Immigration: ça manque d’huile dans les rouages…

Aussi désirable que soit la diversité culturelle, son degré souhaitable n’est pas infini. L’hospitalité doit être modulée en fonction de la capacité d’absorption économique, politique et sociale.

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a annoncé des mesures pour mieux intégrer les immigrants à l’économie. (Photo: Ryan Remiorz / La Presse Canadienne)
La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a annoncé des mesures pour mieux intégrer les immigrants à l’économie. (Photo: Ryan Remiorz / La Presse Canadienne)

Le plan récemment proposé par la ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil, vise à améliorer les processus de sélection et d’intégration des immigrants avant d’en augmenter le nombre. Il engage le Québec dans la bonne voie.

En 2016, les 8 300 000 Québécois doivent accueillir 50 000 nouveaux immigrants internationaux. Cela fait 6 immigrants par tranche de 1 000 habitants. C’est un peu moins qu’ailleurs au Canada et en Europe, où on admet en moyenne 8 immigrants pour 1 000 habitants, et deux fois plus qu’aux États-Unis, où on n’en fait entrer que 3 pour 1 000.

Aussi désirable que soit la diversité culturelle, son degré souhaitable n’est pas infini. L’hospitalité doit être modulée en fonction de la capacité d’absorption économique, politique et sociale. Il serait présomptueux de croire que le Québec est à l’abri du sentiment anti-immigration qui s’exprime présente­ment en Europe et aux États-Unis. Notre politique d’immigra­tion doit être équilibrée et conçue de façon à prévenir l’apparition d’une Marine Le Pen ou d’un Donald Trump québécois.

En comparaison de l’Ontario, le Québec peine à intégrer ses 50 000 nouveaux immigrants annuels à l’économie locale. Le tableau ci-dessous montre qu’en 2015, à Montréal, le taux de chômage des immigrants récents était supérieur de 10,9 points de pourcentage à celui des natifs. C’est beaucoup plus qu’à Toronto, où il n’a dépassé celui des natifs que de 3,7 points.

taux de chômage immigrants/natifs

Le recours des immigrants à la sécurité du revenu est également important. En mai 2016, dans l’île de Montréal, la moitié des adultes prestataires de l’aide sociale (36 000 sur 73 000) étaient nés à l’étranger. Dans l’ensemble du Québec, l’État verse plusieurs centaines de millions de dollars par année aux familles immigrantes à titre d’aide de dernier recours.

Il n’est donc pas surprenant que les immigrants soient nombreux à quitter le Québec après une expérience décevante. En janvier 2015, le quart des immigrants admis au Québec de 2004 à 2013 n’y étaient plus présents.

Ces observations montrent qu’admettre beaucoup plus d’immigrants internationaux sans rien changer aux processus de sélection et d’intégration n’aurait aucun sens. Cela condui­rait à compter plus d’immigrants chômeurs ou assistés sociaux et moins d’immigrants qui resteraient au Québec pour de bon. En même temps, on aurait tout mis en place pour monter l’opinion publique québécoise contre l’immigration.

Une croyance répandue veut qu’une immigration plus abondante aide le Québec à mieux affronter le vieillissement démographique, puisque l’âge moyen des immigrants est inférieur à celui des natifs. Cela est vrai en théorie, mais toutes les recherches sur cette question ont montré que l’addition d’immigrants, même très nombreux, a en pratique un effet minuscule sur l’âge moyen de la population.


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Il y a aussi des organismes économiques, comme le Conference Board du Canada, qui prétendent que la prospérité du Canada dépend de façon cruciale de l’immigration. Le Board a déjà recommandé que le pays admette 400 000 immigrants par année. En proportion, cela en amènerait 90 000 au Québec. Il va de soi que l’immigration ajoute à la taille de l’économie. Mais il n’y a pas de preuve scientifique solide qu’elle fait augmenter le niveau de vie par habitant pour la peine. Il faut juger la recommandation du Conference Board comme farfelue et dangereuse.

Heureusement, le plan triennal d’immigration que Kathleen Weil a rendu public en juin évite ce genre d’exagération. La ministre propose une légère augmentation du nombre d’immigrants, à 52 500 en 2019. Mais surtout, elle annonce un train de mesures destinées à mieux choisir et à mieux intégrer les nouveaux immigrants à l’économie et à la société: meilleure adéquation des compétences aux besoins des employeurs, admission plus facile pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires, campagne antidiscrimination auprès des entreprises, investissement accru en francisation, accent plus marqué en faveur de candidats plus jeunes, ouverture accrue des régions à l’immigration, soutien à l’entrepreneuriat immigrant, encouragement à l’emploi pour les femmes immigrantes.

