Hull

L’usine E. B. Eddy, qui a longtemps fabriqué des allumettes, a fermé ses portes en octobre dernier. On y fabriquait du papier glacé depuis 1999. Trois cents employés ont perdu leur emploi. Domtar maintient l’usine en bon état, pour un acheteur éventuel.

Patrice Léger-Bourgoin, conseiller principal aux communications, Région du Québec et du sud de l’Ontario

Est-ce qu’il y a effectivement une possibilité que quelqu’un se manifeste pour acheter l’usine ?

Dans la conjoncture économique actuelle, quand une papetière met de côté une usine comme ça, une relance arrive rarement. Mais on laisse le temps faire son œuvre, la fermeture est récente et il n’y a pas péril en la demeure. Il n’y a pas de date arrêtée où on se dit qu’il n’y aurait plus d’espoir.

Domtar a décidé de se retirer du marché du papier couché, qui sert, entre autres, à faire les magazines. Alors, si une entreprise décidait de reprendre l’usine, elle pourrait le faire sans subir de concurrence.

Cependant, une des faiblesses de cette usine est que ce n’était pas une usine intégrée.
Une usine intégrée est celle qui reçoit le bois sous forme de billes ou de copeaux pour en faire de la pâte, alors que l’usine de Gatineau recevait la pâte de d’autres usines, ce qui augmentait les frais fixes et donc la rendait encore plus vulnérable à la hausse du dollar canadien.

Quelles ont été les conséquences de cette fermeture sur la communauté ?

L’industrie des pâtes et papiers est le plus gros employeur privé de la région, avec quatre usines à Gatineau et celle de Thurso (à 20 km de Gatineau). Je ne veux pas minimiser la perte des 300 emplois, mais par rapport aux milliers d’emplois perdus dans des régions dépendantes d’une monoindustrie, la situation est plus facile à vivre. Plusieurs des 300 employés ont pu prendre une préretraite. Pour les plus jeunes, les possibilités de relocalisation sont bonnes dans une zone urbaine qui inclut Ottawa et qui compte 800 000 habitants. Dans les jours qui ont suivi l’annonce de la fermeture, des employeurs ont d’ailleurs fait des offres à certains de nos employés. Le problème, c’est plutôt la rémunération. Selon les statistiques québécoises, les salaires des travailleurs des pâtes et papiers sont largement supérieurs à la moyenne des salaires dans la région.

Si l’usine était en activité depuis les années 1850 et vu sa situation au centre de la vieille ville de Hull, est-ce qu’elle a une valeur patrimoniale ?

Il y en a qui verrait bien des condos de luxe au lieu de l’usine de pâtes et papiers! Plus sérieusement, si on prend le critère habituel du patrimoine industriel, il faut que le lieu ait été le théâtre d’une révolution technique ou industrielle importante. Dans le cas de Hull, il y a juste la tour de la E. B. Eddy, conservée derrière le Musée canadien des civilisations, qui se qualifie. De plus, tout l’équipement a été refait au fil des ans pour suivre le progrès technologique. Il y a bien des bâtiments qui sont âgés, mais est-ce qu’ils sont intéressants du point de vue patrimonial ? C’est une grande question.

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