Jacques Parizeau et la banalisation de la dette

L’ex-premier ministre a entrepris un nouveau combat : celui de banaliser la dette du Québec. Loin d’y voir un cancer, il est venu à y voir une expression de la «normalité» qui ne mérite pas l’attention et l’inquiétude que lui accordent les gouvernements et les citoyens.

Photo: Pierre Roussel/Getty Images
Photo : Pierre Roussel/Getty Images

Jacques Parizeau a entrepris un nouveau combat : celui de banaliser la dette du Québec.

Pour la troisième fois cette année, l’ex-premier ministre nous invite à ne pas trop nous en faire. Après avoir dit, en mars dernier, que le concept de dette brute utilisée par les derniers gouvernements est une supercherie ; après nous avoir mis en garde, en mai dernier, contre une surdramatisation de notre endettement, il a récidivé, il y quelques jours, en disant que nous étions «extrêmement normaux» avec notre dette de classe mondiale.

C’est gentil de sa part de prendre la peine de nous réconforter, d’autant que cette dette, il en est quand même un peu responsable. Les ministres qui l’ont précédé — et ceux qui lui ont succédé — ont fait plus que leur part, mais notons que l’endettement du Québec a été multiplié par six pendant le temps qu’il occupait le poste de ministre des Finances, et les paiements d’intérêts sur cette dette sont passés de 500 millions de dollars (lors de son premier budget) à 3 milliards quand il a quitté la politique pour la première fois.

Monsieur Parizeau n’aime pas le concept de dette brute, qui représenterait une vision exagérée de la situation. La dette brute, rappelons-le, inclut les déficits passés des différents gouvernements et le passif net au titre des régimes de retraite des employés de l’État.

C’est un concept imparfait, mais qui tient compte des engagements financiers de l’État. Ce n’est pas en utilisant une autre convention comptable que le Québec va se soustraire à des paiements d’intérêts de 3,3 milliards de dollars cette année sur le seul passif des régimes de retraite. L’actuel ministre des Finances a dû allouer 400 millions de dollars supplémentaires cette année pour servir cette dette immensément réelle.

Monsieur Parizeau préfère utiliser le concept de dette nette (la dette brute moins les actifs financiers) ou, mieux encore, celui de dette représentant les déficits accumulés. Ces deux notions diminuent le poids relatif de la dette en proportion de l’économie.

Même en utilisant d’autres notions, la situation du Québec ne s’améliore pas par magie. La dette nette du Québec représente 49 % de son PIB, comparativement à 37,4 % pour l’Ontario.

Cela n’est pas le seul enjeu. Le gouvernement du Québec alloue cette année 8,6 milliards de dollars au financement de sa dette. Cela représente 10,5 % de ses dépenses, ce qui en fait le troisième poste budgétaire.

Voilà une dépense incompressible et qui passe avant toutes les autres missions de l’État. Par chance, les taux d’intérêt sont à un plancher historique. Il y a quand même une pression à la hausse, et le Québec doit offrir cette année des taux plus avantageux à ses prêteurs.

Voilà pourquoi les paiements d’intérêts sur la dette sont passés de 7,7 milliards de dollars en 2012-2013 à 8,6 milliards cette année.

Lors de son premier et seul discours sur le budget (exercice 1995-1996), Jean Campeau, le ministre des Finances de Jacques Parizeau, avait prononcé ces sages paroles :

«… La dette mine la santé des finances publiques. C’est un véritable cancer. En seulement quatre mois, le service de la dette a augmenté de 319 millions de dollars, pour la seule année 1994-1995, par rapport à ce qui avait été anticipé l’automne dernier.»

Cette année, l’augmentation des intérêts aura été de 817 millions de dollars. Que fait Jacques Parizeau ? Loin d’y voir un cancer, il est venu à y voir une expression de la «normalité» qui ne mérite pas l’attention et l’inquiétude que lui accordent les gouvernements et les citoyens.

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21 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Les excités de la CAQ qui gonflent la dette à 250G devraient nous expliquer comment pareil mastodonte peut couter à peine 8,6G par année à financer!

Depuis 15 ans, la part du cout de la dette dans le budget du Québec a fondu!

*sors la calculatrice* … 8,6 / 250 = 3.44%.

Les taux des bons du Québec sont d’environ 3% présentement. Le 250G$ comprend aussi la dette des sociétés d’État comme Hydro-Québec qui financent eux même leur dette. Au 31 décembre 2012, la dette d’Hydro-Québec était de 43,5 milliards $. C’est environ 17% de la dette brute. Ce qui donne environ 0.5% qui se rajoute au 3% pour 3.5% de taux de financement. Et j’oublie toutes les autres dettes. Il semble que ce ne soit pas si « excité » que ça.

et combien vaut Hydro-Québec?
100G?
150G si on augmentait les tarifs au niveau nord-américain

250G plus 43G moins 150G, ca donne combien de dette nette?

