Hydro-Québec: autre style, mêmes résultats?

Sur le ton, le PDG Éric Martel inspire certainement davantage que son prédécesseur Thierry Vandal. Mais sur le fond, il semble marcher dans ses pas.

 

Le PDG d'Hydro-Québec, Éric Martel Presse canadienne/Ryan Remiorz
Le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel (Photo: Presse canadienne/Ryan Remiorz)

Faut-il voir un virage dans les ambitions d’Hydro-Québec des cinq prochaines années, présentées au début juin? Sur le ton, le PDG Éric Martel inspire certainement davantage que son prédécesseur Thierry Vandal. Mais sur le fond, il semble marcher dans ses pas.

Retour dans le temps. Thierry Vandal annonce son départ le 30 janvier 2015, deux ans avant la fin de son mandat, par un communiqué de presse envoyé un vendredi après-midi, après un coup de fil au premier ministre. Peut-être en avait-il assez de répondre à des commandes politiquement intéressées, mais commercialement discutables.

Entré à Hydro-Québec en 1996, il a participé à la création d’un «parquet de transaction énergétique» en 1999. L’objectif était de trouver des moyens de vendre les surplus à travers l’Amérique du Nord.

C’est une des raisons pour lesquelles, l’année suivante, la société d’État a été réorganisée en quatre divisions: Production, TransÉnergie (transport d’électricité), Distribution, Équipement. Ce changement était capital sur le plan comptable afin d’accéder au marché de l’énergie américain, dérèglementé en 1996.

En séparant ainsi Hydro-Québec, la division Production – qui gère notamment les barrages – ne venait pas éponger les déficits de la division Distribution – qui alimente les foyers québécois. Hydro a beau jeu depuis de demander des hausses de tarifs plus importantes à la Régie de l’énergie (+11 % de 2013 et 2015, soit le double de l’inflation).

Mais c’est surtout le moment où Hydro-Québec est passée d’une société de service à une entreprise à vocation plus commerciale. Au mandat originel de «garantir aux consommateurs québécois des tarifs d’électricité bas et uniformes sur l’ensemble du territoire» s’est ajoutée la volonté de multiplier les profits avec des ambitions internationales.


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Le gouvernement voulait faire d’Hydro cette vache à lait qui fournit des redevances de plus en plus importantes, en élargissant sa portée commerciale. M. Vandal avait d’ailleurs été nommé à la tête de la division Production, responsable des projets de développement.

La suite logique, quand il a été nommé PDG en 2005, aurait dû être une orientation claire vers l’exportation d’électricité. Plusieurs projets ont été développés (Eastmain, La Romaine), même si la tentative d’acheter Énergie Nouveau-Brunswick est tombée à l’eau.

Sauf que l’intervention politique a brouillé les cartes. Le gouvernement de Jean Charest a endossé le programme des minicentrales développées par des promoteurs privés, dont les déficits devaient être compensés par Hydro à coup de dizaines de millions.

Ensuite, le modèle choisi par le gouvernement Charest pour encourager l’industrie éolienne passait aussi par le privé, à qui l’on accordait le droit de construire des centrales éoliennes, en plus de leur promettre l’achat de leur électricité à des prix plus élevés que ceux du marché.

Au final, Hydro-Québec achète de l’électricité dont elle n’a pas besoin aux producteurs éoliens et propriétaires de minicentrales. Et la facture est salée: presque 8 milliards de dollars d’ici 2021, tandis que la société d’État nage dans les surplus de production.

Mais ces surplus, ne voulait-on pas les vendre aux États-Unis? Oui, sauf que les prix du gaz et du pétrole ont dégringolé. Et certains États américains rechignent encore à considérer l’hydroélectricité comme une énergie propre, pour ne pas défavoriser leurs producteurs locaux qui exploitent des centrales thermiques.

À cela, il faut ajouter 150 millions de dollars qu’Hydro-Québec verse chaque année à TransCanada pour une centrale au gaz naturel à Bécancour qui est fermée. Un milliard de dollars gaspillés depuis sept ans.

Voilà le contexte dans lequel le PDG doit travailler. Même si Hydro-Québec fait de gros profits et paie d’énormes dividendes au gouvernement, elle doit quand même se soumettre à des diktats politiques pas toujours rationnels. Thierry Vandal, un PDG plutôt discret qui n’appréciait pas particulièrement les journalistes – au grand dam de son propre service de communications – n’a pas brillé par sa transparence. Le rapport dévastateur du vérificateur général en 2014 en fait foi.

Mais il a appris à répondre aux commandes du gouvernement comme un soldat loyal, même quand la logique ne primait pas toujours dans les décisions.

