation politique des plus riches est tout naturellement conservatrice. (Photo : iStockPhoto)

Le financement des partis politiques fédéraux favorise-t-il les idéaux démocratiques des Cana­diens, comme la participation, la transparence et l’équité ?

De réels progrès ont été accomplis en ce sens dans les dernières décennies. Élections Canada impose aujourd’hui un plafond aux dépenses électorales et rembourse 50 % de ces dépenses. Cela permet à plus de Canadiens qu’autrefois de poser leur candidature aux élections. En même temps, l’organisme livre un combat incessant contre les caisses électorales occultes en établissant des règles de divulgation financière de plus en plus exigeantes pour les partis et leurs candidats.

En 2003, afin de limiter les influences indues, le gouvernement de Jean Chrétien a interdit aux entreprises et aux syndicats de faire des contributions politiques. Il a de plus imposé un plafond aux contributions personnelles, qui s’établit aujourd’hui à 1 500 dollars par année. Et pour encourager la participation de la population au financement, il a porté le crédit d’impôt fédéral attaché à ces contributions à un niveau pouvant aller de 50 % à 75 % de leur valeur.

Les contributions personnelles ont toujours posé problème, car elles proviennent surtout des électeurs les plus riches de la société. En 2012, par exemple, seulement 7 % des contribuables canadiens ont déclaré un revenu de 100 000 dollars ou plus, mais ils ont versé à eux seuls 40 % du total des contributions aux partis fédéraux. Cela s’expli­que : ils sont riches et ont à l’occasion besoin de l’appui des partis.

Le problème est que le principe de base de la démocratie — « une personne, un vote » — est ici battu en brèche. Comme 40 %, c’est environ 6 x 7 %, on a plutôt « une personne, six votes » ! Le danger que cette situation représente pour la démocratie est celui des renvois d’ascenseur : je verse une contribution à ton parti ou à ta campagne, mais je m’attends, en retour, à ce que tu partages mes opi­nions et que tu serves mes intérêts.

Une double discrimination s’exerce, d’une part en faveur du parti que préfère le groupe minoritaire des contribuables les plus riches, et d’autre part à l’avantage des intérêts particuliers de ce groupe. Très répandu aux États-Unis, ce mal est en train de corrompre la démocratie américaine.

Conscient du problème, le gouvernement Chrétien avait voulu obvier à ce risque de double discri­mination en 2003. Il avait introduit une allocation uniforme versée par l’État à tous les partis politiques, en proportion du nombre de votes obtenus par chacun à la dernière élection générale. Éta­blie à deux dollars par vote en 2011, cette allocation reflétait le partage exact des tendances politiques parmi les électeurs, sans discrimination en faveur d’un sous-groupe en particulier.

Stephen Harper a cependant éliminé cette allocation. Elle a complètement disparu depuis avril dernier. Nous revoici donc à la case départ : les Canadiens de la classe moyenne sont forcés de financer, par leurs impôts, des crédits d’impôt qui bénéficient disproportionnellement à la minorité des plus riches et servent à faire des dons à un parti dont les politiques ne sont pas nécessairement celles que favorise la majorité.

Or, au Canada comme dans d’autres pays, l’orientation politique de la minorité des plus riches est tout naturellement conservatrice. En éliminant le contrepoids de l’allocation uniforme basée sur le vote, le gouvernement Harper a réorienté le système électoral canadien en faveur des plus fortunés et de sa propre idéologie politique. L’équité de nos institutions démocratiques s’en trouve affaiblie.

Vous cherchiez une bonne raison de regretter Jean Chrétien ?

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24 commentaires
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M. Fortin je pense que vous confondez démocratie et égalitarisme, un travers malheureusement trop commun en occident, notamment au Québec.

En passant les 7% qui effectuent 40% des dons ne paient-ils pas aussi 50% et plus des impôts?

L’argent public pour financer les parti ne fait que perpétuer un ordre établi et mène forcément à la sclérose voire la corruption.

La perfection n’existe pas mais au moins la liberté en matière de financement permet à ceux qui réussissent d’avoir plus d’influence ce qui est bien car ils savent ce qu’il faut pour réussir. Pour moi c’est mieux qu’un système biaisé par des restrictions qui donnent plus de pouvoir aux parasites et aux envieux.

Pour moi c’est mieux (un système libre) qu’un système biaisé par des restrictions qui donne plus de pouvoir aux parasites et aux envieux.

