Ikea vend un rêve

75 % des photos de meubles dans les catalogues de l’entreprise suédoise sont maintenant générées par ordinateur.

Photo © Doug Kanter / Bloomberg / Getty Images
Photo © Doug Kanter / Bloomberg / Getty Images

Scène vécue dans le bureau d’une certaine rédaction :

« – As-tu reçu ton catalogue ? (Sourire extatique)

– Pas encore ! Toi, oui ? La chance… »

Certains attendent l’arrivée des catalogues Ikea comme d’autres attendent la sortie des films Transformers (oui, il y en a). Dans les deux cas, l’imaginaire de ces amateurs fourmille grâce aux… images de synthèse.

En effet, 75 % des photos de meubles dans les catalogues de l’entreprise suédoise sont maintenant générées par ordinateur. Comme quoi, les meilleurs effets visuels sont ceux que l’on ne remarque pas.

Cette pratique reste relativement nouvelle, puisque la transition entre la photographie traditionnelle et ce système s’appuyant sur la création numérique a débuté en 2006, date à laquelle la première image de synthèse a fait son apparition dans un catalogue Ikea – elle dépeignait la chaise Bertil. Une décision motivée par des soucis économiques et environnementaux : faire une séance photo demande de construire des prototypes de chaque meuble, ainsi que de les acheminer depuis différents endroits du monde.

Ce n’est qu’en 2010 que la première pièce intégralement conçue sur ordinateur a été imprimée dans les pages du catalogue. « Il y a eu un paquet de monde qui s’est impliqué dans la production de cette image, s’est souvenu Martin Enthed, qui travaille au sein de l’agence de communication interne de la marque, pour CGSociety. Comme vous pouvez l’imaginer, étant donné qu’il s’agissait de la première fois, tout le monde a voulu y jeter un œil. Le catalogue suivant comptait ensuite quatre ou cinq images, et ça a ensuite décollé. »

Selon Martin Enthed, un exemple illustre bien les gains de temps, d’argent et d’énergie qu’amène la production d’images de synthèse : les cuisines. Étant aménagées de manière très différente selon les pays, les cuisines font partie des pièces qui nécessitent une attention particulière afin de satisfaire les préférences d’ameublement, ce que la création numérique facilite.

© CGSociety
© CGSociety

Mais vouloir n’est pas faire. Le défi soulevé par cette transition a été de reproduire l’impression de réalité et d’accessibilité des pièces présentées dans les catalogues, de manière à ce que les clients ne ressentent aucune différence.

« Les photographes expérimentés d’Ikea travaillent depuis 15 ou 20 ans avec les designers d’intérieur pour recréer cette sensation. Nous avons tenté de transmettre leurs connaissances aux animateurs 3D, qui étaient très à l’aise avec la technologie, mais qui, dans certains cas, sortaient tout juste de l’école. Nous avions besoin qu’ils comprennent la sensation qui devait se dégager des images. »

Pour ce faire, tous les animateurs 3D ont dû apprendre à faire de la photographie, et tous les photographes ont été initiés à l’animation 3D.

Malgré tout, il a fallu combattre un certain scepticisme au sein même du géant de l’ameublement, raconte Martin Enthed. « En 2009, certaines personnes à l’interne nous ont appelé pour nous dire “Arrêtez de faire des images de synthèse. Nous avons 200 images de produits et elles sont toutes horribles. Il vous faut vous entraîner davantage.” Alors, nous avons regardé les images en question, ainsi que les deux ou trois autres qu’ils trouvaient superbes, et nous nous sommes aperçus que celles qu’ils n’aimaient pas étaient des photos et celles qu’ils appréciaient étaient toutes des images de synthèse ! »

Voilà pourquoi les meubles Ikea, une fois assemblés, sont rarement aussi beaux que dans les catalogues…

À lire : «Building 3D with Ikea» sur CGSociety