***

Quid d’Éric Martel ? À première vue, le plan stratégique qu’il a annoncé semble inédit. Il veut ni plus ni moins doubler le chiffre d’affaires d’ici 2030, en exportant davantage d’électricité dans les marchés limitrophes comme la Nouvelle-Angleterre, l’Ontario et l’État de New York.

Il souhaite aussi acquérir des infrastructures de production et de distribution d’électricité à l’étranger, ce à quoi Hydro-Québec avait renoncé au milieu des années 2000. Grâce à cette internationalisation de l’entreprise, il vise un bénéfice net de 5,2 milliards de dollars, donc de plus gros dividendes pour l’État, tout en limitant à l’inflation les hausses de tarifs.

Voilà où le bât blesse. Hydro-Québec peut certes grandir, mais sa rentabilité a de grandes chances de chuter. Pour le doublement du chiffre d’affaires, M. Martel prévoit d’ailleurs une hausse de la rentabilité limitée à 70 %.

Pierre-Olivier Pineau, professeur au HEC, revient de Norvège, où il a assisté à un congrès sur l’énergie. Là-bas, la société d’État Statkraft, l’équivalent d’Hydro-Québec, a doublé son chiffre d’affaires entre 2009 et 2014, par le biais de l’exportation et de projets internationaux.

Sauf que les profits, eux, ont chuté de façon drastique. « Ils ont dû rediriger presque toutes les liquidités vers les acquisitions, explique-t-il. Je doute qu’Hydro-Québec soit nettement plus malin que Statkraft. »


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Le message est clair. Il peut être attrayant de doubler les revenus, mais rien n’assure que les profits suivront. Les investissements peuvent être payants à moyen et long terme, mais le dividende pourrait en souffrir à court terme.

De là, dit-il, la nécessité d’entreprendre un virage vers l’efficacité énergétique. M. Pineau a toujours préconisé une hausse des tarifs d’électricité pour changer les comportements, quitte à compenser les ménages aux plus bas revenus.

« Selon un rapport commandé par Hydro-Québec lui-même, il y a 30 térawattheures à aller chercher en efficacité énergétique, martèle M. Pineau. C’est trois fois le projet de la Romaine. »

La Norvège, toujours elle, investit moins en programme d’efficacité énergétique que la France, mais obtient de meilleurs résultats… grâce à des tarifs plus élevés.

C’est cependant beaucoup plus difficile à vendre politiquement. Et ce, même si les tarifs sont payés à une société d’État, et reviennent donc aux Québécois par la voie d’un « cercle vertueux ».

Hydro-Québec préfère s’en tenir à une hausse des tarifs calquée sur l’inflation et promouvoir l’électrification des transports, certes vertueuse, mais une «distraction», estime le professeur Pineau, face au problème beaucoup plus aigu de la surconsommation énergétique.

Des commandes éminemment plus politiques, déjà dictées l’an dernier. En cela, de la direction de Thierry Vandal à celle d’Éric Martel, le naturel revient vite.

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Sur le poste de l’internationalisation, deux compagnies d’origine française EDF et Engie (anciennement GDF Suez) se partagent la part du lion. Ce sont devenu des entreprises planétaires qui sont également présentes au Canada.

EDF développe des projets pratiquement dans toutes les provinces du Canada principalement de l’énergie renouvelable : éolien et maintenant du solaire. Engie est principalement présent en Ontario, dans les provinces Atlantiques et pour le moment sur l’île de Victoria (CB) dans l’éolien ; elle commence à développer des projets solaires, elle profite de son expérience gazière (cogénération) en Ontario et travaille sur des projets de stockage du gaz au Québec par le biais de sa filiale Intragaz.

Ce que recherchent ces compagnies, c’est avant tout développer des projets favorisant leur expansion à long terme ; vendre de l’expertise et du service notamment en gestion de l’énergie. L’objectif étant de répartir les risques et de minimiser les investissements inutiles. Les gros investissements sont réservés à des pays qui peuvent ou pourront les rembourser, dans des marchés où la demande est là ou lorsqu’un accroissement de la demande est prévue.

Associé à la production d’énergies, la vente de services ; il y a un large volet financier. Ces compagnies ont des prises de participation dans de multiples compagnies, y compris au Canada. Cela assure en quelques sortes la rente et cela permet par ces participations de vendre plus aisément les services connexes.

La stratégie est claire, elle est éprouvée.

EDF et Engie ont un point commun avec Hydro-Québec, ce sont des compagnies qui initialement étaient des compagnies nationalisées. À la différence d’HQ, ces compagnies ont été transformées en sociétés à capitaux ouverts cotées en bourse. L’État français détient toujours presque 33% des actions d’Engie et encore presque 85% d’EDF.