Et j’ajouterais qui laisse la place à la corruption et à la richesse mafieuse qui profitera de l’absence des autres riches pour se rendre incontournable, je pense que ce qui se passe au Québec constitue un très bon exemple…

Il y aura toujours de l’argent près du pouvoir, le mieux ce n’est pas de tenter de l’empêcher, ce qui faut c’est faire en sorte que ce soit de l’argent honnête.

Votre raisonnement fait comme un gant à l’idéologie conservatrice mais est tordu. Votre modèle social est régressif et remonte au temps où seul les propriétaires fonciers pouvaient voter aux élections municipales car ils payaient plus de taxes… La démocratie c’est le gouvernement du peuple, contrairement à l’autocratie comme on vit actuellement avec le gouvernement Harper « majoritaire » où l’autorité n’est pas investie du soutien de la majorité des électeurs, ni des citoyens. La démocratie c’est de refléter le plus fidèlement possible les intentions des électeurs et l’intervention de l’État permet justement de refléter la volonté des électeurs en équilibrant le financement des partis politiques selon le soutien électoral.

Que les riches aient plus d’influence auprès de l’État n’est pas nouveau et est considéré comme une faille importante de la démocratie. Vous vous rapprochez grandement non seulement de l’autocratie et de la dictature mais dans une certaine mesure de la géniocratie qui veut que les plus intelligents soient les seuls à pouvoir voter! Mais dans votre cas ce ne sont pas les plus intelligents mais les plus riches, ce à quoi nous sommes plus habitués. La plupart des riches le sont à cause du travail de leurs parents ou des générations précédentes – il y a très peu de gens riches aujourd’hui qui se sont enrichis à partir de rien, par eux-mêmes. Un bon exemple est PKP qui a bénéficié des entreprises bâties par son père. Il est très douteux qu’il soit où il en est aujourd’hui sans avoir eu accès au succès et à la fortune de son père. Ce sont les gens que vous favorisez et on voit bien que ça n’a aucun sens en démocratie.

Mais les conservateurs surfent sur la vague des riches et de l’industrie et bernent le peuple avec des politiques hypocrites qui laissent croire que le peuple décide mais en réalité ils gouvernent au mépris des intentions de la grande majorité des Canadiens et profitent justement non seulement de la richesse de leurs partisans mais aussi d’un système électoral désuet et bancal qu’ils ont manipulé à des fins politiques, pour s’avantager et non pas pour favoriser la démocratie. C’est ça votre vrai visage.

Je fais partie de la classe moyenne et je donne régulièrement au PCC. J’embarque pas du tout dans votre discours « occupy », toujours pour siphonner le contribuable.

Ce parti applique une recette veille come le monde: discours populiste, élu par le peuple, gouverne pour les puissants…

Avec votre amour des taxes, des déficits et du tout-à-l’État, pas surprenant que vous soyez la coqueluche des politiciens québécois : vous leur dites ce qu’ils veulent entendre! Vous les justifiez de ne pas être rigoureux! Heureusement Harper est fait d’un bois différent : beaucoup d’électeurs voient la différence et l’encouragent, que ce soit les maudits riches mais aussi la classe moyenne, qui sait que son véritable intérêt n’est pas dans les incantations creuses et racoleuses du NPD et du PLC. Probablement pour ça que les coffres du PCC sont mieux garnis!

Les coffres du PCC sont mieux garnis parce que ce parti est le parti des riches et de l’industrie et il gouverne en leur nom et non pas avec le soutien du peuple canadien. L’État n’est pas une entreprise mais a une vocation de favoriser la stabilité d’une société et d’établir un certain équilibre entre les plus fortunés et le reste de la société. Votre parti gouverne à droite avec moins de 40% du vote populaire alors que la majorité des Canadiens sont progressifs et non régressifs et votent pour les autres partis qui sont tous plus ou moins progressifs sauf le Bloc qui est une aberration au fédéral. Harper est effectivement d’un bois différent: il est un des politiciens les plus dangereux que le Canada ait connu et il se complaît à semer la division et le clivage entre les citoyens. L’affaire du niqab en est un bel exemple alors que cette question est triviale et vise probablement moins de quelques centaines de personnes dans une société de plus de 33 millions! On sème la division et on va récolter la tempête.