Ah…le mythe de la dette nette.

Ce n’est qu’un écran de fumée pour illettrés économiques.

Combien valaient les actifs de la Grèce croyez-vous?

FONDU???

Relisez l’article et plus particulièrement ce passage:

« Cela n’est pas le seul enjeu. Le gouvernement du Québec alloue cette année 8,6 milliards de dollars au financement de sa dette. Cela représente 10,5 % de ses dépenses, ce qui en fait le troisième poste budgétaire.

Voilà une dépense incompressible et qui passe avant toutes les autres missions de l’État. Par chance, les taux d’intérêt sont à un plancher historique. Il y a quand même une pression à la hausse, et le Québec doit offrir cette année des taux plus avantageux à ses prêteurs.

Voilà pourquoi les paiements d’intérêts sur la dette sont passés de 7,7 milliards de dollars en 2012-2013 à 8,6 milliards cette année. »

Passer de $7.7 milliards à $8.6 milliards s’appelle « fondre » chez vous?

Nous sommes déjà les plus endettés et les plus taxés du Canada. Le problème du Québec n’en est pas un de revenu mais de DÉPENSES!

« …une chance que le publique ne banalise pas leurs dettes à la Parizeau, les banques serai sur le gros nerf » (Par JL)

« Pour sa part, le Québécois moyen s’en balance complètement…de la dette fédérale, provinciale, municipale, scolaire et hospitalière…de son total. » (Par Gilles Bousquet)

Par ces écrits ci-haut, on voit très bien le comportement de la droite anti-Québec qui fait de la tite politique genre tea party. Quelle harmonie de la droite!

— Partons sur des chiffres simples :

Si mon revenu net est de 100 000 dollars et ma dette nette de 100 000 dollars. Disons que je ne suis pas trop endetté, que je peux aisément payer mes intérêts sur ma dette pratiquement à vie sans devoir trop m’en soucier. Même avec une conjecture économique favorable, je vais pouvoir bénéficier de toutes sortes d’opportunités qui me permettront de voir mon revenu net augmenter et/ou suivant mon bon plaisir ma dette nette diminuer.

Si mon revenu net plafonne à 20 000 dollars et ma dette nette est de seulement 10 000 dollars. Disons que je commence à être endetté. Si tout reste sous contrôle, je vais pouvoir assumer mes dépenses y compris mes intérêts sur ma dette, disons néanmoins que ma marge de manœuvre est faible, que je suis à risque de voir mon endettement croître lorsqu’en période favorable mes possibilités d’enrichissement demeureront désespérément limitées.

La réalité est que plus vous êtes riches et confortables ; et plus vous pouvez vous endetter ; et plus vous augmentez vos chance de conserver votre niveau d’endettement sous contrôle. À moins que vous ne développiez des pathologies de dépenses compulsives. La seconde réalité est que le niveau d’endettement à naturellement tendance à baisser avec le temps. Si vous avez déjà obtenu à peu près tout ce qui est beau dans la vie et qui a de la valeur. Vos besoins au fil du temps vont décliner. Non seulement vous pourrez réduire vos dettes, mais encore vous pourrez répartir vos avoirs, vos épargnes et vos biens de manière à produire des heureux.

La question est donc de savoir, si le Québec doit demeurer avec + ou – 70% de sa population un pays du tiers quand ce n’est pas du quart monde ou s’il est raisonnable de considérer que si progressivement 80% d’entre nous avaient de quoi se constituer un patrimoine qui ait de l’allure, nous ne serions pas tous et collectivement plutôt mieux dans la vie ; même avec une dette décuplée qui quoique dans ce cas serait presque parfaitement contrôlée.

— Jacques Parizeau a contribué à enrichir le Québec et bien des québécois, le problème c’est que celles et ceux qui ont pleinement profité de cette manne sont désormais devenus des ingrats.