Si ces compagnies : GDF et EDF étaient restées nationalisées, elles n’auraient pas pu envisager de telles phases de développement.

Il en va de même de la compagnie norvégienne Statkraft qui est désormais Statkraft AS dont la structure est elle aussi ouverte aux capitaux, même si officiellement la compagnie n’a qu’un seul propriétaire : l’État norvégien. Cette ouverture aux capitaux permet également son expansion et permet ses diverses prises de participation à l’international notamment.

La stratégie de Statkraft repose sur le long terme également, elle paye certes le prix de son internationalisation, lorsque ses investissements notamment en Amérique du sud et en Asie du sud devraient finalement être payants.

Ce qui donc pourrait poser problème pour la pérennité d’Hydro-Québec, c’est son modèle d’affaire et sa structure financière qui limitent sa capacité de développement hors des frontières de la province du Québec. En d’autres termes, l’État prend tous les risques, si bien que ce sont structurellement implicitement les abonnés d’Hydro qui doivent éponger ces risques en cas d’échec, si le succès est au rendez-vous, cela ne se traduit pas par des ristournes aux abonnés, cela se traduit dans le meilleur des cas par une modération de l’augmentation des tarifs d’électricité. Les gains en efficacité énergétique pratiquement essentiellement à la charge des propriétaires avec un parc immobilier et un étalement urbain jamais conçu pour produire de tels gains, tout cela ne constitue pas une solution pérenne pour permettre à Hydro-Québec de mener son expansion qui logiquement devrait être conduite tambour battant dès maintenant.

— Manifestement, c’est ce genre de modèles dysfonctionnels que préconise le professeur Pineau qui préfère sans doute l’art cosmétique à la réalité des faits. Tudieu ! C’est pas « trop-trop » fort au chapitre de l’analyse tout ça ! Nous formons bel et bien la meilleure de toutes les sociétés distinctes…. Qui pourrait jamais seulement désormais en douter ?

Tant et aussi longtemps que cette entreprise demeurera un monopole étatique et qu’elle sera à la solde des politiciens, elle ne sera jamais efficace.

Les politiciens s’en servent pour récompenser leurs n’amis, pour « développer les régions (i.e.: acheter à fort coût de l’électricité dont nous n’avons nullement besoin), pour favoriser certaines sociétés inefficaces au détriment du reste de notre économie, etc…

Bref, la meilleure chose qui pourrait arriver à HQ est d’être privatisée.

Si les profits servent pour acheter de nouvelles installations hors Québec, je ne vois aucun problème puisque c’est à long terme que les profits seront doublés. Le nouveau programme d’Hydro Québec a mis en veille les projets insignifiants des mini-centrales et la presque totalité des projets éoliens, seuls les méga projets tel que celui des Iles de la Madeleine en valent le coût (économique et environnemental).

Vous vous référez sur un article de 2014 pour chiffrer le montant du dégât économique de 7$ milliards. Hors l’article stipule clairement “Et d’ici 8 ans, en 2021, la facture doublera, à 7,9 milliards!”.

Nous sommes loin de 2021 et le virage est déjà engagé. Ce montant incluait tous les programmes d’éoliennes dont seulement 42% (de la production évaluée) sont présentement en mode production, la construction du dernier ayant été terminé en octobre 2015. C’est le bilan détaillé que vous retrouverez dans le dernier rapport annuel d’Hydro-Québec.

Puisque Hydro-Québec a pu échappé en grande partie à ce désastre annoncé, le montant de 7.9$ milliards ne représente plus que 3.3$ milliards. Somme que demeure tout de même faramineuse.

Un petit mot supplémentaire. Hydro-Québec Internationale existe depuis les années 70 et a obtenu un important contrat en Chine sur le projet des trois Gorges, elle exporte son expertise mais n’a jamais fait d’acquisition à ce jour.

…et les Chinois n’ont pas « bloqué la transaction » impliquant un « étrange » comme les gauchistes le préconisent fortement ici aussitôt qu’une société étrangère est mêlée à une transaction?

(desole, clavier sans accent) Pourquoi pas creer une autre division pour les investissements internationaux? Cette division ne sera pas forcee de fournir un dividende important a court terme et viser le rendement plus long terme sans compromettre les activites d’H-Q ici-meme.

Pas étonnant que la division production éponge le laissez aller dans la division de distribution ( gros bonis, temps supplémentaire hors normes, pas trop de travail durant le jour pour avoir du temps extra après les heures, trop d’employé, trop d’équipement et trop de tout !!!) . C’est ça le Québec et pas seulement chez Hydro…