Inflation : le début de la fin ?

Enfin, ça semble se calmer à la caisse enregistreuse ! La mise à jour sur l’inflation de Statistique Canada laisse croire que le sommet est atteint. Reste à savoir comment se passera la descente. 

Photo : Daphné Caron

Très attendues, les données sur l’inflation de Statistique Canada dévoilées mardi montrent enfin un ralentissement. De juin à juillet, l’indice des prix à la consommation a en effet diminué légèrement au Québec. Sur une base annuelle, de juillet 2021 à juillet 2022, les prix ont augmenté de 7,3 %, alors que le mois précédent, de juin 2021 à juin 2022, la hausse était de 8 %.

Est-ce que cela signifie que l’inflation avait atteint un maximum en juin et qu’on assiste maintenant à une décrue ? Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, semble le croire. Il a observé qu’à l’heure actuelle, l’ensemble des économistes prévoient que l’inflation « va rester élevée au troisième trimestre — juillet, août, septembre —, pour amorcer une descente plus significative au quatrième trimestre ». 

On espère bien que le ministre et ses confrères économistes ne se trompent pas. Il est vrai, le prix de l’essence ordinaire au Québec a déjà diminué de façon appréciable, étant passé de 2,25 $ le litre en général au milieu de juin à 1,85 $ au milieu d’août. Les prix des aliments se stabilisent. Le marché immobilier s’est calmé. Le coût pour se loger n’augmente plus.

Tout reste cher, mais globalement, la hausse des prix a commencé à ralentir.

Il y a cependant encore loin de la coupe aux lèvres. La distance à franchir demeurera longue avant que le taux d’inflation soit redescendu à la norme annuelle de 2 % que la Banque du Canada s’est engagée à atteindre à terme. Le gouverneur de la Banque, Tiff Macklem, a rapporté en juillet que, malgré les bonnes nouvelles pour l’essence et l’immobilier, plus de la moitié des biens et services de consommation progressent à un taux annuel supérieur à 5 %. Il ne s’attend pas à un retour du taux d’inflation sur un an à 3 % avant la fin de 2023 et à 2 % avant la fin de 2024.

La Banque a commencé à pousser les taux d’intérêt à la hausse en vue de ralentir les ardeurs de la dépense et de réduire la pression qu’elle exerce sur les prix. Mais les effets ne se font pas sentir instantanément. Et surtout, il ne faut pas freiner l’économie au point de la faire tomber en récession. Le taux de chômage est à son plus bas en 55 ans. Il est par exemple inférieur à 3 % dans la région de Québec et à 2 % dans Chaudière-Appalaches. On s’attend à le voir remonter, mais on ne voudrait pas qu’il dépasse les bornes non plus !

Le graphique fait le point. Il trace l’évolution récente du taux d’inflation des prix à la consommation au Québec, non pas sur une base annuelle comme on le fait habituellement, mais sur une base trimestrielle. Plutôt que de suivre la hausse des prix accumulée depuis 12 mois, on calcule de combien ils ont augmenté depuis trois mois. Cela permet de capter plus rapidement les changements qui surviennent à court terme dans la tendance de l’inflation.

On constate qu’en mai dernier, les prix avaient grimpé de 3,5 % par rapport à février, mais que le mois dernier, en juillet, ils n’ont monté que de 2,1 % par rapport à trois mois plus tôt. Toute une amélioration, mais il y a encore bien du chemin à faire pour nous ramener à la cible annuelle de 2 % visée par la Banque du Canada. Car réaliser 2 % sur 12 mois requiert un taux d’inflation trimestriel de 0,5 % répété quatre fois !

Tout compte fait, les données récentes semblent montrer que la tendance de l’inflation est maintenant à la baisse. Pour l’avenir, on croise les doigts, en espérant qu’il ne faudra pas une récession pour en venir à bout.

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Comme l’écrit monsieur Fortin : « Il y a cependant encore loin de la coupe aux lèvres »….

Si sans doute la baisse de l’essence à la pompe en juillet entre dans l’équation de l’indice des prix, il n’en reste pas moins que certains produits de base comme le pain poursuivent leur course en avant.

L’analyse des données de Statistique Canada, montrent néanmoins que l’inflation plutôt élevée en juillet 2022 est près du double de ce qu’elle était en juillet 2021. Ainsi l’évolution à court terme trimestrielle de l’indice des prix à la consommation doit-elle être considérée avec précaution.

Je sais bien que la situation qui prévaut ici qu’elle se compare largement avec d’autres juridictions sur la planète.

Mais… disons que la hausse des prix relève selon moi, dans plusieurs cas de l’irrationalité et de l’avidité de quelques-uns plutôt que cela ne résulte de caractéristiques économiques qui justifient de réelles augmentations de prix.

Dans un modèle économique de type libéral, la libre-concurrence devrait être un régulateur puissant pour générer une hausse des prix modérée. Pour se faire, il faut réorganiser le travail en vu d’abaisser ses coûts et au besoin sabrer dans les marges bénéficiaires. Il faut négocier la valeur qui doit-être attribuée à toutes choses.

Il faudrait relancer l’investissement, ce qui est un peu antinomique lorsqu’on augmente le taux directeur ; aussi faudrait-il moduler les taux d’intérêts en fonction des projets ou subventionner certaines activités, c’est notamment ce que propose le récent plan Biden pour lutter contre l’inflation et réduire l’empreinte carbone des Américains.

Lorsque comme l’avait suggéré le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem voici quelques semaines : il faudrait ne pas augmenter les salaires pour stabiliser l’inflation, de tels propos démontrent que la masse salariale est un élément déterminant de la hausse des prix.

La question dans ce cas serait de savoir si la masse salariale est réellement distribuée équitablement ou malgré les propos lénifiants de quelques-uns sur l’égalité, s’il n’est pas toujours de réelles distorsions qui réduisent les marges de manœuvre susceptibles de relancer l’économie et la stabilité des prix.

Puisque la masse salariale risque de poursuivre sa course en avant au-delà de l’inflation pour quelques temps encore au profit d’une population restreinte… ne conviendrait-il pas d’introduire un impôt sur le revenu spécial destiné à toutes celles et ceux qui n’ont pour autre modèle de vie que l’enrichissement ?

Cela ne sera pas pour plaire à tout le monde bien évidemment. Peut-on cependant s’offrir le luxe de faire autrement ?

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