« Ce n’est pas en utilisant une autre convention comptable que le Québec va se soustraire à des paiements d’intérêts de 3,3 milliards de dollars cette année sur le seul passif des régimes de retraite. (…)

Le gouvernement du Québec alloue cette année 8,6 milliards de dollars au financement de sa dette. (…) »

Vraiment ? Pierre Duhamel semble ne pas avoir compris les subtilités de la comptabilité gouvernementale. Les 3.3 milliards d’intérêts attribués au passif des régimes de retraite est une écriture comptable où il n’y a aucune sortie d’argent, ce sont des intérêts fictifs. En conséquence le seul déboursement véritable est le « service de la dette directe » qui est selon les chiffres cités plus haut de 5.3 milliards (8,6 – 3,3). Pour une explication plus détaillée :

« Le gouvernement se reconnaît un engagement à l’égard du financement des régimes de retraite de ses employés, désigné comme son obligation actuarielle à cet égard, dont le montant est la valeur actualisée des paiements futurs anticipés au titre des prestations qui seront versées aux retraités. Chaque année, il inscrit à ses dépenses un coût annuel qui reflète la valeur actualisée de ces prestations futures découlant de l’année en cours. Comme l’amortissement des immobilisations, ce coût est inscrit comme une charge, parmi les « opérations budgétaires » qui n’affectent pas les fonds (le
gouvernement se limitant à inscrire un engagement à payer ultérieurement des prestations), avec contrepartie au compte « Régimes de retraite » dans les « opérations non budgétaires », sous la forme d’un montant positif équivalant à un apport de fonds. La charge budgétaire relative aux régimes comprend aussi les frais d’intérêt fictifs que le gouvernement impute à son obligation actuarielle au titre des régimes de retraite, avec sa contrepartie, également sous la forme d’un montant positif, au compte « Régimes de retraite » dans les « opérations non budgétaires. (…)

Le « service de la dette », je le rappelle, comprend deux composantes, le « service de la dette directe » et les « intérêts au titre des régimes de retraite », dont seule la première entraîne un versement réel d’intérêts en espèces. Les « intérêts au titre des régimes de retraite » sont des intérêts « imputés » au service de la dette, c’est-à-dire une dépense fictive, comptable, qui n’entraîne pas de décaissement. (…) Le coût réel du financement de la dette se limite au « service de la dette directe » … ». (Louis Gill, Rembourser la dette publique : la pire des hypothèses)

Je crois que Parizeau commence à déblatérer ,une chance que le publique ne banalise pas leurs dettes à la Parizeau, les banques serai sur le gros nerf

Pour sa part, le Québécois moyen s’en balance complètement…de la dette fédérale, provinciale, municipale, scolaire et hospitalière…de son total.

C`est vrai que les Québecois s`en foutent. Sauf lorsqu`il y a des compressions à cause des déficits et de l`endettement excessifs. Ce qu`on a vu au printemps 2012 n`est que le début.

Le Mythe de la dette abominable c’est de comparer la dette d’un état à celle d’un ménage… Bien sûr l’image est facile, simple à comprendre et très utile pour les détracteurs mais ce sont des concepts complètement différent. Les investissement dans les infrastructure ou dans certains programmes peuvent à être considérablement avantageux et rentables même si ils augmentent temporairement cette fameuse dette. Pour une meilleure compréhension je vous suggère: LE PRIX DE L’INÉGALITÉ par Joseph E. Stiglitz ( disponible gratuitement dans toutes les bonnes bibliotèques municipales !!!)

« même si ils augmentent temporairement cette fameuse dette. » (sic)

Et c’est quand la dernière fois que vous avez vu notre dette québécoise augmenter « temporairement »?

Bonjour. Belle mentalité n’est-ce pas ? Les autres ont des dettes et pourquoi pas nous aussi. Si les autres se foutent en bas du pont, nous n’aurons qu’à en faire de même… non ? Monsieur Parizeau continue sa verve d’une turpitude consommée. Les Québécois font vivre les banques et bien le gouvernement aussi mais aussi les banques étrangères où le Québec doit emprunter. Ce que monsieur Parizeau traite d’actif devrait plutôt être qualifié d’actif endetté puisque comme une maison, elle n’appartient à son acheteur que lorsqu’il a terminé de la payer. Hors au Québec avec un taux inimaginable de taxation et d’imposition nous ajoutons une économie centrée sur les ressources naturelles dont la foresterie qui est sur le dos pour un demi-siècle à venir. Mais “c’est pas grave“ nous croulerons en même temps que les autres. Bravo, monsieur Parizeau, continuer à picoler c’est votre prérogative mais pouvez vous enfin vous taire au lieu de dire de pareilles insignifiances. Merci.

Est-ce que quelqu’un s’est penché sur la proportion des intérêts sur la dette directe qui est remise à des Québécois versus à des étrangers et ce que font ces Québécois avec cet argent? Et l’impact de cette situation sur l’économie québécoise (et le compte courant)? Idéalement, si c’était 100% et que cet argent était entièrement dépensé dans l’économie québécoise, il me semble que la dette publique serait un moindre mal. Je pense qu’on est loin de l’idéal mais il serait intéressant de voir ce qui en est. Des économistes volontaires?

