Japon : sushis et sirop d’érable

Le sirop tiré des érables québécois coule à flots sur les tables japonaises. L’archipel situé à plus de 10 000 km du Québec est son deuxième marché d’exportation, après les États-Unis. 

Photo: Philippe Henry/Getty Images
Photo: Philippe Henry/Getty Images

Un sushi à l’anguille et à l’érable, un tempura de crevettes nappé de sauce à l’érable et du poulet grillé yakitori sauté à l’érable… Non, ces plats n’apparaissent pas au menu d’un restaurant japonais fusion du centre-ville de Montréal. Ils sont tout droit sortis de l’imagination de la chef Yoko Arimoto, la « Josée di Stasio » du Japon.

C’est que le sirop tiré des érables québécois coule à flots sur les tables japonaises. L’archipel situé à plus de 10 000 km du Québec — qui a été à la source de 71 % de la production mondiale de sirop en 2013 — est son deuxième marché d’exportation, après les États-Unis. Alors que 65 % des exportations québécoises ont pris le chemin du Sud l’an dernier, 8 % s’écoulaient dans ce pays d’Extrême-Orient. Et le débit augmente : depuis 2006, les exportations de produits de l’érable au Japon ont été multipliées par deux, pour atteindre 3,5 millions de kilos par année. L’équivalent de ce que consomment les Québécois.

Cette croissance est en bonne partie le fruit des efforts de marketing déployés par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), qui s’est notamment associée à Yoko Arimoto pour promouvoir l’or blond au sein de la troisième économie mondiale. Séminaires, foires alimentaires, site en japonais (pure-maple.com) et nutritionnistes porte-paroles ont contribué à faire connaître les produits.

Mais encore faut-il que l’érable se conjugue avec la fine et délicate gastronomie japonaise. Or, il s’harmonise à merveille avec certains ingrédients de la cuisine traditionnelle, indique Tomoko Inoue, de l’agence de communications japonaise Tsuki Planning, chargée de promouvoir les produits québécois de l’érable depuis maintenant sept ans. « Peu à peu, l’érable s’intègre à la cuisine japonaise. Son goût accompagne très bien les ingrédients typiques, tels le miso [pâte de fèves de soya], le shoyu [sauce de soya] et le vinaigre de riz. »

Si la tire prend si bien sur les neiges nippones, c’est aussi parce que le produit comporte des vertus nutritionnelles chères aux Japonais. « Le sirop d’érable est un produit 100 % naturel qui répond aux exigences des Japonais pour les aliments naturels et sains », explique Tomoko Inoue.

La FPAQ a d’ailleurs exploité ce filon en finançant en partie une étude conjointe de la Graduate School of Agricultural and Life Sciences, de l’Université de Tokyo, et de la Kanagawa Academy of Science and Technology, qui a conclu en mars dernier que les produits de l’érable pouvaient contribuer à contrer le diabète et à prévenir l’obésité.

Mais la dent sucrée des Japonais aime aussi mordre dans la bouffe-minute. Et l’érable est ici aussi complice. La dernière excentricité « gastronomique » ? La pizza aux Kit Kat — dont raffolent les Japonais — assorties de gorgonzola, de mangue et de sirop d’érable, une création signée par la chaîne japonaise Napoli Pizza.

Selon un rapport du ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada publié en 2012, 253 nouveaux produits contenant de l’érable ont été mis en circulation sur le marché japonais depuis 1997. Parmi ceux-ci : un parfum de crème glacée de la chaîne Baskin-Robbins au pain doré, qui mélange érable, cannelle et muscade, et la préparation à crêpes de l’entreprise locale Morinaga, qui contient l’incontournable sirop. Les crêpes et le pain doré empaquetés et prêts-à-manger sont aussi désormais vendus dans les grandes chaînes de dépanneurs, tel 7-Eleven, présentes à la grandeur de l’archipel.

Les Japonais ont la dent sucrée de plus en plus aiguisée. Tomoko Inoue, qui suit les tendances gastronomiques propices aux produits de l’érable, observe un véritable « boum des sucreries ». Un filon en or pour le nectar ambré du Québec.