Non seulement votre parti profite du soutien des riches mais pour conserver le pouvoir il n’hésite pas à miser sur la crainte irraisonnée des gens. En d’autre termes, il fait peur au monde. Au Canada, on a plus de chances d’être tué dans un accident avec un orignal que dans une attaque terroriste mais votre parti ne cesse pas d’agiter l’épouvantail de la terreur pour s’accrocher au pouvoir. Je ne serais pas surpris qu’il y ait une attaque terroriste un peu avant les élections fédérales, un attaque qui profiterait grandement aux cohortes du PM Harper. C’est tout ça le contexte de ce parti ultra conservateur qui gère ce pays comme si c’était leur propre entreprise, au mépris de la règle de droit (il se l’est fait dire plusieurs fois par la Cour suprême du Canada), de la constitution et de la démocratie.

L’idiot et le fourbe barbu (lequel est votre « homme »?) font également peur au monde en tentant de faire accroire que l’économie du Canada est un champ de ruines à feu et à sang, rongé par le chômage, la pauvreté et la pire récession depuis 1929 (ha ha!) et autres balivernes.

Tu as 100% raison Pierre, c`est tellement commode des mises en scène, pour faire peur à la population, et dire après coup, on avait raison, n`est ce pas qu`il sont dangereux…

Je n’ai rien contre, sauf pour le mensonge et l’abus. Avec la subvention par vote, chaque électeur choisissait d’acheminer un montant d’argent à un parti. Voter c’était aussi financer un parti. C’est l’argumentaire dont se sert Monsieur Harper qui blesse. On a justifié l’élimination de la subvention par vote parce que les contribuables, disait-on, n’avaient pas à financer des partis contre leur gré. L’actuelle méthode permet de:

2010 : faire un don de 200 $ au PCC, le PCC reçoit 200 $, et l’ensemble des contribuables me remet 150 $ par le biais de l’impôt

2011 : je prends le 150 $ et j’ajoute 50 $, le PCC reçoit 200 $, et l’ensemble des contribuables me remet 150 $ par le biais de l’impôt

2012 : je prends le 150 $ et j’ajoute 50 $, le PCC reçoit 200 $, et l’ensemble des contribuables me remet 150 $ par le biais de l’impôt

2014 : je prends le 150 $ et j’ajoute 50 $, le PCC reçoit 200 $, et l’ensemble des contribuables me remet 150 $ par le biais de l’impôt

Sur quatre ans, celà m’a coûte 350 $ pour forcer l’ensemble des contribuables à cotiser 600 $ à un parti qu’ils n’ont pas choisit, et qui recevra un total de 800 $.

J’ai un beaucoup plus gros problème avec le système présentement en vigueur. Le crédit d’impôt pour les dons aux partis politiques devrait être le même que celui pour les dons aux organismes de bienfaisance. À présent, vous recevez un crédit d’impôt de 75% pour les premiers $400. donnés à un parti politique et seulement 13% pour les premiers $200. donnés à un organisme de bienfaisance, et ensuite 26% pour le reste. Il n’y a aucune justification pour cette différence.

Preuve s’il en est que ce que vous écrivez n’est ni dénué de sens, ni de fondement. Les électeurs typiquement conservateurs ne sont pas d’accord avec vous 🙂

Maintenant, est-ce que le financement est le seul élément qui pousse une partie de la population à bouder les jeux politiques ? Sur cette question, je suis plus ambivalent. Je pense qu’il y a les partis et puis les gens qui se présentent dans et au nom des partis.

Ce qui me semble dommage, c’est qu’on ne permette pas à des personnes « non politisées » de pouvoir jouer aussi un rôle dans les assemblées et même de pouvoir relever des mandats tels que ministériels. Il faudrait dans ce cas repenser la philosophie agrégée au concept de démocratie. Ou simplement l’appliquer à la lettre.

On doit — pour pouvoir relever de tels défis -, se fondre obligatoirement dans un moule partisan. Attendu qui plus est qu’au Canada, pour pouvoir atteindre de tels objectifs, le choix s’est pratiquement toujours fait (peut-être pas cette année) entre deux principales formations seulement. Hormis la filière souverainiste au Québec.

Alors la notion d’être du bon ou du mauvais bord est toujours de mise peu importe la méthodologie envisagée pour le financement. Au moins l’ancien système avait pour vertu que si je votais où que je sois au Canada pour un parti qui n’avait que peu de chance d’accéder au pouvoir comme le Parti Vert, ce parti pouvait recevoir une petite contribution grâce au vote de chaque citoyen.

