Innovation : à quoi joue Québec ?

Depuis 1985, le Centre québécois de valorisation des biotechnologies, installé à Québec, aidait les PME innovantes à s’implanter. Sa fermeture a tout d’un non-sens, dit la blogueuse Valérie Borde.

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Photo : Getty Images

À première vue, la fermeture, en juillet, du Centre québécois de valorisation des biotechnologies (CQVB) a tout d’un non-sens.

Alors que le Québec a besoin de rehausser la capacité d’innovation de ses PME, la disparition d’un centre de liaison et de transfert dans un domaine porteur de surcroît — celui des bioindustries — envoie un bien mauvais message.

Sante_et_scienceDepuis 1985, le CQVB, basé à Québec, aidait les PME innovantes en démarrage à s’implanter en leur fournissant de l’information stratégique, en organisant des rencontres de réseautage et en les soutenant financièrement. Il employait 15 personnes.

Dans les dernières années, le CQVB a notamment soutenu GenePOC, fondée par l’infectiologue Michel Bergeron, de l’Université Laval (qui a conçu un système de diagnostic automatique des maladies infectieuses) et d’autres entreprises en démarrage comme Feldan, qui fabrique des protéines recombinantes pour la recherche.

Dans le passé, le CQVB a notamment joué un rôle important dans les débuts de la compagnie Medicago — qui produit des vaccins à base de plantes —, vendue l’an dernier pour 357 millions de dollars à la japonaise Mitsubishi Tanabe Pharma.

Dans les dernières années, le budget du CQVB avait fondu comme neige au soleil. Le financement de cet organisme a but non lucratif, qui tirait 55 % de ses revenus du gouvernement provincial, est passé de 1,9 million de dollars à 500 000 dollars par année en deux ans, selon son PDG, Richard Cloutier.

Sous le gouvernement péquiste, le CQVB avait déposé un plan d’affaires pour 2014-2019 qui prévoyait une contribution de Québec d’environ deux millions de dollars par an.

Lors de son dernier budget, en juin, le gouvernement Couillard a annoncé plusieurs mesures de soutien à l’innovation dans les PME, dont la création de l’organisme Créativité Québec — doté d’une enveloppe de 150 millions de dollars sur trois ans — et une aide de 500 000 dollars pour les Centres d’entrepreneuriat universitaire.

Mais pour l’instant, aucune instance ne semble en mesure de remplacer le CQVB, qui, en près de 30 ans d’existence, avait acquis une expertise pointue dans un secteur industriel où les encouragements sont nécessaires pour que des projets débouchent, puisqu’il faut souvent de très nombreuses années pour passer de l’idée au produit.

Dans le journal Les Affaires, le PDG de Québec International, Carl Viel, se dit inquiet. Les fonds de capital de risque dans lesquels Québec est impliqué, comme Teralys et Amorchem, vont-il reprendre le rôle du CQVB ?

Chose certaine, le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations devrait rapidement annoncer la couleur et ne pas laisser les chercheurs québécois avec l’impression qu’il n’a pas grand-chose à leur proposer pour les aider à transformer leurs idées en entreprises florissantes.

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À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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