Investir dans l’or ? Et pourquoi pas ?

Acheter de l’or en prévision de sa retraite, c’est comme souscrire une assurance pour sa maison ou sa voiture.

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Les Québécois sont aujourd’hui assis sur un véritable trésor. Durant les trois premiers trimestres de la pandémie, ils ont freiné leur consommation et épargné comme jamais. D’après les données des Comptes économiques du Québec, au lieu de mettre de côté collectivement 11,6 milliards de dollars comme ils l’avaient fait lors des neuf premiers mois de 2019, ils ont épargné cette fois-ci… 47,3 milliards !

Que faire de cette manne ? La faire fructifier, bien entendu. Et pourquoi pas de manière originale, en investissant — pour changer des REER, CELI ou REEE — dans l’or ? Une idée que développe ici André Dubuc, journaliste à La Presse, qui a cosigné avec François Riverin, un expert du secteur minier, Investir dans l’or — Le nouveau Klondike à la portée de tous (Guy Saint-Jean Éditeur, 2021). Nous avons demandé à André Dubuc comment faire de ses investissements de l’orfèvrerie.

Pourquoi investir aujourd’hui dans l’or ?

Parce que lorsqu’on investit dans l’or, on agit comme lorsqu’on souscrit une assurance pour sa maison ou sa voiture. On achète de l’or pour protéger la valeur de son patrimoine. En ce sens, on gagne à le faire quand on veut préparer ses vieux jours.

Concrètement, comment s’y prend-on pour acheter de l’or ?

On se procure de l’or de deux façons. Soit on achète de l’or physique, comme une pièce d’or, soit on achète un papier qui nous dit qu’on est propriétaire d’or. L’achat d’or physique est recommandé, car l’investisseur est sûr d’y avoir accès quand il en aura besoin. Une façon de faire est de se procurer des Feuilles d’érable en or d’une once de la Monnaie royale canadienne. Elles se vendent chez des marchands autorisés et elles sont acceptées mondialement. Mais avec l’or physique, il y a l’inconvénient du risque de vol. D’où l’intérêt de l’or de papier, qui peut prendre la forme de fonds négociés en Bourse (FNB) investis en lingots, comme le FNB iShares Gold Bullion de l’américain BlackRock, l’un des plus grands gestionnaires d’actifs du monde. La question des coûts d’entreposage et de sécurité est ainsi réglée.

Et acheter des bijoux en or, ça peut aussi faire l’affaire ?

Les bijoux, ce n’est pas l’idéal. En cas de revente, le propriétaire obtient la plupart du temps la valeur en or du bijou, sans nécessairement retrouver le prix d’achat original.

Faut-il être déjà riche pour investir dans l’or ?

Aucunement. Tout épargnant, quel que soit son niveau de richesse, peut — et même doit — détenir de l’or dans son portefeuille de placements, tout comme chaque propriétaire de maison possède une assurance habitation. C’est que les actifs que nous pouvons détenir — par exemple, les actions d’une entreprise cotée en Bourse, ou encore notre maison — sont aujourd’hui à risque : ils sont chers et ne sont pas à l’abri d’une perte de valeur brutale et durable. Pire : si l’inflation se mettait bientôt à grimper, le pouvoir d’achat de nos épargnes commencerait automatiquement à fondre. De son côté, l’or est fortement corrélé avec l’inflation : quand l’inflation monte, l’or monte. C’est pour ça qu’on dit que l’or est une « assurance patrimoine ». Il suffit que de 2 % à 3 % de notre portefeuille de placements soit composé de métaux précieux comme l’or pour que nos épargnes commencent à bénéficier de cette protection.

Mais alors, on ne peut pas vraiment faire fortune avec l’or…

On n’achète pas de l’or pour devenir riche du jour au lendemain. À moins de tenter sa chance en acquérant des actions en Bourse de sociétés aurifères : quand la conjoncture est favorable, les gains peuvent être spectaculaires — 10 fois, 20 fois sa mise, voire plus —, mais le risque est en conséquence ; bien des gens ayant investi dans des sociétés d’exploration minière qui promettaient la lune ont tout perdu.

Warren Buffett, le célèbre investisseur et un des hommes les plus riches de la planète, est un grand dénigreur de l’or. Pourquoi ne pas l’écouter ?

Warren Buffett est dans une ligue à part, avec une encaisse de plus de 130 milliards de dollars américains. Il a joué au banquier de dernier recours lors de la crise financière de 2007-2008, ce qui est certainement plus rentable que d’acheter des lingots d’or et de les regarder briller. Il faut comprendre que ses stratégies financières ne peuvent pas être celles de l’épargnant moyen.

Le cours de l’or fait le yo-yo, avec des pics en 1980, 2011 et 2020. N’est-ce pas risqué de miser maintenant sur lui ? D’autant plus que Vincent Delisle, premier vice-président et chef des Marchés liquides de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a récemment déclaré que la valeur de l’once d’or avait progressé de 18,5 % durant les six premiers mois de 2020, pour reculer de 2,3 % pendant les six mois suivants…

Effectivement, selon la date de référence retenue, l’or va très bien ou paraît mal. Je ne pense pas que l’or soit surévalué en ce moment ; en revanche, si l’on regarde les actions cotées en Bourse, on note que le ratio cours-bénéfice est actuellement à des multiples bien plus élevés (25-30 fois) que sa moyenne historique (environ 15 fois). Autrement dit, investir dans l’or en 2021 est bien moins risqué que d’acheter des actions du constructeur d’automobiles électriques Tesla !

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« Les Québécois sont aujourd’hui assis sur un véritable trésor. »

Oui, surtout les itinérants et les 20 % les plus pauvres de la population.

La décence ne vous effleure pas parfois ?