@ Claude Perras :

Vous posez un point pertinent. Je vous propose quelques éléments de réflexions :

À ma connaissance, il n’y a pas de données analytiques très précises sur qui détient la dette québécoise. Toutefois, les économistes du Mouvement Desjardins avaient en 2006 procédé à une estimation (il est possible qu’ils aient procédé depuis à d’autres estimations, je n’ai pas trouvé pour l’instant cette information).

Ce serait par conséquent environ 50% de la dette publique qui est détenue par des intérêts québécois : institutions financières, gestionnaires de fonds dont le siège social est dans la Province, qui gèrent des fonds pour des entreprises ou encore des particuliers, etc.

Le reste est détenu par d’autres institutions canadiennes, les États-Unis, le Japon et l’Europe.

À titre de comparaison, c’était au 31 décembre 2010, 53% de la dette publique canadienne qui était détenue à l’étranger et 68% de la dette publique française qui est détenue à l’étranger. Il s’agit ici aussi d’estimations.

Ce qui peut être considéré comme préjudiciable, ce sont les taux d’intérêts auxquels est astreint l’État québécois. Actuellement en 2013, le Québec doit acquitter environ 4,5% en moyenne sur sa dette brute. Avec un taux moyen aux alentours de 2,5% le montant des prélèvements diminuerait presque de moitié. Un meilleur ratio dette/PIB favoriserait des remboursements à taux d’intérêts plus compétitifs.

Selon l’OCDE, le taux d’intérêt moyen à long terme sur 2013 oscillait entre 1,92% et 2,58% pour le Canada. Chaque point de pourcentage d’intérêts supplémentaires rend plus difficile à atteindre, l’objectif de l’équilibre budgétaire. Lorsque toutes les dettes contractées ne favorisent pas automatiquement l’accroissement de la richesse dans toute la province. C’est en quelques sortes sur l’accroissement de notre richesse collective qu’il faut se pencher.

Merci pour ces éléments de réflexions. Il faut donc travailler et sur le numérateur et sur le dénominateur du ratio dette/PIB pour des taux d’intérêts plus compétitifs et se sortir de la spirale (ou arrêter de s’enfoncer). Pour augmenter la proportion de la dette détenue par des intérêts québécois, il y aurait peut-être lieu d’offrir des taux de rendements supérieurs (discrimination positive) aux détenteurs québécois (d’obligations, par exemple). Ne suis pas sûr de la légalité et de la faisabilité d’une telle démarche. Encore là, il faudrait que ces détenteurs québécois réinvestissent dans l’économie québécoise (peut-être se passer d’un voyage dans le sud un hiver sur deux).

@ Claude Perras,

Si je suis pleinement d’accord avec vous qu’une meilleure rémunération des obligations du Québec, donc nôtre épargne serait une bénédiction lorsqu’elle permettrait probablement d’accroitre la proportion de la dette détenue par les québécois… encore faut-il que la population ait les moyens d’épargner plus. — À ma connaissance, il n’y a rien d’illégal à accorder ce type d’avantage positif à la population. Si ce n’est que les obligations se trouvant sur le marché obligataire peuvent-être achetées par n’importe qui où que ce soit. Peut-être des avantages fiscaux alloués aux détenteurs d’obligations pourraient être une solution.

Toutefois, une rémunération supérieure de l’épargne représentera des frais plus élevés pour le Trésor-Public, ce qui pourrait avoir pour effet d’accroitre les sommes allouées à la gestion de la dette. Sur le long terme, des obligations de 10 ans et plus, il est de bon aloi, de rémunérer les citoyens plus généreusement plutôt que des banques. C’est un facteur de stabilité. C’est ce à quoi procède la Réserve fédérale américaine (FED) par le rachat de ses obligations à court et moyen terme qu’elle échange contre des Bons du Trésor (Tresury Bonds) dont la maturité est plus longue (jusqu’à 30 ans).

Dans ce cas, on peut transférer une partie de la dette aux citoyens qui se constituent en même temps une base d’épargne garantie, mieux rémunérée en vue de choix et de considérations futures. Sur ce point, je vous suis, le réinvestissement progressif des épargnes des citoyens contribue usuellement toujours à bonifier les économies. Ce qui contribue aussi à accroitre la confiance des gens 🙂

« Si je suis pleinement d’accord avec vous qu’une meilleure rémunération des obligations du Québec, donc nôtre épargne serait une bénédiction lorsqu’elle permettrait probablement d’accroitre la proportion de la dette détenue par les québécois… »

Ça c’est pas bête du tout.