Infographie: L’Afrique à vendre

Un peu partout dans le monde, des investisseurs et des entreprises aux poches profondes s’activent pour mettre le grappin sur les dernières terres fertiles. Ils louent ou achètent parfois des milliers de kilomètres carrés de territoire en vue de l’exploiter.

Le continent africain, en particulier, est en train d’être vendu en pièces détachées à des organisations étrangères. C’est ce que montre notre carte interactive.

Environ 2,8 millions de personnes sont touchées par la famine en Éthiopie. Or, comme le révélait The Guardian en 2010, le gouvernement éthiopien offre au moins « trois millions d’hectares de ses terres les plus fertiles aux pays riches et aux étrangers les mieux nantis afin qu’ils puissent les exploiter et fournir de la nourriture aux populations de leurs pays. »

« Et l’Éthiopie n’est qu’un pays parmi plus de 20 pays africains où la terre est achetée ou louée pour l’agriculture intensive, dans ce qui pourrait être le plus grand changement de propriété depuis l’époque coloniale », poursuit le quotidien britannique.

Quand la terre viendra à manquer

On peut facilement comprendre pourquoi l’Afrique est à ce point convoitée.

D’abord, le boum démographique. Selon l’ONU, il y aura 11 milliards d’humains à nourrir en 2050… et les terres propres à l’agriculture sont en déclin. La FAO estime qu’il n’en resterait plus que 27 000 km2, soit moins que la superficie de la Belgique !

Ensuite, l’Union européenne (et d’autres pays) insiste désormais pour que 10 % du carburant utilisé dans le secteur des transports proviennent de ressources « renouvelables » comme l’éthanol (produit à partir de végétaux). Dans le futur, on devra donc cultiver la terre pour faire rouler nos autos.

Dans ce nouveau contexte mondial, l’Afrique peut compter sur des millions de kilomètres carrés de terres fertiles… et sur des gouvernements prêts à les céder aux plus offrants.

Voilà pourquoi il faut s’attendre à ce que les terres agricoles africaines fassent l’objet de toutes les spéculations dans un avenir rapproché.

À propos des données utilisées

Les données de notre carte interactive proviennent du projet indépendant Land Matrix.

Ce projet a pour ambition de sensibiliser le public au phénomène de l’accaparement des terres « land grabbing ».

Land Matrix, et ses collaborateurs bénévoles, enrichissent une banque de données recensant des centaines de transactions foncières. En date du 14 juillet 2013, 1487 transactions étaient ainsi répertoriées: une société chinoise qui achète des terres agricoles au Zimbabwe, une multinationale américaine qui achète des champs de soya au Brésil, etc.

Bien sûr, ces données sont forcément incomplètes. Sauf qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune source de données officielle et publique concernant ce genre de transactions. Nous devons donc nous contenter de ce portrait partiel de la situation.

Nous avons filtré ces 1487 transactions pour n’en conserver que 340 : celles concernant des contrats conclus entre des entreprises étrangères et des terres (essentiellement agricoles) situées sur le continent africain, entre 2000 et 2013.

La taille des cercles donne une indication de la superficie des terres cédées. En survolant un cercle avec la souris, vous verrez de quels pays sont originaires les entreprises ou individus qui ont mis la main sur des parcelles du territoire.

On découvre au passage certains détails intéressants.

Par exemple, des entreprises établies aux Émirats arabes unis – un pays d’une superficie de 82 800 km2 – ont mis la main sur un peu plus de 28 000 km2 de terres en Afrique.

Et des entreprises basées au Singapour ont acquis en Afrique quelque 5829 km2 de terres… Un territoire 8 fois plus vaste que le Singapour lui-même !

Pour plus de détails sur ces données, consultez le site Land Matrix : landmatrix.org

Laisser un commentaire