Il reste au gouvernement à accorder à la ministre les ressources dont elle aura besoin pour réaliser ces objectifs, ambitieux, mais nécessaires.

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9 commentaires
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Les Montréalais ont maintenant rattrapé les Torontois côté chômage. Ce qui continue à handicaper Montréal c’est l’immigration qui, loin de l’enrichir, l’appauvrit.
Vous parlez d’aide sociale. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Faut additionner ce que nous coûte l’immigration en éducation, logement, santé , Justice.
En prenant les données de l’Institut Fraser, c’est 4 à 5 milliards par année. Une fortune.

Que de bonnes intentions en terme d’immigration qualitative, quantitative et tutti quanti. Cela parait si tellement merveilleux et si tellement beau et si tellement vrai qu’on en mangerait !

Qu’entend-on au juste par immigration ? Et quels sont les fondamentaux de l’immigration ?

L’approche quantitative du Conference Board, sévèrement critiquée dans ce texte, repose sur le principe que les immigrants produisent plus de richesse qu’ils n’en dépensent. En terme de marché, un Canada plus densément peuplé apporterait de très nombreuses opportunités, tout en accroissant la productivité et la concurrence.

L’économie a-t-elle pour finalité de faire croître le niveau de vie des habitants ou de créer les conditions du plein-emploi ?

Une politique d’immigration bien faite devrait se concentrer sur l’emploi et non sur des principes bancals d’intégration et de sélection qu’on ne contrôlera finalement définitivement pas.

Les nombreux avantages de l’immigration ne se révèlent souvent qu’après une ou deux générations.

Je me souviens très bien des Italiens qui immigraient ici après la Deuxième Guerre Mondiale. Les Québécois les ridiculisaient parce qu’ils vivaient 2 ou même 3 familles par logement, que les femmes s’habillaient seulement en noir, qu’ils étaient prêts à trimer dur pour presque rien, et qu’ils ne parlaient pas Français.

Voyez les Italiens aujourd’hui, après 2 générations… Ils sont parfaitement intégrés, créent des milliers d’emplois et en plus, ils votent Libéral.

Que demander de plus???

Tout du bon monde sans nuance. C’est bien connu, la Maffia est une organisation de bienfaisance sans but lucratif créatrice d’emploi. Il me semble qu’à la Commission Charbonneau, la communauté italienne était très bien représentée dans le groupe des « crosseurs ». Sans doute, l’intégration au monde criminel, c’est un grand succès !

Tiens…un amalgame scabreux!!! Un pantin de Lisée?

Quelques Italiens se sont fait prendre dans des opérations douteuses et « pouf! » TOUS les Italiens appartiennent à la Mafia.

Si je me souviens bien, plusieurs Québécois francophones pure laine se sont également fait prendre les deux mains dans le plat de bonbons… Selon votre raisonnement (résonnement?) TOUS les Québécois seraient dans la Pègre?

N’importe quoi!

Elle est trop drôle, vous m’accusez de faire du mur à mur, mais qui « résonne » comme si tous les italiens votaient libéral, tous seraient parfaitement intégrés et tous seraient des « créateurs » d’emploi sans distinction ?

Si vous savez lire, je mentionnais les Italiens qui sont arrivés chez nous après la Deuxième Guerre Mondiale et OUI, ils sont maintenant, après une génération, parfaitement intégrés. La plupart sont polyglottes (Français, Anglais et Italien) et sont les Québécois au même titre que vous et moi et c’est connu de tous que les comtés où ils sont installés sont des comtés Libéraux.

Créateurs d’emplois? peut-être pas tous mais ils ont un esprit entrepreneurship qui manque cruellement à plusieurs Québécois de souche trop ancrés dans le confort malsain que leur procure les autres Canadiens via la très généreuse péréquation Canadienne.

Laissez le temps aux immigrants de s’adapter plutôt que de créer un ghetto hermétique et hostile aux « étranges » et vous verrez, vous ne le regretterez pas.

Avec les libéraux mur à mur, ce sera toujours plus plus plus d’immigration muslim (et plus d’électeurs pour eux). Pourquoi aborder des sujets qui sont verrouillés à double tour?