Est-ce que de si modestes aménagements contribuent à projeter une image plus positive de la démocratie ? — À mon avis : certainement !

Pour les conservateurs néolibéralistes, il n’y a que deux types de personnes en nos populations: ceux qui « réussissent » et les autres, les parasites, et les envieux.
On oublie que sans la société dans laquelle ils évoluent, les riches ne pourraient être riches. Le néolibéralisme financier ne veut pas reconnaître cette vérité de base que le capitalisme à la Adam Smith acceptait. Autrefois, les entreprises et leurs propriétaires se reconnaissaient une obligation morale de bon citoyen envers la société. Le néolibéralisme ignore tout de cette obligation passée. Le monde appartient à celui qui a le plus d' »argent.
Autrefois ce qui avait de la valeur n,avait pas de prix. Aujourd’hui ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur.

Le NPD reçoit l’appui des syndicats canadiens, qui ne représentent qu’une fraction de la population. Le Bloc est financé par le PQ et des croyants québécois, qui ne représentent qu’une fraction de la francophonie. On fait quoi ?

Au début de votre commentaire on voit une enveloppe avec un paquet d’argent (sous entendu corruption) et vous écrivez Harper et ses riches amis. Maintenant venez pas me dire que tous les autres partis refusent des dons aussi élevés que ceux des conservateurs, alors M. Fortin en écrivant cette chronique qui vaux plusieurs milliers de dollars pour le parti libéral, attendez un retour d’ascenseur du parti libéral si M. Trudeau est élu majoritaire. Sinon pourquoi ne dites vous pas tout simplement au lecteurs de l’actualité de voter contre M. Harper et le parti conservateur.

Voir le commentaire de Violetta Valery ci-dessus. Le pcc est coupable d’avoir changé les règles de financement afin de les emmener vers un financement des puissants. L’abolition du fameux 2$ par vote. Le tout en manipulant et en mentant sans gène.

Une des nombreuse pratique anti-démocatique du pcc.

Qu’est-ce qui vous empêche de donner votre gros $2 à gros yeux, au fils à papa millionnaire ou au fourbe barbu??

Rien ne l’empêche de donner, mais puisque c’était l’argument des conservateurs pour imposer cette réforme, pourquoi est-il juste de forcer forcer l’ensemble les contribuables à financer des partis politiques qu’ils n’appuient pas ?

Faut vraiment tout t’expliquer? Le système avant faisait qu’il y avait un certain équilibre. Maintenent, les riches individus et entreprises peuvent donner plus. Bref, exactement l’inverse de ce qu’on a fait qu Québec dernièrement afin de limiter l’influence des peuissants, juste parce qu’ils ont les moyens.

Je peux donner 2$ mais pas des dizaines de milliers.

C’est la démocratie qui est encore victime du pouvoir de l’argent…il faut donc se mobiliser davantage et surtout encourager le plus grand nombre de personnes à aller voter pour contrer la prise en otage du gouvernement par une minorité aux intérêts égoïstes.

Bravo pour votre analyse très pertinente et éclairante

Je cherche toujours… malgré que je sois en plein accord avec votre article ( et généralement avec vos articles, sensés, bien documentés, modérés…). Pourquoi donc, cet apparent cul-de-sac? Passer de Charribe en Sylla, oas très réjouissant comme seule perspective…

Au dernières nouvelles la province la plus corrompue au Canada était celle où le financement politiques est le plus restreint et contrôlé présumément pour « éloigner le pouvoir de l’argent »: Le Québec.

De la à vouloir étendre le « modèle » à tout le monde…

La vraie démocratie ce n’est pas l’égalitarisme et les interdictions comme semble le penser M Fortin, la vraie démocratie c’est le droit pour chaque individu de contribuer ce qu’il veut dans la transparence.

Encore une fois, n’importe quoi. La province la plus corrompue ne l’est que par mccleans. Bref, c’est uniquement leur point de vue. De plus, je te rassure, c’est amplement corrompu dans le reste du pays. Également, tu fais des raccourcis terribles: plus de contrôle sur les dépenses politiques = plus de corruption alors que n’importe qui sait que c’est l’inverse. Les contrôles ont augmentés dernièrement afin de diminuer cette corruption.

Tu es un cas typique qui râle sur quelque chose (ici la corruption) mais qui ne veut surtout pas qu’on fasse quoi que ce soit pour l’éradiquer. T’as peur de ne plus être capable de faire du Québec bashing?